Enseignement/Formation


Mon discours de rentrée.

Discours d’Abdou Diouf, docteur honoris causa de l’ULg 2011.

Le débat actuel (mais pas nouveau) sur les études de Médecine est pollué par une confusion des enjeux et des objectifs. En effet, il y a au moins deux sujets différents qui, parce qu’ils ne sont pas complètement indépendants, induisent la confusion, mais qui doivent, me semble-t’il, être traités séparément, autant que faire se peut.

Le premier est l’accès aux études.
Le second est l’encombrement, réel ou imaginaire, de la profession à l’avenir.

1. L’accès aux études de Médecine

1a. Ouvrir au maximum

Dans un monde idéal, chaque adolescent qui se sent une vocation de médecin devrait pouvoir tenter sa chance et se voir ouvrir les portes des études de Médecine. C’est la situation actuelle, depuis l’abandon du numerus clausus. Si le souhait d’accomplir ces études était celui de quelques uns, le monde serait effectivement idéal. Mais en réalité, l’attrait de la médecine est aujourd’hui très grand et on constate qu’en l’absence de toute barrière, les jeunes s’y précipitent en masse. Nous n’envisagerons pas maintenant l’aspect sociétal de cette affluence, nous le réserverons pour le point 2.

Le problème généré par cet engouement se situe au niveau du premier Bac (Bac/1). Le nombre d’étudiants a plus que doublé en 5 ans (pour toute la Communauté Wallonie-Bruxelles, Bac/1 Médecine + Sciences dentaires: on est passé de 1.499 en 2005-6 à 3.338 en 2010-11). Sans parler des énormes difficultés rencontrées pour faire accéder les étudiants à des travaux pratiques utiles, donner cours à près d’un millier d’étudiants dans un auditorium capable de les accueillir est un tour de force pédagogique que personne ne peut prétendre accomplir de manière réellement efficace. Ne parlons pas des retransmissions en vidéo dans des auditoriums voisins et tous les artifices qui fournissent une solution technologique moderne à un enseignement anachronique et dépassé: l’enseignement ex cathedra. A une époque où (presque) tout le monde considère que la seule vraie bonne formation repose largement sur l’auto-formation, l’apprentissage par problèmes ou par projets, le travail en petits groupes, l’autonomie dans la recherche de la documentation, l’expression orale individuelle, les travaux personnels, la relation privilégiée entre encadrant et apprenant etc., nous sommes à la recherche de salles assez vastes pour entreposer des centaines de personnes que l’on va ainsi gaver de science comme on nourrit des poulets en batterie. La méthode est mauvaise, un point c’est tout.

Qu’est-ce qui nous empêche de l’améliorer? Rien, dans l’absolu, on l’a d’ailleurs fait dans le cadre de la réforme des études de Médecine de la dernière décennie. Remarquez qu’on n’a pas pu le faire dès le Bac/1 en raison du trop grand nombre d’étudiants, déjà, alors qu’ils étaient bien moins nombreux. Au passage — mais ce n’est pas ici le propos — notons qu’on va devoir y renoncer en raison de l’afflux prochain d’étudiants dans les années supérieures. Aujourd’hui, plus que jamais, une telle initiative pédagogique est impensable, sauf dans la perspective d’un accroissement substantiel du financement des universités: il faudrait multiplier par 40 ou 50 l’encadrement à y affecter. On parle donc ici d’un financement de plusieurs millions d’euros par an et par université. Un tel financement devrait provenir des caisses de la Communauté Wallonie-Bruxelles que l’on dit fort vides… Nous sommes donc réduits à en rester, pour le Bac/1 (même si nous continuons à réclamer un refinancement), à une méthode d’enseignement « classique », inadaptée aux grands nombres, et à dédoubler les enseignements théoriques (les professeurs donnent deux fois leur cours!).

Ouvrir au maximum l’accès, c’est fort bien, mais il y a une condition implicite: si les encadrants s’y emploient avec dévouement, l’étudiant doit aussi jouer le jeu de son mieux. Pour cela, il doit accepter d’être testé et si nécessaire, d’être orienté vers une formation d’ajustement, ou de décider de changer complètement d’orientation. C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’ensemble, nous arriverons à une solution viable.

1b. Réduire l’affluence

Une réduction du nombre d’étudiants en Bac/1 est-elle contraire au principe de l’egalité des chances? Non. Le pourcentage de réussite du Bac/1 en Médecine est de 30% environ. Les énormes efforts sur le plan pédagogique consentis par les professeurs de Bac/1 ont permis de maintenir ce niveau malgré l’augmentation effarante du nombre d’étudiants. Tous les spécialistes s’accordent à reconnaitre qu’il s’agit là d’une prouesse mais qu’espérer augmenter le pourcentage de réussite est illusoire. Quels que soient les efforts de lutte contre l’échec, force est de constater que 70% des élèves arrivant de l’enseignement secondaire n’ont pas le niveau nécessaire pour réussir après une année complète de formation universitaire.

Peut-être certains pourraient-ils y arriver. Disons 10% supplémentaires, ce qui serait magnifique, mais ceux-là sont relativement fragiles, ils ont besoin de support et ils sont gênés par l’effet de masse qui les prive de l’encadrement adéquat. J’avance évidemment ce chiffre de 10% à l’intuition. Il pourrait être plus important, nul ne le sait… Les 60% restants constituent un poids énorme pour les autres étudiants car ils distraient de ceux-ci les moyens humains et matériels nécessaires. Parmi eux, on trouve divers profils:
• ceux qui présentent tellement de lacunes dans leur formation scientifique qu’il leur est impossible, même avec une aide constante et rapprochée, de les combler au cours de l’année. Indiscutablement, ceux-là doivent pouvoir bénéficier d’une année d’ajustement (qui, techniquement, ne doit pas compter comme doublement, c’est important pour la suite de leur parcours) ou se voir complètement réorientés, selon leur degré de motivation.
• ceux qui sont venus là « en touristes », pour voir, ou parce que leurs parents les y ont poussés, ou victimes d’une totale inconscience par rapport aux exigences requises et le plus souvent mûs par une motivation très insuffisante. Ceux-là doivent être détectés, le diagnostic doit etre validé et ils doivent recevoir des conseils appropriés.

L’essentiel à préserver est que tous ceux qui veulent réellement faire des études de médecine et qui sont capables de faire les efforts nécessaires pour y arriver puissent les faire. S’ils ne sont pas prêts, on doit les y préparer. Que cela demande une année d’ajustement n’est pas grave en soi, si cela leur donne plus d’assurance et plus d’aisance dans la poursuite de leur cursus. En fait, ceci doit être vu comme une réelle opportunité.

2. La pléthore médicale

2a. Lors de l’accès à la profession

Réelle ou imaginaire — le débat n’est pas réglé —, la pléthore médicale menace, du fait que plus d’étudiants font des études de Médecine que ce que la profession ne peut en accueillir. Ce n’est pas le problème des universités, puisque celles-ci sont là pour offrir aux jeunes des études de leur choix et les amener au bout s’ils en sont capables. Personne ne se préoccupe d’ailleurs de savoir si les porteurs d’un diplôme de Psychologie ou de Communication trouvent un travail correspondant à leurs aspirations au sortir de l’Université (personne, c’est évidemment exagéré, nous sommes en réalité nombreux à nous en émouvoir, mais nous n’appliquons pas de malthusianisme dans l’orientation des étudiants, sur base du principe de la liberté absolue de choix). Et la pléthore, dans ces domaines, ne mobilise pas l’opinion publique ni la presse, il faut bien le constater. Pour les médecins, c’est différent. Probablement pour deux raisons: la crainte de voir cette pléthore engendrer une explosion des dépenses de sécurité sociale et la crainte que cette pléthore n’entame le prestige et la rentabilité du métier.

Le numerus clausus, s’il a été aboli en fin de Bac/1 après les événements rocambolesques de l’été 2008, existe toujours bel et bien, mais il se situe après les études, lors de la candidature à l’obtention d’un numéro INAMI, c’est-à-dire lorsque le médecin nouvellement diplômé souhaite devenir prescripteur. Il est évident qu’il existe également d’autres débouchés pour des médecins non-prescripteurs (médecine du travail, médecine d’entreprise, recherche publique ou privée, coopération dans le monde, etc.) mais l’expérience montre que seule une infime minorité choisit ces options. C’est donc en général une grande source de frustration pour ceux qui se voient ainsi barrer l’accès à une profession dont ils ont rêvé durant leurs études, en l’approchant de près.

L’année 2018 sera particulièrement catastrophique, puisqu’elle cumulera les derniers diplômés ayant fait (au moins) sept ans d’études, qui auront commencé (au plus tard) en 2011, et ceux qui auront fait six ans d’études et commencé en 2012. On estime que, si rien ne vient changer la donne, nous aurons plus d’un millier de diplômés cette année-là en Wallonie et à Bruxelles qui se verront refuser le numéro d’INAMI. C’est évidemment explosif.

Mais voilà. J’ai admis que ce n’était pas notre problème. Je me contenterai donc de le mentionner, puisqu’il existe et qu’il entre, qu’on le veuille ou non, en ligne de compte.

2b. Lors des études

Il y a cependant un autre effet de l’affluence considérable vers les études de médecine qu’il nous faut bien examiner. Nos facultés de Médecine ne sont pas prévues pour accueillir de tels nombres. Et si nous faisons bien notre travail, en mettant en place des dispositifs du type année d’ajustement et en déployant une intense activité de lutte pour la réussite, nous allons en améliorer le score. J’ai évoqué plus haut les difficultés que provoque l’affluence au Bac/1. Mais il va de soi que si plus d’étudiants passent en seconde (le nombre a doublé en trois ans) et ensuite dans les années suivantes, nous devrons faire face à un problème nouveau, celui de l’encadrement dans les années supérieures. C’est d’ailleurs, depuis deux ans, déjà le cas. Nous ne sommes pas outillés pour cela, ni en ressources immobilières, ni en ressources humaines compétentes et disponibles, ni en matériel médical, ni en équipements. En outre, le nombre de cas, c’est-à-dire de patients, lorsqu’il s’agira d’en examiner réellement, est un facteur limitant difficilement extensible, sauf à recruter des hôpitaux non universitaires pour cela et on entre alors dans une problématique très complexe que je ne développerai pas ici, mais dont il faut savoir qu’elle n’est pas gérable sans transformations profondes du système hospitalier. Les montants nécessaires pour l’accueil efficace de ces grands nombres d’étudiants et de stagiaires sont exorbitants et nous ne voyons pas d’où un tel financement pourrait venir, dans l’état actuel des choses.

C’est ce dernier aspect qui jette quelque peu la confusion dans les esprits quand on parle d’examen d’entrée. Puisque ce serait bien un examen (même si on considère comme politiquement correct de parler de « test », s’il est contraignant, c’est un examen) et non pas un concours, il n’est nullement question d’une limitation de l’affluence: tout ceux qui en sont capables passent en seconde année et suivantes. Cette perspective induit chez les responsables de la formation complète une appréhension compréhensible: comment va-t’on faire? Et cette inquiétude vient interférer assez naturellement avec la question de savoir comment on sélectionne en première…

Une chose à la fois. Sélectionner à l’entrée permettra de distinguer ceux qui sont prêts (ce qui ne veut pas dire qu’ils réussiront tous!) de ceux qui ne le sont manifestement pas du tout et qui courent à un échec absurde. C’est une opération salutaire pour tous les étudiants, quelle que soit leur catégorie. Limiter le nombre est un autre problème qui n’est, comme je l’ai dit, pas notre affaire, si ce n’est que nous aurons besoin de moyens largement étendus pour donner à tout ce monde une formation adéquate.

Voilà la mise au point que je souhaitais faire. Elle est très longue, mais ce qui fausse la discussion et la pousse dans des culs de sac à chaque fois, c’est la brièveté de l’exposé des tenants et aboutissants, vu les contraintes de concision dans la presse. On procède alors par raccourcis, élisions et/ou omissions et on confond tous les enjeux: ceux de la société, ceux des universités et ceux des étudiants. Seule une prise en considération de l’ensemble de ces enjeux, accompagnée d’une réflexion qui évite de mélanger les problèmes de l’abondance d’étudiants en Bac/1, l’abondance d’étudiants dans les années suivantes et l’abondance de médecins diplômés, permettra d’avancer.

Je crains fort qu’on ait tendance à progresser sans trop se soucier de ces distinctions et que des décisions importantes soient prises au coup par coup, sans vision analytique de la question. C’est ce qu’on pourrait faire de pire.

L’ULg fait partie du Consortium SPEED (Sport d’Excellence et Education) formé avec la Province de Liège ainsi que les Villes de Liège et de Seraing, pour déposer la candidature liégeoise à l’accueil du Centre de formation des Sportifs de Haut Niveau de la Communauté française Wallonie-Bruxelles. Ces quatre acteurs publics régionaux majeurs ont rassemblé leurs meilleures compétences et ressources pour offrir aux futures élites sportives des conditions d’entraînement optimales tout en ne négligeant pas leur formation scolaire de base. C’est exactement l’idée qui sous-tend le cahier des charges de l’appel d’offre communautaire.

Nos Centres Sportifs du Sart Tilman, en plein cœur du domaine universitaire, seront l’épicentre des activités, sans oublier la piscine olympique de Seraing, autre atout de taille.
L’intérêt du projet SPEED repose aussi sur la proximité de tous les services médicaux du CHU de Liège, ainsi que sur les compétences scientifiques reconnues de nos équipes du Département des Sciences de la Motricité dans le suivi du sportif et l’optimalisation des performances sportives.
Le projet SPEED offre également une importante réduction de coûts pour la Communauté française grâce à l’engagement concret de tous les partenaires et à l’utilisation maximale de nombreuses infrastructures déjà existantes.
Les quatre opérateurs publics de SPEED proposent ainsi un projet ambitieux pour la formation des sportifs de haut niveau de Wallonie et de Bruxelles.

Au-delà des qualités intrinsèques du dossier SPEED, nous avons besoin du soutien de la population. Vous pouvez soutenir ce projet en en parlant autour de vous ; sur le site web de SPEED, vous pouvez vous informer sur les principaux éléments de cette candidature ainsi que dédier symboliquement vos minutes de pratique sportive à SPEED.

Vous pouvez également vous tenir au fait des différentes informations sur la page Facebook et sur Twitter.

La compétition sera rude, nous le savons. Elle sera très empreinte de politique politicienne sub-régionale, comme souvant dans notre Communauté, mais nous saurons défendre ce projet sur la simple base de ses atouts réels, de son coût, de la rapidité de sa mise en place opérationnelle et des très nombreuses autres qualités qui en font le meilleur candidat des huit qui sont en lice, dont celle d’émaner d’institutions publiques (pour une initiative de la Communauté Française, cette caractéristique est de majeure importance. Certains la considèrent même comme un prérequis, assez logiquement. En effet, on imagine mal qu’un étudiant sportif doive obligatoirement, à l’initiative de la CFWB, faire ses études dans une institution confessionnelle pour bénéficier des avantages d’un tel centre) et néanmoins de proposer un éventail large d’établissements d’enseignement.

SPEED est un projet important pour notre Université dont les étudiants sportifs bénéficient déjà d’un statut particulier, mais aussi pour tous les établissements scolaires de la région liégeoise et pour toute la région. Il mérite d’être activement soutenu !

A en croire Le Soir de ce samedi, les entreprises dragueraient les universités. S’il est difficile de démontrer le contraire, il est en tout cas assez simple de dire que les choses sont plus complexes qu’il n’y parait.
Il me semble que plusieurs aspects doivent être envisagés.

1. La « drague » consisterait en une demande des entreprises pour que la formation dans l’enseignement supérieur tienne mieux compte des nécessités immédiates de l’emploi. En souhaitant que les jeunes diplômés soient immédiatement efficaces grâce à une formation très ciblée sur les besoins industriels, les industries s’éviteraient l’investissement de la transformation de diplômés « adaptables » en techniciens efficaces. Elles rendraient même sympathique cette exigence en affirmant qu’elles contribueraient ainsi à l’augmentation significative des chances de nos diplômés de trouver un emploi.

2. Il est vrai que beaucoup d’entreprises aujourd’hui trouvent de jeunes diplômés directement efficaces en France et qu’elles en importent beaucoup. Il est également vrai que le système français utilise beaucoup plus que le nôtre les stages en entreprise durant les études, ce qui offre à l’étudiant(e) une formation plus pratique, plus en prise avec la réalité et une chance réelle de rester, comme employé(e), dans l’entreprise où il (ou elle) a effectué son stage.

3. Cette formation plus « adéquate », plus « sur mesure » concerne nettement plus les hautes écoles que l’université. Toutefois, on voit bien comment on pourrait y venir également, en particulier dans des filières d’études dont la finalité professionnelle est assez évidente et que j’appellerais les sciences appliquées ou, pour ne pas induire de confusion avec les seules études d’ingénieur, les matières d’application. J’entends par là toutes les formations qui conduisent à des métiers utiles aux entreprises. La volonté de « façonner » les étudiants selon leurs besoins n’est guère une nouveauté de la part des entreprises, c’est une revendication quasi séculaire. Et les universités y ont toujours résisté, au moins dans une certaine mesure. Non pas pour rejeter une ingérence considérée comme inacceptable, mais par souci de donner aux étudiants une formation large et surtout de leur apprendre à apprendre, c’est-à-dire, leur apprendre à savoir s’adapter à tout. Il est en effet dans l’intérêt de l’étudiant, plus que dans celui de l’entreprise si la volonté de celle-ci est la rentabilité sans le moindre délai, d’acquérir la capacité de s’adapter à tout, et de pouvoir se reconvertir en fonction de l’évolution du marché, des technologies, des méthodes, des modes et des nécessites commerciales. Nous avons la faiblesse, nous, universitaires, de croire que c’est là non seulement l’intérêt de l’étudiant, mais également celui de l’entreprise, qui ne pourra que se louer de l’adaptabilité de ses cadres dans la durée, même si c’est au prix d’une mise à jour lors de l’embauche.

4. Tout le monde comprendra qu’on puisse envisager une nuance dans le raisonnement selon qu’on parle d’étudiants universitaires ou de haute école. Je ne me prononcerai pas sur ce point, faute de vraie connaissance de la question.

5. Dire que les universités résistent à cette pression serait exagéré. Certaines se lanceraient même fièrement dans cette voie. L’exemple cité dans l’article du Soir de ce samedi en dit long: cette détermination est même considérée par le vice-recteur d’une grande institution comme un avantage compétitif (« nous avons une longueur d’avance »). C’est néanmoins en contradiction avec les concepts défendus par le Conseil des Recteurs. Il y aura donc du relâchement sur ces principes, soyons en sûrs. On pourra le déplorer mais ce sera une réalité. Le tout sera de voir jusqu’où certains succomberont. En tout cas, dire que tous suivent la même voie serait inexact et, s’il est vrai que les responsabilités des recteurs sont souvent celles de chefs de grosses entreprises, on ne précisera jamais assez qu’il s’agit d’entreprises pas comme les autres. Dès que l’on étend l’analogie aux produits finis, commercialisables, qui seraient d’une part le diplômé et d’autre part la production de recherche, on tombe dans la comparaison facile et trompeuse: bref, on déraille.

6. De tout temps, il a été tentant, pour bien des gens, de souhaiter une meilleure adéquation entre formation et emploi. De tout temps, la démonstration du contraire (dans une mesure raisonnable, cela va de soi!) a été évidente, à terme. Certes, dans bien des domaines, particulièrement ceux qui conduisent presqu’invariablement à des professions déterminées, la formation s’est adaptée à l’évolution des nécessités de la profession. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’une université qui veut pouvoir se regarder en face pense plus à donner à ses futurs diplômés une formation large et polyvalente qu’une adéquation immédiate et, parfois, temporaire.

7. Il faut, me semble-t-il, préciser que l’expérience tentée dans le cadre du plan Marshall de la RW dit « 2.vert » s’adresse, comme le dit l’article, à trois hautes écoles en tant que pilotes. Il n’est nullement question aujourd’hui d’y associer les universités, même si l’une d’entre elles dit vouloir le faire. Celle-là parle de 12 programmes de masters en dentisterie, polytechnique et management. Une telle politique est évidemment inquiétante en ce qu’elle peut avoir de démagogique. Proposer aux étudiants un « prêt à l’emploi » est plus un slogan de vente qu’une proposition sérieuse de formation universitaire. Mais peut-être cette « mise en adéquation » est-elle plus de forme que de fond, on peut en tout cas l’espérer.

8. Cette mise au point ne doit cependant pas masquer la nécessité de renforcer le principe trop peu utilisé des stages externes. Il me parait que nous avons largement manqué l’occasion qui se présentait à nous, avec la mise en place de « Bologne », lors de l’allongement des études universitaires de 4 à 5 ans pour bon nombre de filières (pas les ingénieurs, les vétérinaires, les médecins ni les psychologues, évidemment) en ne profitant pas de cette année supplémentaire pour introduire des stages dans le cursus. Sans être une concession au monde de l’industrie, le stage externe, pas nécessairement en entreprise, d’ailleurs, est un rapprochement utile avec le monde extérieur et devrait être amplifié. On jugera que mon point de vue sur les stages extérieurs n’est pas négatif, tout est dans la mesure et actuellement, nous en organisons trop peu. Mais je tiens à preciser qu’il ne s’agit nullement de « vendre » l’université, ni de la corrompre, ni de l’assujettir aux puissances de l’argent, ni de la privatiser.

9. Ceci nous amène au problème lancinant du financement public strict des universités. Disons-le tout net: la menace d’une forme d’inféodation au privé, si nous nous en défendons pas tous très fort, existe. Personnellement, j’y suis réfractaire, mais si les conditions de financement public de nos institutions continuent de diminuer aussi dramatiquement, j’ai des craintes pour un avenir, qu’on peut certes espérer encore lointain mais qui se rapproche, on le sent bien, de voir les institutions académiques céder aux sirènes des sources de financement privé. En effet, le nombre d’étudiants ne fait qu’augmenter, dans toutes les universités. Le contingent étranger, excellent pour notre rayonnement, augmente également très fort. Mais notre enveloppe budgétaire reste irrévocablement constante, ne montant qu’avec l’index des prix, donc diminuant à vue d’œil. Chaque étudiant est aujourd’hui bien moins subventionné qu’il ne l’était les années précédentes et ceci continuellement depuis la fermeture de l’enveloppe budgétaire il y a une a quinzaine d’années. Comment alors en vouloir à certaines institutions de succomber aux opportunités de financement de divers enseignements par le privé?

10. Il est temps que chacun se ressaisisse et que ce problème chronique de sous-financement des universités soit réellement pris à bras le corps par les élus d’une société de plus en plus consciente de l’importance d’une formation de haut niveau pour le plus grand nombre et non plus pour une élite restreinte. Cette ambition a un prix et seuls les pays qui sauront le reconnaitre et prendre les mesures en relation avec cette clairvoyance auront des chances de sortir des grandes crises par le haut et de s’adapter à l’émergence des nouvelles puissances internationales.

La semaine dernière, après le décès tragique d’un étudiant d’une haute école liégeoise à la sortie d’une nuit de libations, organisée en prélude à la célèbre Saint Nicolas des étudiants par l’Association générale des étudiants liégeois (AGEL), un groupement indépendant de l’Université et qui compte des étudiants de toutes les institutions d’enseignement supérieur (et de plus en plus, secondaire), la presse n’a pas manqué de me demander mon avis ni ce que je comptais faire. Allais-je attendre un quatrième décès pour agir ?

En dehors du fait que je n’avais strictement rien à voir avec cet événement, je rappelais que, si je suis en faveur d’un site « en dur » et « sécurisé » pour les guindailles et autres activités « folkloriques », je suis dans l’impossibilité de faire des propositions financières ou immobilières et que j’ai par contre fait des propositions d’emplacement au Sart Tilman. L’AGEL ayant rejeté cette proposition, tout reposant maintenant sur un accord de l’AGEL avec la Ville.

Alors que je donnais une interview, les étudiants commençaient à arriver en cortège sur la place du 20 Août. L’ambiance bruyante, braillarde et joyeuse, pour laquelle j’ai, d’habitude, beaucoup de tolérance et de compréhension (n’ayant manqué moi-même aucune Saint Nicolas lors de mes études, je l’avoue), m’est apparue terriblement choquante, moins de 10 heures après le drame. J’ai donc exprimé mon sentiment d’indignation face à ce que je considérais comme un festoiement déplacé à ce moment-là. Je l’ai dit spontanément et je le maintiens. La décence impose, me semble-t-il, que la mort d’un participant entraîne l’annulation des festivités.

Certes, les mauvais exemples abondent, de la mort de Senna à celle des victimes du Heysel, l’indécence s’est banalisée et va aujourd’hui jusqu’à la considération qu’il est normal qu’un groupe — vaste et hétérogène, je le concède — prolonge ce qui n’est somme toute que réjouissances et festivités malgré la gravité suprême de l’accident survenu. Les justifications entendues sont toutes édifiantes : « l’argent investi ne peut être perdu » ou « il serait dangereux de lâcher en ville une horde d’étudiants frustrés par l’annulation de la fête ». Ou encore, le plus consternant : « le défunt, on ne le connaissait même pas, personnellement ». Ces excuses sont évidemment de mauvaises excuses, qui, toutes, mettent en lumière une terrible confusion des valeurs.

A quoi rime donc la fête, si elle ne solidarise pas ?
Que devient la fête, lorsqu’elle est instrumentalisée par des intérêts financiers divers, par ailleurs externes au monde strictement étudiant, et pour lesquels seul compte la rentabilité ?
Quel est le sens de la fête si elle n’est que pur plaisir égoïste du moment ?
La valeur argent, la valeur plaisir, la valeur « tout, tout de suite », la valeur « moi d’abord » ont-elles remplacé aujourd’hui la valeur de la vie humaine et du respect de celle-ci ?

La cerise sur le gâteau fut l’intervention du monde politique, ou, plus précisément, celui des jeunes engagés politiquement, avec un extraordinaire communiqué de presse émanant des « Ecolo J – ULg », des « Etudiants démocrates humanistes (Edh) de Liège » et des « Etudiants Libéraux Liégeois (FELU) » et fustigeant l’irresponsabilité d’un recteur qui a osé blâmer les fêtards pour ce qu’il appelle de l’indécence. Et d’expliquer pourquoi la décision de continuer la fête était parfaitement décente, responsable et appropriée. A ceci s’ajoute le commentaire sur Facebook de l’incontournable Michel Peters : « L’irresponsable, aujourd’hui, c’est le Recteur de l’Université de Liège ! Il serait peut-être temps qu’il arrête de parler de ce qu’il ne connaît pas. On ne peut pas être malin en tout ! ». Curieuse déclaration d’un conseiller communal dont, évidemment, on connaît l’engagement en faveur de la guindaille et du folklore étudiant, mais dont on attendrait qu’il sache ce qu’est réellement le sens des responsabilités, de l’éthique élémentaire et du savoir-vivre.

Enfin, dans l’énorme débat qui suivit le « buzz » toute la semaine, on vit à nouveau apparaître une totale confusion. Ma déclaration portait exclusivement sur le caractère inapproprié, selon moi, de la prologation de la fête dans l’immédiate période de deuil. Je fus néanmoins rapidement accusé de vouloir combattre la guindaille et liquider le folklore étudiant. Encore une fois, je réaffirme que je ne suis pas opposé aux distractions de la vie étudiante, que j’ai salué la qualité du maintien de l’ordre et de la sécurité, tant par les forces de l’ordre, massivement mobilisées cette nuit-là, que par l’organisation elle-même. J’ai reconnu que l’accident était survenu en dehors de la durée et du périmètre de responsabilité des organisateurs ou de la police. On ne peut reprocher à une organisation tout ce qui va se passer par après. Ca ne viendrait d’ailleurs à l’esprit de personne si ces soirées n’étaient copieusement arrosées, ce qui, évidemment, augmente les risques. Je ne jetais donc la pierre à personne pour l’organisation de soirées, du cortège ou de rassemblements quelconques. Je ne rejette pas la fête. Je pense seulement qu’il y a un temps pour tout et que, parfois, les événements réclament deux comportements honorables: réserve et dignité.

Pour clore le débat public sur l’opération d’extinction de toute discrimination à la FMV (voir billets précédents), et sachant que l’action continue pour veiller à en faire disparaître toute trace, j’ai le plaisir d’annoncer qu’avant même que le délai accordé à la commission que j’appellerai « d’assainissement éthique » de la Faculté, ses membres se sont déjà fermement engagés dans la bonne voie et des mesures sont déjà prises, en pratique.
Comme je l’ai beaucoup dit, il faut en outre modifier l’état d’esprit de certains individus que j’espère relativement rares et je me réjouis, à cet égard, de l’attitude constructive et proactive de la Société générale des Etudiants en Médecine vétérinaire de l’ULg (SGEMV), souvent mise en cause, et qui publie son engagement solennel sur son site web. J’applaudis des deux mains aux déclarations qui y sont faites et à l’attitude progressiste et volontariste qui y est encouragée.

J’aimerais juste apporter une petite précision. Jamais je n’ai considéré que LES professeurs ou LES maîtres de stages étaient tous coupables ni même tous suspects. A tout moment, j’ai eu la prudence de dire que, dans les témoignages bien étayés déposés auprès du Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme, que je connais puisque j’étais en copie d’emblée au moins de certains d’entre eux (il y en a eu un, en effet, puis plusieurs autres), je suis en droit de penser que certains ont fait preuve d’un comportement de ségrégation ou de favoritisme flagrant. C’est de ceux-là que je parle, et en aucun cas je ne fais d’amalgame. J’ai énormément de respect pour tous mes collègues, mais personne ne m’empêchera de juger avec sévérité ceux d’entre eux à propos desquels une dérive inacceptable serait avérée, démontrée et reconnue. Loin de moi l’idée même d’une chasse aux sorcières et je ne voudrais pas que l’on imagine que je suis persuadé que ces cas sont nombreux. Je l’ai déjà dit: rien ne me réjouirait plus que de savoir que ces dérives n’existent pas et, si c’est le cas, je serai le premier à le faire savoir haut et clair.

Les étudiants sont déterminés à mettre de l’ordre chez eux, les encadrants aussi et moi-même
également. Ensemble, nous y arriverons.

Je souhaite à présent clore le débat sur mon blog concernant la question de la discrimination des non-baptisés en Faculté de Médecine vétérinaire. Je pense qu’avec l’abondance des commentaires apportés à mes billets précédents, nous sommes aujourd’hui suffisamment informés pour bien comprendre les thèses qui s’affrontent. Les nouveaux messages qui affluent n’apportent plus rien de neuf. Soit ils confirment ce qui a déjà été dit (et je suis sûr qu’on pourrait continuer ainsi longtemps), soit ils dégénèrent en bataille rangée et je n’ai pas pour objectif d’attiser des rancunes personnelles, ni d’étaler aux yeux de tous des chamailleries sans intérêt.
Je présente donc mes excuses à ceux qui continuent à m’envoyer des prises de bec, ou des témoignages déjà décrits et dont j’ai décidé de ne plus publier les messages.

Je tiens toutefois à préciser que je reste personnellement à l’écoute de chacun et que je lis et écoute tous les témoignages qu’on m’envoie ou qu’on vient me présenter. En effet, la concordance de certains d’entre eux est troublante et apporte réellement de la précision à mon objectif d’en finir avec des comportements inacceptables. Mon attention reste donc pleine et entière, même si je n’alimente plus le blog avec de nouvelles interventions. A cet égard, je ne serai jamais suffisamment informé.

On peut résumer les différents points de vue de la manière suivante (je fais l’impasse sur le baptême lui-même, dont j’ai déjà dit ce que je pensais et que je n’envisage pas de remettre en question à ce stade, mais je reste demandeur d’une charte qui s’applique à toute l’Université, en accord avec toutes les Facultés):

• Des étudiants ayant décidé de ne pas faire leur baptême, ce qui reste leur droit le plus strict, je le rappelle, dénoncent des attitudes plus ou moins dures de ségrégation par ceux qui sont baptisés. Si cette attitude discriminatoire est largement le fait d’autres étudiants, on en reste à des querelles de cour de récréation. Si cette attitude est également le fait de personnel encadrant, ceci devient inacceptable. Des noms reviennent régulièrement et cela ne peut être simplement l’effet du hasard. Il est évident que j’aurai un entretien personnel avec ceux et celles qui sont la cible de ces accusations.

• Parmi les accusations, on trouve des niveaux de gravité différents. Je pense être capable de faire la distinction entre taquinerie et harcèlement, tout en étant conscient du fait que ce qui est perçu comme un harcèlement par une personne pourra parfaitement être interprété comme une taquinerie par une autre. Il convient aussi de faire la part des choses entre ambiance désagréable et handicap à la réussite. La première est regrettable, le second ne peut être toléré.

• Sans nier les faits, beaucoup de baptisés nous disent qu’ils ont le droit de former un club. C’est vrai. Que ce club peut être réservé à ses membres, comme un club privé. C’est vrai. Que l’appartenance à ce club peut donner droit à une entraide significative. C’est vrai. Le reproche qui est fait, cependant, est non pas l’esprit d’entraide qui est louable, mais le rejet de l’autre avec l’expression d’un mépris et d’un manque total de respect. L’indifférence serait navrante mais non répréhensible, l’agressivité l’est.

Voilà, il me semble, la palette des éléments importants à dégager dans cette affaire.

Tout cela laisse penser que le chemin vers une meilleure acceptation des différences — une vraie valeur que je prône avec force pour mon Institution, une valeur que j’aimerais voir transmise à nos étudiants — n’est peut-être pas si escarpé, si tout le monde veut y mettre du sien, pour le bien d’une Faculté dont je ne dirai jamais assez combien elle excelle, combien elle a réussi à imposer internationalement sa réputation de qualité et combien il me chagrinerait (le mot est faible) de voir la réputation ternie par des comportements aussi primitifs, voire barbares. Lutter contre cet état de chose et l’éradiquer (je réutilise le terme parce que c’est le bon: éradiquer des comportements, bien sûr, pas des gens!) est dans la mission de chacun, à son niveau et à la mesure de sa bonne volonté. Je réitère mon appel à la raison et à la contribution de chacun à cette guérison, qui repose sur une prise de conscience commune de l’intérêt général par delà l’esprit de castes qui ne doit en aucun cas avoir cours dans un établissement universitaire digne de ce nom.

A la demande des organisations étudiantes, pour ceux que cela intéresse, voici les sites qui peuvent être visités: celui de la SGEMV et celui du CLV

Dans le très abondant courrier que je reçois concernant la discrimination des étudiants en Médecine vétérinaire non baptisés — dits les « chroniques » ou les « chros » — (voir les billets précédents et les commentaires qu’ils ont suscités) je reçois également bon nombre de messages anonymes.
J’ai pour principe de ne pas afficher de commentaires dont les auteurs ne sont pas identifiables. Certes, tout le monde peut inventer un faux nom, mais ceci permet quand même de limiter les débordements.
Mon second principe est de ne pas afficher les commentaires orduriers, injurieux, haineux ou par trop stupides. Question de tenue.
Dans toute cette histoire, je n’ai pas dû éliminer beaucoup de commentaires anonymes ou déplacés.

Par contre, je suis confronté à un phénomène inhabituel: les anonymes qui me supplient de préserver leur anonymat, généralement encore étudiants. Leur témoignage est souvent étonnant, mais facilement vérifiable, et il en dit long sur le climat maffieux que font régner certains étudiants baptisés dans la Faculté. Je précise certains car je ne veux pas qu’une fois de plus, on pense que je mets tout le monde dans le même sac (les autres étudiants baptisés, le personnel scientifique ou académique, les maîtres de stage, etc.), je réalise que la discrimination est entretenue par une catégorie précise de personnes. Si ces anonymes tiennent à le rester, ils souhaitent néanmoins me faire part de leur témoignage et ils ne sont donc pas anonymes à mon égard. Je dispose de leurs coordonnées et ils se tiennent à ma disposition si je souhaite les interroger. Je ne manquerai évidemment pas de le faire. En attendant, je mets quelques uns de ces témoignages en commentaire de ce billet, pour que chacun puisse juger.

Pour moi, l’objectif se précise. Je l’ai dit, la cible n’est pas le baptême en soi, ni la liberté de sélection des maîtres de stages dont on sait qu’ils doivent héberger les stagiaires chez eux, au sein de la famille, nourris, logés, et auxquels on doit laisser une grande liberté de choix (on peut cependant regretter que ce choix se fasse sur le critère « baptisé », il y en a d’autres, bien plus acceptables et justifiés, même s’ils restent subjectifs). La cible n’est pas les membres du corps professoral ni les autres encadrants, sauf s’il s’avérait indiscutablement que l’un d’eux dérape en cette matière. Non, la cible est un noyau dur d’étudiants qui perpétue le harcèlement et les représailles sont telles ou les menaces de représailles sont telles que d’autres étudiants inscrits à l’ULg, qui ont tous les mêmes droits et devoirs, n’osent pas se découvrir. Ca glace les sangs. Je pense néanmoins que nous aurons bientôt suffisamment d’éléments pour identifier les responsables et les inviter à plus de respect de l’autre…

Comme toujours, lorsqu’on parle du problème évoqué dans le billet précédent, on s’éloigne vite du propos précis.

1) Je rappelle qu’il ne s’agit pas de remettre en question le baptême estudiantin, pour autant qu’il soit pratiqué indépendamment de toute conséquence injuste et discriminatoire. A ceux qui ont compris que mon propos était anti-baptême estudiantin, je dis: relisez calmement, je n’ai jamais dit ça, même si j’ai dit que, dans les activités soi-disant folkloriques, je réprouvais les attitudes humiliantes.

2) Je précise que, si j’ai dit que des étudiants, des assistants, des professeurs et des maîtres de stages ont, ou ont eu un comportement que je réprouve, je n’ai certainement jamais voulu généraliser et je suis prêt à entendre qu’ils sont en infime minorité (ce que je pense), voire inexistants aujourd’hui. Je m’en réjouirais. Si certains ont trouvé mon propos trop énergique (j’ai entendu parler de « karchérisateur » à mon sujet!), j’en suis désolé. Croyez que je n’assimile pas tout le monde à ce profil-là et que je sais pertinemment que ce comportement n’est pas courant, ni même toléré dans la Faculté, mais je ne puis ignorer les plaintes et je dois donc en avoir le cœur net.

3) Quant aux sanctions que j’ai annoncées, il va de soi (mais ça me semblait clair) qu’elles ne seront appliquées qu’à ceux dont la culpabilité serait avérée, bien entendu.

Mon vœu le plus cher est que la mobilisation que je constate au sein de la Faculté — et j’en félicite sincèrement tous ses membres — produise des effets bénéfiques, même si la tempête ne se déchaîne que dans un verre d’eau. Au moins aura-t-on saisi une opportunité intéressante.

D’autre part, le Doyen de la Faculté de Médecine vétérinaire a rencontré ses étudiants ce jeudi et les choses évoluent dans le bon sens, comme en témoigne le billet radio sur Vivacité.

Néanmoins, vous verrez dans le commentaire de ce billet qu’avec certains maîtres de stage, nous n’en sommes pas encore sortis…
Affirmer qu’il n’existe pas de discrimination reste encore un peu prématuré.

Il y a quelques semaines, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) me faisait savoir qu’il était saisi d’une plainte d’un étudiant en Médecine vétérinaire dénonçant une discrimination systématique des étudiants non-baptisés. Le « baptême » estudiantin est en effet une tradition séculaire chez les vétérinaires, comme d’ailleurs dans d’autres facultés telles que les Sciences appliquées, la Médecine, la Philosophie-et-Lettres ou l’Agronomie.

L’intensité et les exigences quelque peu démesurées de ce « baptême » me posent problème, personnellement. Les attitudes d’humiliation des « bleus » par les baptisés me sont terriblement antipathiques car je déteste le manque de respect et l’avilissement délibéré, même lorsque la victime est consentante. Toutefois, si j’appelle au calme et à la mesure, je ne souhaite pas aller jusqu’à l’interdiction des baptêmes. Comment, d’ailleurs, le pourrais-je? Des adultes majeurs peuvent se livrer à tout ce qui leur passe par la tête dans un contexte privé sans que je dispose du moindre moyen de les en empêcher, et c’est très bien ainsi. Après tout, personne n’est obligé de se soumettre à ce à quoi il ou elle répugne, dire non reste son droit le plus fondamental.

Seulement voilà: il faut évidemment que cette dernière phrase soit vraie. Là où on sort carrément des clous, c’est lorsque le refus de se soumettre aux épreuves du baptême estudiantin conduit à des représailles de la part d’étudiants baptisés, de la part de membres du personnel scientifique baptisés ou de la part de professeurs baptisés — et ce n’est pas moins grave lorsqu’il s’agit de maîtres de stages extérieurs à l’Institution —, qui pratiquent l’abus de pouvoir, donc le harcèlement. A ce moment-là, que les représailles tiennent de l’intimidation, du rejet, ou de n’importe quelle forme d’entrave à la poursuite sereine des études, cela devient de la discrimination et c’est bien évidemment interdit par la loi — que nul n’est sensé ignorer —, tout autant que par l’éthique la plus élémentaire. De tels comportements seront sanctionnés par l’ULg qui dispose, pour cela, des organes nécessaires.

Une rencontre a donc été organisée le 6 octobre entre le Conseil de la Faculté, deux représentantes du CECLR, mes collaborateurs des affaires académiques, étudiantes et juridiques et moi-même. De cette rencontre est née la décision claire et déterminée du Doyen et des membres du Conseil de Faculté de veiller à mettre bon ordre à cet état de choses en suivant mes recommandations: créer une commission chargée d’enquêter sur ces anomalies et rédiger une charte de déontologie précisant les limites des activités estudiantines et de la discrimination qu’elles induisent. Cette charte sera d’application dans toute l’Université.

Ayant « eu vent » de cette rencontre, le 12 octobre, la RTBF a diffusé un billet dans son journal télévisé de 19h30. Assez logiquement, d’autres media ont suivi et ont donné de l’ampleur à un problème que j’aurais souhaité régler sereinement. Mais c’est la loi du genre. Plusieurs autres plaintes me sont parvenues depuis lors ainsi qu’au CECLR, et elles sont sorties enfin de l’anonymat. Le lendemain, j’ai convoqué à nouveau le Conseil de Faculté afin de le presser de finaliser la constitution de la commission et la rédaction de la charte. J’ai en outre fixé la date du 15 novembre pour l’accomplissement de cette mission, ainsi qu’un autre objectif: celui de proposer un ensemble de valeurs moralement acceptables sur lesquelles pourraient se fonder l’esprit d’équipe, l’esprit de corps, le sens de l’entraide et la solidarité qui font aujourd’hui la fierté de la Faculté et qui remplacera la valeur désormais inacceptable que véhiculent les épreuves du baptême. J’entends bien que cette vision utile et innovante s’installe dans tous les esprits au sein de la Faculté, ainsi que chez ses anciens diplômés, afin d’en finir avec une sélection basée sur le rejet de groupes qui rappelle étrangement les rejets fondés sur des discriminations ethniques ou religieuses, un ostracisme maintenant puni dans tous les pays qui partagent notre culture (à l’exception notable et heurtante de certaines expulsions ethniques qui suscitent l’indignation dans toute l’Europe).

Pour ma part, je recevrai dès à présent les témoignages de toutes les personnes qui le souhaitent, pour autant que ces témoignages relatent des faits réellement vécus et non des informations indirectes, des rumeurs ou des fantasmes collectifs. En effet, nous nous attaquons ici à un sujet qui prête à toutes sortes de commentaires et je ne désire pas que mon écoute — que je promets pleine et entière — soit polluée par des racontars sans fondement. La tâche sera donc très difficile. Je me ferai aider par nos spécialistes en matière juridique, éthique et de qualité de la vie étudiante, ainsi que par des psychologues experts. J’entendrai également les organisations d’étudiants.

Je sais que changer les mentalités exige un travail de fond long et difficile ainsi qu’une adhésion très large de l’ensemble des acteurs à tous les niveaux et que, par conséquent, il serait illusoire d’espérer tout transformer en un claquement de doigt. Mais si j’entends bien ce que la Faculté me dit, ces délits ne sont plus aujourd’hui que le fait de quelques personnes, peut-être inconscientes du caractère délictueux de la discrimination qu’elles exercent, même si c’est difficile à croire. Il faut alors que ces personnes soient, en toute justice, identifiées et qu’elles soient informées des risques qu’elles prennent au regard de la loi et de la justice, en plus des sanctions internes qu’elle encourent. Il est évident que, plutôt que d’êtres mues par la peur du gendarme, je préférerais qu’elles prennent réellement conscience de la nature abjecte et inacceptable, voire répréhensible et condamnable de leur comportement.

Cela ne m’empêche pas d’être pressé, car je tiens à ce que cette année académique soit la dernière où la Faculté de Médecine vétérinaire se trouve entachée par cette réputation nauséabonde. Mon objectif est que, dès l’année 2011, qui marquera les célébrations du 175è anniversaire de la Faculté de Médecine vétérinaire et le 20è du déménagement de Cureghem à Liège, celle-ci soit définitivement désinfectée.

Voir aussi les commentaires récents à mon article du 25 mars dernier

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