Open Access


A la demande de l’Université Polytechnique de Valence (Valencia), je me suis rendu cette semaine au colloque du CALSI (Contenidos y Aspectos Legales en la Sociedad de la Información) sur la communication informatique. Il m’était demandé d’y faire une présentation générale sur les principes de l’Open Access et des dépôts institutionnels, ainsi que sur l’initiative EurOpenScholar.

Les nombreuses questions et le débat animé qu’a suscité cette présentation m’ont clairement indiqué combien les esprits des chercheurs eux-mêmes ne sont pas encore prêts à adopter les nouvelles normes ni, en particulier, à se laisser imposer le dépôt institutionnel obligatoire. Ce qui est surtout intéressant, c’est de voir à quel point cette résistance est liée à une méconnaissance du sujet et surtout à un ensemble de confusions, de malentendus et d’idées reçues.

Mais sans doute devons-nous balayer d’abord devant notre porte. Si tant de confusions persistent, c’est sans doute parce que nous expliquons mal. Un petit survol, de nouveau, n’est pas inutile car il n’y a guère de raison qu’on ait mieux compris ici que là-bas. Et le tempérament latin, qu’on dit rétif, est aussi largement le nôtre! Mais il est des circonstances où on doit savoir se plier à des règles, il suffit de comprendre qu’elles jouent en notre faveur, à terme.

La première confusion consiste à penser que l’OA vise à remplacer le système actuel de publication avec revue par les pairs par une sorte de communication directe de chercheur à chercheur, sans garantie de qualité. Il faut bien comprendre que l’OA vise à mettre en accès libre et en ligne les articles tout aussi bien revus par des pairs. Le reviewing process n’est nullement en cause dans l’OA.

La seconde concerne les dépôts institutionnels (Institutional Repositories) et le fait qu’on veuille les rendre obligatoires.
Et là, il faut bien expliquer. Ils ont un intérêt de deux ordres.

1. En déposant le texte complet, dans la dernière version d’auteur, le chercheur assure la disponibilité de ce qu’il a de plus important à dire, à faire savoir. Les dépôts institutionnels sont le réel moyen de faire avancer le monde de la communication du savoir, en particulier du savoir dont la transmission ne souffre pas de délai et qui intéresse un nombre immense de spécialistes. Pour qu’ils remplissent bien leur rôle, il faut que les articles qui y sont déposés disposent de la qualité qu’assure le peer reviewing. Petit à petit, on voit se développer des revues qui publient en accès complètement libre (qu’il y ait aussi une version papier ou non). Mais les éditions traditionnelles existent toujours et les chercheurs souhaitent encore y publier leurs travaux. Fort bien. Rien de plus simple donc, lorsque l’article est accepté pour publication, que de le mettre sur le dépôt et, dès que l’éditeur choisi l’autorise (de plus en plus le font après une période d’attente de 6 mois), de le rendre accessible par accès internet direct. Et pendant la période d’embargo, le texte peut être obtenu sur simple demande, exactement comme l’est et l’a toujours été également un « tiré-à-part ». Comment savoir que cet article existe? Tout simplement en utilisant un des nombeux moteurs de recherche que tout le monde connaît, ou leur version plus spécifiquement scientifique lorsqu’elle existe (je parle de Google Scholar, évidemment), ou encore ceux qui se consacrent tout particulièrement à l’accès libre, à partir de mots-clés significatifs.
Cette manière de procéder, sans atteindre l’OA complet, permet néanmoins à chacun d’accéder rapidement à l’information et de l’utiliser pour faire avancer ses propres recherches. Et plus le nombre de lecteurs est grand, plus les chances d’être cité sont grandes et c’est bien là que réside la mesure de l’impact réel du chercheur sur la communauté de la recherche et sur le monde.

2. Les dépôts institutionnels constituent une vitrine pour les universités et les centres de recherche, en cela qu’ils permettent de montrer ce que les chercheurs font de plus important dans leur vie de chercheur. Ils correspondent, en plus moderne, en plus efficace et en infiniment mieux diffusé, aux rapports annuels et autres liber memorialis qui ont depuis longtemps abandonné l’exaustivité des publications des chercheurs.
Beaucoup de gens me demandent si j’ai pensé à un moyen de faire monter notre université dans les rankings qui aujourd’hui, comme chacun sait, sont largement basés sur la notoriété. En voilà un. Le meilleur probablement. Il serait dommage que ce soit justement les mêmes qui posent cette question et qui refusent de se plier à la discipline du dépôt, donc de la mise en évidence du produit essentiel de leur travail!
Nous nous employons à rendre la manœuvre de dépôt aussi aisée et conviviale possible, et surtout, de faire en sorte qu’elle ne doive être opérée qu’une fois, la communication à d’autres organismes (organismes finançants, dont le FNRS) soit quasi automatique et ne nécessite pas de réencodage.
Les dépôts institutionnels permettront également l’évolution rapide des évaluations de la recherche, par le développement de nouveaux outils plus significatifs de l’impact réel du chercheur. C’est ce que nous voulons faire progresser avec l’initiative EurOpenScholar dont j’ai déjà parlé. Toutes les bonnes volontés compétentes en matière de « Scientométrie » sont évidemment les bienvenues pour nous y aider.

Enfin, ceux qui résistent à toute idée d’obligation qu’ils disent ressentir comme une violence se sont-ils demandé si le plus contraignant, c’était de devoir se plier au principe du dépôt institutionnel ou bien de subir les effets d’une règle à laquelle ils se soumettent sans discuter ni réfléchir, provoquant bien des abus: « publish or perish », l’obligation de publier beaucoup et à haute fréquence qui conditionne l’avancement de leur carrière ?

Dans la revue The Scientist (que je mentionnais il y a peu pour avoir classé la Belgique au premier rang des pays de cocagne pour la recherche) paraissait, il y a quelques jours, un article de Joseph J. Esposito, consultant spécialiste en éditions scientifiques, article rempli de contre-vérités qui indiquent clairement le conflit d’intérêt que représente son intervention dans un tel journal. Le débat qui suit son article (merci à The Scientist de publier tout ce courrier fort édifiant) reflète la réaction de nombreuses personnes qui relèvent dans l’article tous les poncifs présentés par le lobby des grands éditeurs dont j’ai déjà souvent parlé et dont les méthodes rappellent curieusement et tristement celles des lobbies du tabac. Heureusement, ici au moins, on ne joue pas avec la santé des gens, seulement avec l’argent de la recherche.

En résumé, il pense (dans une interview radio podcastée où il s’exprime suite à son article) que l’OA est le spam de la recherche…
Il pense que ce qui manque aux chercheurs, ce ne sont pas les moyens nécessaires pour acheter les revues (dont, soit dit en passant, le prix moyen a triplé pendant que l’index des prix à la consommation augmentait de 30 %), mais c’est le temps de les lire et que, par conséquent, augmenter par internet le nombre d’articles à lire serait un cauchemar, impliquant ainsi que la sélection par l’argent est la bonne sélection. Il oublie que les moteurs de recherche nous indiquent les articles, mais qu’on peut juste en apercevoir le titre et parfois le résumé: pour lire l’article, il faut souscrire.
Il pense qu’on n’a qu’à être dans une « bonne » institution qui a des moyens, pas dans une petite institution qui fait ce qu’elle peut face aux prix pratiqués, pas dans un pays en développement, et il appelle ça des « exceptions », ce qui est risible. Aucune université au monde ne peut s’offrir les 25.000 revues à révision par les pairs qui existent aujourd’hui.
Il pense que l’OA consiste à éviter la révision par les pairs et n’est donc réservé qu’à une science de mauvaise qualité, ce qui est absurde. Le peer reviewing est au départ une affaire de chercheurs, pas d’éditeurs. Ce sont d’ailleurs forcément des chercheurs qui révisent!
Il pense que les défenseurs de l’OA font du lobbying, oubliant que le lobbying, c’est lui et ses consorts payés par les multinationales de l’édition scientifique qui le pratiquent. Nous, nous essayons bénévolement de défendre une diffusion large du savoir.
Bref, un véritable florilège !
Il pense décidément trop, ce monsieur, et mal. Si ce n’est qu’il est payé pour dire ce qu’il dit.

Les adversaires de l’Open Access, dont l’opposition est souvent due à des intérêts personnels et commerciaux*, entretiennent savamment quelques mythes. Dans son blog, « Journalology », Matt Hodgkinson nous les rappelle:

1. Le coût qu’implique la mise à disposition de chacun en accès libre des publications de recherche va réduire la disponibilité des fonds pour la recherche elle-même. FAUX.
2. L’accès ne pose pas de problème. Pratiquement tous les chercheurs ont accès à toute la littérature scientifique. FAUX.
3. Le public peut accéder à tous les articles publiés en s’adressant à une bibliothèque ou via un prêt interbibliothèque. FAUX.
4. Les patients n’arriveraient pas à s’y retrouver si on laissait toute la littérature médicale à leur disposition librement sur le web. FAUX.
5. L’OA est une menace à l’intégrité scientifique en raison de conflits d’intérêts liés au paiement pour publier. FAUX.
6. Les pays pauvres ont aujourd’hui accès à la littérature biomédicale. FAUX.
7. Les articles imprimés sont plus clairement accessibles que ceux qui sont en OA. FAUX.
8. Un journal de qualité majeure comme Nature devrait demander à ses auteurs un paiement équivalent à 15 à 45.000 € si elle devait se convertir au modèle de l’OA. FAUX.
9. Il faut bien que les éditeurs fassent un profit énorme si on veut soutenir l’innovation. FAUX.
10. Les éditeurs doivent détenir les droits d’auteur afin de protéger et garantir l’intégrité des articles scientifiques. FAUX.

*Exemple particulièrement choquant: l’article publié par Rudy M. Baum, éditeur en chef de la revue Chemical & Engineering News de la célèbre American Chemical Society (ACS) dans lequel, un comble pour une soi-disant « société savante » qui ne devrait prendre en considération que l’intérêt général, il qualifie la communication scientifique en accès libre de « socialized Science », l’accusant de faire reposer sur l’Etat la totalité du processus de recherche. Il est clair qu’à ses yeux, une science « socialisée » a tous les défauts que permet d’éviter une science privatisée. A voir. Voilà bien des propos déontologiquement inacceptables lorsqu’on connaît les bénéfices engrangés par l’ACS et sa revue, déjà épinglée dans ces lignes dans le passé pour son « cheval de Troie », Author’s Choice, un faux OA où l’éditeur se fait payer deux fois.

J’ai eu le plaisir d’être interrogé sur l’Open Access par Jacques Olivier dans le cadre de son émission à la RTBF: « Graine de Curieux », où Robert Halleux a eu également l’occasion de s’exprimer sur l’Histoire du FNRS.

Qu’il est agréable d’avoir le temps d’expliquer les choses à son aise et comme on l’entend… Ca change des interviews de 25 secondes…
Merci à Jacques Olivier, auteur en outre d’une remarquable introduction sur le sujet et hôte parfait, sachant merveilleusement faire valoir son invité.

L’interview peut être écouté en podcast, et… en Open Access, évidemment !
La deuxième partie sera diffusée le dimanche 11 novembre à 17 heures sur la Première et sera ensuite disponible à la même adresse web.

Encore mieux qu’un article de blog!

Last Thursday, 20 University rectors and presidents of European Research Centers met at the ULg to discuss about the progress of the Open Access (OA) movement, a topic I feel particularly concerned about. The goal was to evaluate how much things had moved since the signature of the Berlin Declaration and of the Petition to the European Commission.
Indeed, few universities have progressed even if they had agreed upon the principles of OA.
Unfortunately, if all universities do not join the fight actively by implementing the OA principles, a natural tendency will keep them in the difficulties they would like to get out of. slowliness and outrageous costs of scientific publications.

What did we decide ?
To launch « EurOpenScholar », a showcase and a tool for the promotion of OA in Europe . It will be a consortium of universities who have decided to move ahead in this direction and to try to convince the largest possible number of researchers to engage into what will certainly become the communication mode of tomorrow. This persuasion should also reach as many funding agencies as possible.
Indeed, what will be the most difficult is the transition period. Our aim is to facilitate, hence to shorten the transition time from an era to the next.

« EurOpenScholar » will benefit from a web site hosted by the ULg. This site will provide a service for the gathering of information on institutional repositories and on OA journals, a discussion forum on OA, on emerging methods in bibliometrics, on rankings and on comparisons.
It will be primarily targeted towards the researchers for whom it should act as an eye-opener on new ways to disseminate knowledge ant to evaluate research.
It will also be useful to research managers, to funding organisations and to politicians with responsibilities in research support, either locally, regionally, nationally or on the European scene, to media, to industry for technology transfer and last but not least, to the general population.
It will contribute to the promotion of sciences in Europe and to the promotion of European science and scientists.
It will facilitate synergies and technology transfer and will constitute an efficient channel of communication of true science for the public, directly or through the media.

In summary, it will be a modern and precious tool to accompany efficiently the emergence of a new paradigm of research publication.

Stevan Harnad, professor at UQAM and Southampton universities and who could not be with us, sent us a filmed message of support in which he gives an outline of the current situation and suggestions on how to make the whole research community in Europe adhere to the movement.

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Ce jeudi, 20 recteurs d’universités et présidents de centres de recherches européens se sont rassemblés à Colonster pour y discuter de l’avancement du mouvement pour l’accès libre aux résultats de la recherche (Open Access, OA), un sujet qui me tient particulièrement à cœur. L’idée était de faire le point sur l’évolution des choses depuis la signature de la Déclaration de Berlin et de la Pétition auprès de la Commission européenne.
En effet, peu d’universités ont avancé, en pratique, même si elles étaient d’accord sur un plan théorique.
Malheureusement, si toutes les universités ne se battent pas activement en mettant en application les principes de l’OA, la tendance naturelle les fera retomber dans les travers dont nous essayons de sortir: lenteur et coûts exorbitants des publications scientifiques.

Qu’avons nous décidé ?
De lancer « EurOpenScholar », une vitrine et un outil pour la promotion de l’OA en Europe. Il s’agira d’un consortium d’universités européennes résolues à avancer dans cette voie et à tenter de convaincre le plus grand nombre possible de chercheurs de se lancer dès à présent dans ce qui sera à coup sûr le mode de communication de demain, ainsi que le plus grand nombre possible d’organismes finançant la recherche en Europe. C’est effectivement la période de transition qui sera la plus difficile. Notre but est de la faciliter au mieux et donc de raccourcir au maximum le passage d’une ère à la suivante.

« EurOpenScholar » bénéficiera d’un site web hébergé par l’ULg. Ce site fournira un service de récolte d’information sur les dépôts institutionnels et sur les journaux OA, un forum de discussion sur l’OA, sur les méthodes émergentes en matière de bibliométrie, de classements (les fameux rankings*) et de comparaisons.
Il s’adressera en premier lieu aux chercheurs auxquels il ouvrira les yeux sur la nouvelle manière d’appréhender la diffusion des connaissances et l’évaluation de la recherche.
Ensuite, il sera utile aux gestionnaires de recherche, aux organismes finançant la recherche et aux responsables des politiques nationales ou régionales de recherche, aux media, à l’industrie en vue des transferts technologiques et enfin au grand public.
Il contribuera à la promotion des sciences en Europe et à la promotion des sciences européennes ainsi que des chercheurs européens.
Il facilitera les synergies et le transfert des technologies et constituera un canal efficace pour la communication de la vraie science au public, directement ou à travers les media.

En un mot, ce sera un outil moderne et précieux pour l’accompagnement efficace de la mise en place du nouveau paradigme de la publication scientifique.

Stevan Harnad, professeur aux Universités du Québec à Montréal et de Southampton et qui ne pouvait être des nôtres, nous a envoyé un message filmé de soutien dans lequel il fait le point de la situation et reprend les fondements de la réflexion sur l’OA et les moyens d’y faire adhérer toute la communauté de la Recherche en Europe.

* Pour rappel, la position que je défends en matière de classement des universités, s’il faut vraiment en faire, est de procéder à des classements distincts pour chacune des qualités qu’on attend d’une université. L’une d’elles et non des moindres est la qualité de la recherche. Celle-ci doit se mesurer avec des outils appropriés à chaque discipline. Pour les domaines où les publications dans des périodiques constituent une mesure objective et reconnue, la méthode de mesure (des citations, par exemple) est essentielle et c’est sur de telles méthodes, grandement facilitées par la nature électronique des publications et leur accès libre, qu’il faut se mettre d’accord. Tant la Commission européenne que l’EUA nous ont fait part de leur intérêt dans nos travaux.

Je pourrais difficilement cacher ma fierté à propos du site REFLEXIONS de l’ULg, qui rend hommage aux chercheurs de notre Université et, à travers eux, à la recherche scientifique en général.
C’est, à ma connaissance, le premier site francophone du genre et il est d’une classe et d’une qualité exceptionnelles.
Reflexion, sans accent pour les anglophones (le site est entièrement bilingue) et avec un x pour les francophones, il en faut pour tout le monde.
Reflexion, pour le double sens de réfléchir (penser, chercher à comprendre) et réfléchir (être le reflet de ce qui se fait à l’université).

Il y a quelques années, l’idée m’était venue que, si les missions majeures de l’université étaient la recherche et l’enseignement, c’est-à-dire la création du savoir et sa transmission, nous devrions mieux faire connaître les travaux de nos chercheurs, dans un langage compréhensible par tous et avec des outils d’explication modernes. De plus, on devrait pouvoir donner ces explications à différents niveaux pour un public très varié. L’internet se prête parfaitement à cet exercice.
Bien évidemment, ceci ne remplace en rien la publication ciblée pour les spécialistes du domaine et la communauté scientifique avertie et compétente.

On dira que cela confine chez moi à l’obsession, mais je suis convaincu que REFLEXIONS s’inscrit très exactement dans la ligne de la diffusion des résultats de la recherche en accès libre pour chacun, il est le parfait exemple « grand public » de l’Open Access.
Et c’est bien normal. La très grande majorité des recherches fondamentales réalisées dans une institution comme la nôtre le sont grâce à des subventions publiques. Il est donc normal que le contribuable qui a, même sans le savoir, subventionné nos recherches, puisse être informé clairement et de manière compréhensible, sur ce qui est advenu de sa contribution.
C’est le principe même de l’OA, sans doute encore plus compréhensible dans ce cas.

Le travail est gigantesque et, même en l’état actuel, suscite l’admiration. C’est pourquoi je rends ici hommage à Henri Dupuis et à son équipe, car nous avons voulu qu’un site aussi important pour nous que celui-là repose à la fois sur l’expertise des chercheurs et sur celle de professionnels du journalisme de vulgarisation. J’encourage d’autres chercheurs et d’autres journalistes à se lancer dans l’aventure. Quoi de plus enthousiasmant pour un chercheur ou une équipe de recherche que de voir ses recherches exposées de la sorte et comprises par tous, au moins dans ses principes et dans la mesure où elles contribuent utilement au progrès des connaissances, non seulement des spécialistes, mais de tout le monde ?

Mais ce qui vous convaincra le mieux de l’intérêt de ce site, c’est encore d’y aller vous-même.

26 lauréats américains du Prix Nobel écrivent une lettre ouverte au Sénat des Etats-Unis en faveur de l’Open Access.

Il s’agit de: Peter Agre, Chimie, 2003; Sidney Altman, Chimie, 1989; Paul Berg, Chimie, 1980; Michael Bishop, Médecine, 1989; Baruch Blumberg, Médecine, 1976; Gunter Blobel, Médecine, 1999; Paul Boyer, Chimie, 1997; Sydney Brenner, Médecine, 2002; Johann Deisenhofer, Chimie, 1988; Edmond Fischer, Médecine, 1992; Paul Greengard, Médecine, 2000; Leland Hartwell, Médecine, 2001; Robert Horvitz, Médecine, 2002; Eric Kandel, Médecine, 2000; Arthur Kornberg, Médecine, 1959; Harold Kroto, Chimie, 1996; Roderick MacKinnon, Chimie, 2003; Kary Mullis, Chimie, 1993; Ferid Murad, Médecine, 1998; Joseph Murray, Médecine, 1990; Marshall Nirenberg, Médecine, 1968; Stanley Prusiner, Médecine, 1997; Richard Roberts, Médecine, 1993; Hamilton Smith, Médecine, 1978; Harold Varmus, Médecine, 1989 et James Watson, Médecine, 1962.

Ils constatent qu’aujourd’hui, lorsqu’on recherche sur l’Internet les possibilités de traitement du cancer du sein, par exemple, on en trouve beaucoup, mais pas ceux qui sont déduits des recherches de qualité revues par des pairs car celles-ci demeurent inaccessibles sauf à en payer le prix fort.

Ils demandent que les résultats des recherches financées par les NIH (National Institutes of Health) puissent être librement accessibles pour qu’on puisse en tirer le fruit, voire les prolonger et ainsi leur donner le maximum d’impact afin de faire profiter au mieux la collectivité de son investissement dans la science pour le bien public. L’attitude des NIH en cette matière est d’encourager le dépôt institutionnel dans leur digithèque, PubMed Central. Les signataires de cet appel demandent que les NIH passent à une politique de dépôt obligatoire, seul moyen d’atteindre le résultat espéré.

Hier, l’Association Canadienne des Bibliothèques (CLA) annonçait son passage à l’Open Access, mettant ainsi en accès libre pratiquement toute sa propriété intellectuelle digitalisée. L’accès sera immédiat pour l’ensemble des publications de la CLA (à l’exception de Feliciter (durée de l’embargo: 1 numéro) et des monographies. La politique d’embargo sera revue après une année. Les monographies seront examinées au cas par cas. La CLA encourage ses membres à auto-archiver leurs publications dans des dépôts institutionnels (l’équivalent de notre Digithèque ULg) ou disciplinaires (sociétés savantes). La CLA s’engage également à veiller à la conservation par les auteurs de leurs droits, en encourageant le « Creative Commons licensing » ou les accords editeur-auteur qui promeuvent l’accès libre.

Pour rappel, nous aurons le plaisir de présenter la Digithèque ULg à toute la communauté universitaire le jeudi 5 juillet de 12 h 30 à 13 h 30 aux amphithéâtres de l’Europe (salle 204).

En effet, sur ma proposition, le Conseil d’Administration du 23 mai dernier décidait de créer la Digithèque ULg. Elle assurera deux fonctions.
- La première consistera en une bibliographie institutionnelle qui deviendra désormais la liste officielle des publications de chaque membre de l’ULg depuis 2002. Elle sera utilisée pour toutes leurs candidatures officielles à des postes ou promotions au sein de l’ULg, pour les candidats internes, évidemment. Elle constituera également un inventaire précieux des publications de l’Université, des ses Facultés ainsi que de ses Départements et Centres de recherche.
- La deuxième sera un dépôt institutionnel Open Access où l’on trouvera la version électronique intégrale des articles publiés par les membres de l’ULg depuis 2002, selon le principe de l’Immediate-Deposit/Optional-Access (ID/OA) déjà décrit dans ces pages. Ce dépôt donnera à nos publications une diffusion extraordinairement large, par son référençage sur les grands moteurs de recherche du web ainsi que sur les moteurs de recherche spécifiques des publications scientifiques.

Au passage, j’en profite pour remercier et féliciter toute l’équipe du Réseau des Bibliothèques de l’ULg qui se consacre depuis près de deux ans à ce projet, en plus des tâches qui lui sont normalement confiées, et qui a abouti à ce remarquable résultat.

A ceux qui penseront qu’il s’agit là d’une « tracasserie administrative de plus », je répondrai qu’il n’en est rien et que cette initiative permettra une bien meilleure visibilité de notre Institution sur le plan de sa production scientifique, visibilité dont chacun bénéficiera, bien entendu. En effet, on ne peut, jusqu’aujourd’hui, que déplorer le peu d’information que notre Université — et elle n’est pas la seule — rend aisément accessible à propos d’une de ses missions essentielles, la production du savoir.

Rendez-vous donc aux membres de l’ULg, jeudi à 12h30, pour en apprendre plus sur les nombreux avantages et caractéristiques de ce nouvel outil au service de tous et qui place notre Université dans le peloton de tête mondial (22 universités dans le monde à ce jour — si on compte l’Université de Californie pour une seule — dont 14 en Europe) en cette matière.

Elsevier — l’éditeur scientifique international le mieux connu pour sa politique intransigeante en matière de monopole , d’augmentations sauvages et déraisonnables de prix et de non respect de ses engagements, et dont la pratique de prise en otage des chercheurs est particulièrement irritante — annonçait, en mai 2006, le lancement d’une série de périodiques en mode Open Access (OA) hybride. En résumé, l’éditeur offre à ses auteurs l’option de payer eux-mêmes un montant de « sponsoring » (3.000 €) permettant que leur article, déjà accepté pour publication, soit rendu librement disponible à tous, sans souscription, via ScienceDirect. En juillet 2006, 34 autres titres venaient compléter la liste. C’était un beau coup pour faire payer les publications deux fois, une imitation d’OA appelée Open Choice (le cheval de Troie dont j’ai déjà parlé), et dont la moindre des choses est qu’elle ne comporte pas de surcharge financière pour le lecteur, puisque l’auteur paie.
A cette occasion, Elsevier rassurait publiquement: « When calculating subscription prices we plan to only take into account content published under the subscription model. We do not plan to charge subscribers for author sponsored content ». Très clair.

L’augmentation moyenne de 2006 à 2007 des prix de l’ensemble des revues chez Elsevier était de 5,50 %. Celle des 40 titres en libre accès hybride a atteint 6,39 %. Dont acte.

Dans les échanges qui animent aujourd’hui les forums sur l’Open Access (OA), un souci est de plus en plus souvent mis en avant, celui de la rentabilité. Beaucoup de chercheurs, de bibliothécaires, mais aussi de représentants des grandes multinationales de l’édition scientifique se demandent si le passage à l’OA, que ce soit par le chemin « doré » ou par le chemin « vert », va tuer les business models actuels et s’il va en générer de nouveaux, viables voire profitables.

Aux chercheurs et aux bibliothécaires, je répondrai que pour ce qui les concerne, hormis la coïncidence qui ferait d’eux également des éditeurs, ce souci n’existe pas. En revanche, que ce soit celui des éditeurs, je le comprends fort bien et il est évident qu’il faut trouver des solutions (au moins temporaires) pour éviter de les précipiter à la banqueroute. Je parle ici des éditeurs respectables, généralement proches du monde scientifique et non de ceux qui ont fait de l’édition scientifique un business model particulièrement juteux en prenant les chercheurs en otages et en les exploitant au maximum en vertu de nécessités aujourd’hui en voie de disparition grâce à l’avènement de la publication électronique.

Le monde de l’OA est ouvert (sans jeu de mots) à la discussion sur les nouveaux modèles à mettre en place, mais il n’acceptera, pour les chercheurs eux-mêmes et pour les universités ou les centres de recherche, que des propositions raisonnables sur le plan financier, et compatibles avec un accès libre et rapide à l’information scientifique.

Nous assistons aujourd’hui — mais avec une vision déformée par la compression du temps — à un changement de paradigme qui pourrait se comparer, par son ampleur, à celui que le monde a connu avec Gutenberg. Beaucoup de chercheurs sont dans la situation de ceux qui, au moment de l’invention de l’imprimerie, avaient du mal à percevoir et à appréhender le changement de culture mais aussi le changement de civilisation que cette nouvelle technologie allait provoquer.

L’imprimerie a condamné la profession des scribes et des copistes. Elle a donc littéralement transformé le business model de la diffusion du savoir de l’époque. Mais qu’elle ait changé le business model n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est qu’elle ait changé le monde en modifiant radicalement le communication model, pardonnez l’anachronisme. Seuls ceux qui regrettent les révolutions culturelles qui ont suivi, la Réforme, la Renaissance et les Lumières, s’en plaindront.

En permettant le passage de la confidentialité culturelle au sein d’un microcosme de lettrés à la diffusion large pour une multitude de lecteurs, le texte imprimé a bouleversé l’ensemble des relations entre les êtres humains, impact que seules la radio puis la télévision ont réussi à imiter depuis lors. Aujourd’hui, la révolution, c’est l’Internet, avec ses bons et ses mauvais côtés — comme en ont eu l’imprimé, la radio et la télévision — et il serait impensable que la communication scientifique n’en profite pas, comme il eut été impensable qu’elle ne profitât point de la diffusion imprimée en son temps.

La diffusion du savoir doit « surfer » sur les vagues technologiques qui se mettent à sa disposition. Seule compte l’efficacité de la diffusion. Les business models s’adaptent ou disparaissent et cela ne pourra jamais plaire à tout le monde. Les mutations de savoir-faire se sont toujours montrées défavorables aux intérêts de ceux qui tiraient profit des pratiques antérieures, c’est la loi économique de l’évolution technologique.

Pour ma part, si une évolution permet de faire progresser à moindre coût la diffusion du savoir, qu’elle ait un impact négatif sur un business model m’importe peu. Ce qui m’importe, c’est que l’argent, qui ralentit déjà beaucoup trop l’avancement des sciences et en particulier leur compétition avec l’anti-science — la « junk science » est en accès libre, elle! —, soit le moins possible un frein et qu’il interfère le moins souvent possible avec l’intérêt supérieur du partage des connaissances acquises grâce aux deniers publics.

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