Rankings


Je me fais rare sur mon blog. Il est vrai que l’implication de l’ULg dans une multitude croissante d’interactions avec le milieu économique et social m’empêche de consacrer le temps que je souhaiterais à cette rédaction.
Je reste toutefois très actif sur les réseaux sociaux qui sont incontestablement en train de supplanter celui qui est aujourd’hui devenu le « vieux » blog, déjà un peu désuet…

C’est ainsi que vous trouverez mes interventions récentes sur les sujets liés de plus ou moins près à l’ULg via Scoop.it « Université de Liège, vue côté Recteur ».

Par ailleurs, j’y relate également des informations qui me semblent dignes d’intérêt en matière d’accès libre aux publications scientifiques, ainsi que sur les classements et évaluations.

Nos approchons des 18.000 références dans ORBi, dont 72% en full text.

Plus encore que le nombre d’entrées, c’est le nombre de textes complets qui importe. En effet, on pourrait se satisfaire d’une liste bibliographique qui permettrait à l’Université de disposer des titres et métadonnées simples de la production scientifique de ses chercheurs, mais on manquerait alors une formidable occasion de rendre accessible la vraie matière à tous ceux que ça intéresse. En effet, il est indispensable pour cela que le contenu soit complet, voire même agrémenté de données complémentaires de toutes sortes (données brutes, photos, films, enregistrements sonores, etc). Il faut également que les moteurs de recherche viennent retrouver les mots-clés au sein même des textes qui doivent donc être entièrement lisibles.

Nous pouvons être fiers de la technologie qui a été mise au point pour ORBi et de la large compréhension dont chacun a fait preuve même si, au début, beaucoup rechignaient à se plier à l’exercice. Ceux qui l’ont fait savent aujourd’hui combien il leur sera facile de continuer à alimenter le dépôt au fur et à mesure de la sortie de leurs publications.

Nous pouvons être fiers également du travail d’expert qui a été accompli par l’équipe du Réseau des Bibliothèques car cette qualité se fait nettement sentir. Contrairement à beaucoup d’autres universités qui ont confié l’encodage à des employés temporaires, à des étudiants jobistes et aux bibliothécaires qui s’acquittent de cette tâche sur base d’informations fournies par les chercheurs en format papier sans réel souci d’harmonisation préalable, nous avons fait reposer la rigueur sur les personnes les plus concernées (dès qu’elle ont compris qu’elle l’étaient!). Ces institutions atteignent donc à peine 20% de documents en full text, elle dépensent de lourdes sommes dans ce contexte pour un résultat décevant avec le risque d’essouflement des équipes et de découragement des chercheurs. Notre approche est certes, au départ, moins populaire auprès de ceux-ci, mais elle se révèle en définitive payante pour tout le monde, et efficace.

Le registre des dépôts en accès libre (Registry of Open Access Repositories, ROAR) nous place en 54è position pour le nombre total de références parmi les 802 répertoires institutionnels connus (c’est là un ranking objectif, basé sur un seul critère, donc acceptable! ;-) ).

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« It is one of the noblest duties of a university to advance knowledge and to diffuse it, not merely among those who can attend the daily lectures, but far and wide ».
(Daniel Coit Gilman, first President, Johns Hopkins University, 1878)

« An institutional repository …
• fulfils a university’s mission to engender, encourage and disseminate scholarly work;
• gathers a complete record of its intellectual effort;
• provides a permanent record of all digital output;
• acts as a research management tool;
• is a marketing tool for universities;
• provides maximum Web impact for the institution ».

(Alma Swan, Key Perspectives, 2009)

La profondeur de mon silence sur ce blog est généralement en relation inverse avec le nombre et l’importance des événements qui marquent notre vie universitaire, malheureusement. Ces derniers jours en ont donné une nouvelle preuve.

Jane Goodall
La spécialiste mondiale des chimpanzés, véritable idole de très nombreux éthologistes et naturalistes du monde entier, était dans nos murs lundi dernier, pour une très belle conférence sur la conservation de la nature et le parcours qui l’a amenée à prendre fait et cause pour la défense de la planète. Immense succès puisque la Salle académique était archi-pleine et qu’il a fallu retransmettre la conférence en vidéo dans une seconde salle. Le Prince Laurent nous avait même gratifié d’une visite-surprise. Jane Goodall devait être des nôtres pour être faite docteur honoris causa de l’ULg le 26 mars prochain. Comme elle ne pourra être présente, j’ai eu l’honneur de lui remettre ses insignes avec un peu d’avance lors de cette séance très appréciée.

Dans un même ordre d’idées, je signale que le professeur Pachauri, prix Nobel 2007 pour le GIEC, docteur honoris causa de l’ULg en 2008, sera parmi nous le 31 mars prochain dans la matinée et qu’il donnera une conférence aux Amphis de l’Europe à 10h.

The Scientist
Le célèbre magazine américain des sciences du vivant a fait une enquête auprès de ses lecteurs et leur a demandé quelle université ou centre de recherches leur avait semblé le meilleur pour y réaliser un « post-doc ». Il publie la liste des dix premiers hors-USA et l’ULg se trouve en 9è position mondiale.
Evidemment, je suis très mal placé pour pousser un cocorico puisque j’ai toujours critiqué le principe-même des « rankings » d’universités ! Mes critiques s’articulaient sur trois points : le caractère subjectif qu’induit le principe de notoriété, le biais introduit par la possibilité de lobbying de l’institution (ne serait-ce que parce qu’elle doit apporter des données chiffrées aux enquêteurs) et surtout le nombreuses anomalies et aberrations dans la méthodologie générale des classements.
Alors, aujourd’hui, lorsque l’ULg est incroyablement bien classée, serais-je plus clément ? Donnerai-je raison à ceux qui me reprochaient d’être contre les classements parce que nous étions mal classés ? (nous ne sommes jamais mal classés, mais toujours assez loin parmi les belges).
Bien sûr que non. Je dirai simplement qu’ici, c’est un test qui porte exclusivement sur la subjectivité et qui est donc hautement critiquable à cet égard. Il n’est basé que sur ceux qui ont répondu à l’appel, ce qui biaise évidemment le test. Il est cependant ciblé sur une catégorie étroite de gens (ceux qui ont fait un post-doc à l’étranger) et il ne repose que sur l’avis de ces chercheurs, non sur des données collectées auprès de l’institution… On ne peut donc rester insensible au compliment adressé à l’ULg par ceux qui y sont passés. Merci à eux !
J’ajouterai que les efforts consentis par notre université pour rassembler de manière efficace ses forces vives en matière de sciences du vivant ne sont probablement pas sans rapport avec la bonne impression des chercheurs.
Maintenant, il nous reste à affronter la nuée de candidatures de post-docs venant de partout… !

Une de mes interviews peut être réentendue en podcast sur Cocktail Curieux (RTBF « La Première ») du 4 mars 2009.

Uppsala-Cracovie-Liège
Au cas où l’UCL perdrait son C*, nous pourrions revendiquer le sigle pour notre nouvelle association tripartite entre l’Université d’Uppsala en Suède, l’Université Jagiellone de Cracovie en Pologne et l’Université de Liège. Lors de la rencontre des trois recteurs (cinq si on y ajoute la rectrice des universités agro-vétérinaires d’Uppsala et de Cracovie) à Colonster jeudi dernier, les nombreuses similitudes et complémentarités entre nos institutions sont apparues clairement et nous avons convenu de prolonger l’effort pour établir une relation triangulaire forte entre nous. Une prochaine rencontre devrait avoir lieu en Pologne dans quelques mois.
*Tout compte fait, pour le sigle, c’est non : il faudrait aussi que l’University of Central London abandonne une lettre… ;-)

Assises de la recherche
Le bilan de la recherche en CFB et les perspectives d’avenir, qui faisaient l’objet des Assises de la Recherche de la Ministre M.-D. Simonet, ont recueilli un succès certain et une grande affluence qui rendait ainsi hommage aux efforts incontestables que la Ministre a déployé durant les 5 années de la législature pour améliorer le soutien à la recherche. Affluence qui contrastait avec la présence d’un journaliste isolé lors du point-presse qui précédait l’évènement… La recherche n’intéresse encore que les chercheurs et, heureusement, quelques politiques.

Restaurant
Pas de première pierre depuis douze ans à l’ULg… C’est dire l’importance de l’évènement de vendredi dernier, même si la pierre n’était que virtuelle et symbolique. Peu importe, ce qui compte, c’est que les travaux ont commencé et que le nouveau restaurant « écologique » sera accessible à la rentrée de 2010 et qu’il fera partie d’un vaste réaménagement de toute la zone Nord du Domaine du Sart Tilman (bâtiment d’accueil à l’entrée, voies piétonnes et cyclistes, cafétarias, agrandissement du B52 Ingénieurs, etc). Enfin, ça bouge !

Séance des FNRS
Sympathique accueil, devenu maintenant traditionnel chez nous, des nouveaux chercheurs FNRS par les anciens, cette année en présence de la nouvelle Secrétaire générale, Véronique Halloin, qui s’est déplacée pour partager ces moments de convivalités avec « ses » chercheurs.

« C’est notre terre »
Une magnifique exposition est à voir absolument dans les souterrains Tour & Taxis à Bruxelles si vous ne l’avez déjà fait. Elle convient à tous les âges et fait preuve d’un talent pédagogique exceptionnel qui ne nous étonnera pas puisqu’un des deux scénaristes n’est autres qu’Henri Dupuis qui est aussi le rédac’ chef de notre magazine web Reflexions. La contribution scientifique liégeoise y est massive comme en témoigne la liste des spécialistes consultés et les crédits de prêt de pièces scientifiques. Je vous recommande chaudement cette visite.

Foire du Livre
Succès dimanche pour le livre de Nicolas Ancion Retrouver ses facultés à la Foire du Livre de Bruxelles. La présence de l’auteur au débat intitulé « Peut-on rire de l’Université ? » et sans doute surtout celle de Pierre Kroll, illustrateur du livre, étaient sans doute pour beaucoup dans ce succès de foule et la longue file à la signature d’autographes !
Oui, on peut aussi rire de l’université, comme de tout d’ailleurs, du moment qu’on ne blesse personne, mais en publiant l’ouvrage, les Editions de l’ULg ont montré que rien n’est plus percutant (et surprenant, pour beaucoup) que l’auto-dérision.

A lire, l’excellent commentaire (en pdf) de mon collègue Philippe Vincke, recteur de l’ULB, probablement le mieux placé des recteurs d’universités belges francophones pour critiquer la désastreuse méthodologie du THES (voir billet précédent), puisque son institution avance de 11 places dans le classement…

A titre indicatif, le graphique ci-dessous donnera, mieux que tout discours, une idée du manque de fiabilité de la méthode.

Pour bien comprendre, il faut savoir qu’en 2004, il existait une confusion entre les universités francophones et néerlandophones de Bruxelles et de Louvain, qu’en 2006, l’ULB a pâti d’une erreur des enquêteurs qui lui ont attribué un nombre d’étudiants double de la réalité, l’ULg, elle, bénéficiait d’une erreur qui plaçait son minerval étudiant à 0 € (au lieu de 759 € !) alors que ceux de l’ULB et de l’UCL étaient rapportés à 6.250 € et 5.200 € respectivement! Et comme je l’ai déjà dit dans le billet précédent, trois de nos facultés ont été « omises » en 2007. Sans compter les erreurs non détectées.

Tout ceci laisse peu de crédit à cette évaluation, si ce n’est qu’à la « grosse louche », les 3 universités complètes de la CFB sont dans le top 300 (sur 5.100 universités), ce qui est plus qu’honorable) et confirmé par le classement de Shanghaï en 2005.

Et là-dessus, le magazine The Scientist, dans son enquête de novembre 2007, place la Belgique en n°1 des pays où il fait bon faire de la recherche, devant les USA et le Canada! Sans toutefois préciser si c’est en Flandre ou en Communauté française… ;-)

Nous sommes bel et bien entrés dans l’ère des hit parades.

Le « classement 2007 des 200 meilleures universités du monde » publié par le supplément “Higher Education” du Times, le THES World Universty Rankings est paru ce vendredi*.

C’est un peu comme le Beaujolais. Tout le monde l’attend, à la date annoncée, le suspense savamment entretenu est intenable. Tout le monde sait que, en termes œnologiques, ce ne sera pas bon, que ce sera bien évidemment contraire à toutes les règles de qualité, aucun vin ne se buvant décemment dans l’année, mais la fièvre monte quand même jusqu’au dernier jour de l’attente. Et les ventes sont proportionnelles à la fébrilité astucieusement provoquée.

Pour le ranking du THES, il en va de même. On sait d’avance que ce sera truffé d’erreurs matérielles, parfois énormes, on sait d’avance que ce sera marqué par un gigantesque biais anglophone, on sait d’avance que ce sera largement subjectif et aléatoire, on sait d’avance que cela résumera chaque université par un seul chiffre, mais néanmoins l’engouement persiste et chaque université dans le monde attend le verdict avec anxiété.

Cette année, on ne sera pas déçu : on n’en aura toujours pas plus pour son argent, ni pour son stress. Harvard, Cambridge, Oxford et Yale restent en tête comme il se doit, et on n’aura aucune surprise dans les vingt-et-quelques premiers. Par contre, grand désordre au sein des universités belges. La KUL passe devant les autres et fait un bond de 35 places, de la 96ème à la 61è. L’UCL, qui était en 76è position l’an dernier, se retrouve 123è après une chute de 47 places, juste devant Gand, 124è, qui avance de 17 cases. L’ULB grimpe de 11 places (de 165è à 154è) et Anvers apparaît pour la première fois dans le top 200 à la 187è place. Selon nos informations, obtenues auprès des responsables de ce travail de classement, l’ULg, tout juste hors-classement l’an dernier, se retrouve 262è cette fois ci, après une dégringolade de 61 places.

Mais autant je ne m’étais pas, au nom de mon université, enorgueilli de notre progression d’une centaine de places en 2006, autant je ne m’affole pas du recul de cette année, ces montagnes russes n’ayant guère de sens ni de vraisemblance.
Un tel classement pourrait présenter un intérêt s’il permettait à chaque institution de mesurer exactement ses faiblesses et ainsi de redresser la barre, mais des flottements aussi erratiques ne permettent de rien conclure et, hélas, en disent long sur le manque de sérieux d’une compétition beaucoup trop prise au sérieux.

Les auteurs du classement ne sont pas avares de renseignements lorsqu’on les leur demande, ce qui est fort sympathique au demeurant. C’est comme cela que nous avons repéré qu’apparemment, pour l’évaluation de la production scientifique, le classement aurait tout simplement omis le fait que l’ULg possède une Faculté de Sciences, une Faculté de Médecine et une Faculté de Médecine vétérinaire, soit plus de 60% de notre production de recherche dans des revues internationales cotées. Et qui sait si la chute tout aussi inexplicable de l’UCL n’est pas liée à un “oubli” de ce genre…

Il y a quelques mois, j’écrivais dans ces lignes: “Oublions les rankings”. C’est en effet ce qu’ils méritent.
Malheureusement, nous serions les seuls à les oublier.
J’ignore l’impact réel de ces classements, mais j’ai eu vent du caractère déterminant qu’ils peuvent avoir sur le choix d’une université pour les étudiants étrangers. Que ce le soit chez peu ou beaucoup d’entre eux est difficilement évaluable.

Alors, il est plus que temps que l’Union européenne, les universités européennes hors Royaume-Uni étant assez mal positionnées dans les tout premiers de ce classement, se ressaisisse et propose elle-même une solution plus rigoureuse. On entend dire que cela pourrait être bientôt le cas. Nous espérons en tout cas y contribuer pour le volet “production scientifique” en élaborant des instruments de mesure plus appropriés dans le cadre d’EurOpenScholar dont je vous parlais dans mon avant-dernier billet.

Et maintenant, pour s’amuser, une petite analyse superficielle qui est peut-être plus indicative des biais de la méthode que de la qualité réelle des universités et qui mettra un peu de baume sur les cœurs européens…
On voit, dans le graphique suivant, en subdivisant les 200 en tranches de 50, que si les USA-Canada « trustent » confortablement les 50 premières places (46%), ils sont rapidement dépassés par les européens qui, eux, occupent 44% du « top 200″.

* http://www.thes.co.uk/worldrankings/. Mais pour lire, il faut soit être abonné, soit demander un essai gratuit de 14 jours.

Il est surprenant de constater le temps qu’il aura fallu pour que des institutions de grande qualité scientifique finissent par contester les méthodes ridiculement inadéquates qui sont employées pour les juger et les classer.

Voici enfin qu’un boycott des « rankings » est proposé par un groupe d’universités américaines. Il est commenté par D. Butler dans la revue Nature (447, 514-515, 31 May 2007) et par S. Harnad ce 3 juin dans l’American Scientist Open Access Forum.

En Europe, les voix ont été plus discrètes. Rares sont ceux d’entre nous qui ont rejeté d’emblée les « rankings » sur base de leur médiocrité scientifique, beaucoup ont accepté ces classements comme incontournables, certains ont même essayé de manipuler les chiffres à leur avantage et personne n’a vraiment réussi à convaincre la presse d’ignorer ces informations.

En substance, l’analyse de Nature est la suivante: « Experts argue that [the rankings] are based on dubious methodology and spurious data, yet they have huge influence. All current university rankings are flawed to some extent; most, fundamentally ».

Les auteurs défendent un point de vue qui est le mien depuis le début: aucun classement, que ce soit celui du U.S. News & World Report, celui du British Times Higher Education Supplement (THES) ou celui de la Jiao Tong University à Shanghai, pour citer les plus connus, n’est basé sur des critères ni sur une méthodologie irréprochables, loin s’en faut. Quant aux données du Thomson Scientific’s ISI citation data, elles sont inutilisables pour opérer des classements — le nom d’une même institution s’écrit de manière différente dans différents articles, voire même est mal orthographié ou complètement omis selon les cas — et elles ne concernent que les publications.

La conclusion est nette, les rankings, dans leur forme actuelle, sont purement et simplement à oublier.

Le Vif/L’Express a publié hier, dans son courrier des lecteurs, ma réaction à sa publication de la semaine dernière sur les classements d’universités. Pour des raisons de place, il n’a gardé que les trois derniers paragraphes. La voici en entier.

L’être humain souffre du syndrome du hit parade. Il aime les classements. Ça le rassure.
Mais certaines choses sont inclassables et les universités sont de celles-là.

On ne peut classer aisément que les choses auxquelles il est possible d’attribuer une note chiffrée et seulement si un seul critère objectif est pris en compte. On peut, par exemple, classer des livres d’après le nombre d’exemplaires vendus. C’est objectif, encore que cela ne donne guère d’indications directes sur la qualité de l’œuvre. On peut supposer que l’achat est vaguement en relation avec une certaine qualité, mais il faut bien admettre que beaucoup d’autres facteurs interviennent, tels que les moyens publicitaires consentis par l’éditeur, la campagne médiatique organisée lors de la sortie du livre, etc.

Si un deuxième critère indépendant intervient, les choses se compliquent. Comment décider du poids relatif à lui accorder ? Et si ce critère est subjectif, c’est pire. Imaginons qu’on décide d’évaluer la qualité poétique de l’ouvrage. Le classement sera difficile et dépendra énormément du juge. La combinaison des deux critères devient presque impossible. Et si on s’y aventure malgré tout, quelle est alors sa véritable signification et comment l’exprimer ?

Il en va de même avec les universités. On peut dénombrer les étudiants, c’est un critère objectif, mais qui ne donne guère d’indication utile sur leur qualité.
Si toutefois nous ajoutons un autre critère, la qualité de la recherche par exemple, on se retrouve dans la situation décrite plus haut : comment mesurer le poids respectif d’un critère objectif et d’un autre, subjectif ? (même s’il existe des mesures de la recherche, c’est encore une tâche impossible pour l’ensemble des domaines couverts par une université complète).

On voit donc bien où réside le problème. Mais c’est encore peu de chose. Une université se caractérise non par deux, mais par des dizaines de critères, objectifs (nombre d’étudiants, nombre d’encadrants, revenus financiers, espace disponible, etc.) ou subjectifs (qualité de la recherche, de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants, des logements, de la relation encadrant-encadré, etc.). Mission impossible.

Il est légitime d’essayer de résoudre cette quadrature du cercle, mais il faut savoir admettre l’étendue de l’approximation et de la subjectivité d’une telle entreprise. En particulier, il faut impérativement abandonner l’idée d’un classement global, aussi séduisant qu’il puisse être. Au mieux, on peut espérer classer les universités pour chaque critère séparément. Dans ce cas, on verra qu’une institution peut se situer parmi les meilleures pour la qualité de son encadrement mais se retrouver moins bien classée lorsque sa recherche est analysée. Par ailleurs, on trouvera des universités de grande qualité pour leurs sciences humaines et d’autres plutôt pour les sciences et techniques.

Je partage le souci du Professeur Tulkens et de son université, l’UCL, de tenter d’améliorer la méthodologie du Times Higher Education Supplement dont les biais et le caractère expéditif interpelle. Chaque université souhaiterait en effet élaborer une expression plus juste de sa valeur. Mais il est indispensable d’abandonner définitivement l’idée d’une évaluation globale en un seul chiffre, condition nécessaire au classement, car un tel chiffre ne peut consister qu’en une moyenne saugrenue de valeurs correspondant à de nombreux critères très différents. Il faut séparer les critères et probablement aussi les domaines d’activité.

Malheureusement, ce n’est nullement la voie dans laquelle M. Tulkens s’est engagé. Il a cherché à donner plus de poids à certains critères et moins à d’autres et c’est bien là ce qui a choqué lors de la sortie de l’article du Vif. En effet, son intervention sur les données de base était lourde de subjectivité et il est difficile de dire si ses choix étaient plus judicieux que d’autres qui pourraient être proposés. Le hasard qui, selon lui, a conduit à un grand bond en avant de son université dans le classement a jeté un fâcheux discrédit sur son approche. Et ce n’est pas tant la divulgation de cette manipulation de données sur le site internet du centre de recherches dont il relève à l’UCL qui a suscité l’ironie, que la façon dont Le Vif-L’Express s’est emparé de ce travail pour le présenter comme un nouveau classement solide et fiable, commettant ainsi une erreur journalistique fort surprenante.

Je reste partisan d’études qui permettraient d’arriver à un consensus entre universités dans le monde entier quant aux critères à utiliser et à la manière de collationner et traiter les données pour enfin constituer une évaluation équitable et réellement utile. A condition de s’imposer de ne pas publier de hit parade simpliste et forcément réducteur.

Après la boutade de mon affichage précédent, je tiens à revenir plus sérieusement sur le fond du problème de classement international des universités.

Il est vrai que le classement du Times Higher Education Supplement (THES) pèche essentiellement par le fait qu’il résume chaque université à un seul chiffre après avoir tenté d’évaluer de très nombreux critères, objectifs et subjectifs, très différents les uns des autres. Comme il désire faire un classement unique, il y est bien obligé. Pour obtenir ce chiffre, il faut faire une sorte de moyenne en donnant un poids relatif à chacun des critères. L’approche d’Henry Tulkens consiste à remettre en cause ce poids relatif et à établir une nouvelle pondération qui tienne mieux compte des réalités universitaires. En soi, cette préoccupation est très louable. Personnellement, je suis aussi preneur d’une méthode plus adaptée, si — et puisque — il faut vraiment entrer dans l’ère des classements.

Mais alors, je pense qu’il fallait aller plus loin, et dénoncer non seulement le poids relatif accordé aux critères, mais leur rassemblement en une seule valeur. On peut faire un classement des universités sur la qualité des logements, la beauté du campus ou son intégration urbaine, le rapport encadrants-encadrés, la qualité de la formation de ses ingénieurs, de ses médecins, de ses juristes OU de ses philologues, le nombre de ses Prix Nobel, le nombre de ses entreprises spin-off, le nombre de livres dans ses bibliothèques, le nombre de mètres carrés, d’arbres ou de places de parking par étudiant, etc. Mais tous ces classements n’ont que l’intérêt de ce qu’ils représentent et ne sont pas mélangeables ni moyennables. Il faut donc maintenir des classements séparés, pour qu’ils restent réellement informatifs, pour que chacun y trouve exactement ce qu’il cherche, si tant est que c’est à cela que doivent servir les classements…

Le choc ne venait pas de l’initiative compréhensible de notre collègue Tulkens, il venait du traitement de son travail par un hebdomadaire qui ne nous a pas habitués à des dérives sensationnalistes en cette matière et qui n’a guère fait dans le détail cette fois-ci. J’écris par ailleurs au journal pour y défendre ce point de vue.

Placée en 201è position en 2006, l’ULg a échappé au retraitement des données par l’étude de l’UCL qui n’a concerné que les 200 premières institutions selon le THES. Je ne sais donc ce que cela aurait donné mais cela m’importe peu. Quel que soit le sérieux qu’on puisse appliquer à cette manipulation des données, elle reste toujours une manipulation et elle prête forcément le flanc à la critique. On pourra toujours lui reprocher de servir un propos délibéré, surtout quand, dans toute sa subjectivité, elle sert l’institution de l’auteur, suscitant ainsi la suspicion.

Il est temps que les universités s’entendent sur le moyen de donner au public des informations sur leurs qualités et défauts respectifs de la manière la plus objective qui soit, sans faire d’amalgame et sans simplification réductrice.

On ne peut résumer une université à un chiffre et encore moins à une position dans un hit parade.

Les lecteurs de ce blog savent ce que je pense des classements d’universités.
J’ai lu l’article du Vif-L’Express de ce vendredi 11 mai « Le Palmarès qui change tout » annonçant qu’après avoir retraité a posteriori les chiffres du Times Higher Education Supplement, le Prof. H. Tulkens (UCL) avait sauvé l’honneur de la Belgique francophone en général et celui de l’UCL en particulier, la faisant remonter de la 76e à la 35e place au niveau mondial.
J’ai lu l’article de 7sur7 et les commentaires de ses lecteurs.
J’ai également lu avec intérêt l’article (en PDF et en Open Access mais malheureusement non revu par des pairs) de M. Tulkens.

Bien qu’il ait recours à une méthode qui est exactement à l’opposé de la rigueur scientifique que nous essayons d’inculquer à nos étudiants (on ne bricole pas les données des autres en en changeant l’objet et la méthode de traitement pour en tirer des conclusions qui servent son propos et ses intérêts!), j’ai décidé d’appliquer les méthodes de M. Tulkens à une autre question brûlante, ce qui me donne l’occasion de vous annoncer une excellente nouvelle qui, j’espère, fera la « Une » de la prochaine édition du Vif.

Si on compte le total des points remportés, au lieu d’utiliser la méthode biscornue et discutable des jeux et sets généralement employée au tennis, j’ai le plaisir de vous annoncer que, le 31 mars dernier, Justine Henin a battu Serena Williams et a donc remporté le tournoi de Miami 2007!

Cocorico!
Il est quand-même bien agréable de se faire plaisir!

Un nouveau venu est arrivé dans le monde des « rankings » universitaires: University Metrics.
Il risque de faire un malheur car il joue sur des principes qui font l’immense succès du moteur de recherche Google et de son algorithme original: il est basé sur le nombre de liens vers l’université en question trouvés sur les sites d’autres universités sélectionnées comme les meilleures du monde… Les auteurs en vantent la puissance en lui attribuant des vertus de peer review puisque, disent-ils, les universités ont toutes beaucoup de réticence à indiquer, sur leur propre site, une référence à une autre université !

C’est donc avec fierté que je vous annonce la présence de l’ULg dans le top 300, en 249è position derrière l’ULB (226è) et la KUL (140è) et devant Gand (260è), Anvers (262è) et l’UCL qui ferme la marche (300è, son récent changement d’adresse web de UCL à UCLouvain n’est sûrement pas sans conséquence), seuls représentants de la Belgique universitaire.

Bien sûr, c’est avec un grand clin d’œil qu’il faut prendre cette nouvelle ! Elle n’a de valeur que pour ce qu’elle mesure et il serait ridicule d’en tirer des leçons qui iraient au delà du strict dénombrement des liens sur des sites web !

Mais elle attire notre attention sur la facilité du dérapage que les soi-disant mesures objectives du rang occupé par les universités peut entraîner si on n’y prend garde. Le mythe de l’évaluation rapide et chiffrée d’entités aussi complexes que des universités subsiste et ne fait que croître et embellir, mais il faut impérativement s’en méfier et veiller à n’en tirer que les conclusions très fragmentaires et très limitées qu’on est en droit d’en tirer.

En période de carnaval, on peut se permettre le clin d’œil !

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