Enseignement/Formation


Certains prétendent, à grand renfort de presse, qu’ils sont les seuls à donner des cours de chinois en Communauté française de Belgique.
Qu’ils en donnent, c’est fort bien. Ce qui l’est moins, c’est d’ignorer volontairement le plus grand centre de formation en langue et en culture chinoises, l’Institut Confucius de la Communauté française de Belgique, hébergé par l’ULg.
Que ceux que cela intéresse, et ils sont nombreux, se rendent sur le site web de l’Institut, pour en connaître les activités remarquablement diversifiées.

Mauvais procès

J’ai reçu, la semaine dernière, une pétition, également rendue publique par ses signataires sur un site web, dénonçant l’organisation, par une firme de boissons « énergisantes », d’un événement « didactique » sur le campus du Sart Tilman. Les signataires ont trouvé cet événement vulgaire et déplacé, ce qui est parfaitement leur droit. Ils s’interrogent sur les raisons qui m’auraient poussé à encourager une telle activité, signe avant-coureur de la « marchandisation » de notre Institution.

Je leur ai répondu en substance que nous n’y avions pas vu malice, qu’il s’agissait d’une initiative de l’asbl « Restaurants Universitaires » et non de l’ULg elle-même, que le contenu didactique était contrôlé par un collègue physicien et que si cette organisation a manqué son but, voire choqué trop de monde, nous veillerions à plus de vigilance à l’avenir. J’ai aussi précisé que je n’ai nullement l’intention de « marchandiser » l’ULg. Cette activité ne nous a pas rapporté un euro.

Il est en général utile de recevoir des informations de ce type — quoique je me passerais volontiers du ton accusateur et réprobateur — car nous ne pouvons accompagner tout ce qui se passe sur le domaine universitaire et vérifier la qualité de ce qui s’y produit. Que dire des guindailles parrainées par des marques de bière ? Sont-elles de meilleur goût ? Enfin, je ne souhaite pas me poser en censeur permanent, surtout pas d’initiatives qui ne sont pas à priori suspectes.

Ceci étant admis, je souhaite que les signataires de cette pétition décident de prolonger la logique de leur action et prennent l’initiative d’organiser des activités décentes à destination des étudiants. Leur bénévolat permettra d’éviter la présence de sponsors. Il ne s’agit pas d’une boutade, mais d’un appel très officiel. La « Fondation Marcel Dubuisson pour les activités culturelles au Sart Tilman » pourrait d’ailleurs soutenir une telle initiative. Je suis ouvert à toute proposition constructive.

La bolognaise sera-t-elle ratée ?

Si on en vient à parler de la marchandisation des universités et des dérives inégalitaires, il est des indications qui me semblent infiniment plus préoccupantes que celle-là.

J’ai participé cette semaine à Londres, en tant que président du CIUF et du CCOCES, à la Conférence des Ministres Européens de l’Enseignement Supérieur qui a pour but, tous les deux ans, de faire le point sur la mise en place des mesures découlant de la Déclaration de Bologne. J’y ai été frappé par le discours dominant qui parle de compétitivité, de comparabilité, de classements et d’ »employabilité », comme si l’on assistait à un suivi de « Lisbonne » et non de « Bologne ». Seuls quelques intervenants, hormis moi-même, ont relevé l’absence du volet social, finalement réinséré timidement dans le communiqué final.

Essayons de comprendre. Comment des dizaines de milliers d’enseignants, d’encadrants et d’administratifs, en Europe et au-delà, ont-ils trouvé le dynamisme nécessaire pour prendre à bras-le-corps les implications de « Bologne »? Pourquoi donc se sont-ils lancés dans la tâche titanesque de la révision complète des programmes du 1er et du 2nd cycle, ajoutant une année d’études et sacrifiant les DEA et DES pourtant bien utiles?
Etait-ce seulement pour harmoniser les programmes à l’échelle européenne, juste pour le plaisir, au risque de passer au rouleau compresseur sur toutes les aspérités qui faisaient l’originalité et la spécificité des universités européennes?

Non. C’était pour permettre une réelle mobilité des étudiants, avec ce qu’elle comporte d’intérêt pour leur formation et pour leur avenir ainsi que pour permettre aux étudiants de demain de se composer « à la carte » une formation supérieure riche.

Or, huit ans après son lancement, « Bologne » n’a pas fait progresser le moins du monde cette mobilité tant attendue. On ne la voit même pas poindre à l’horizon. Au sein des pays signataires, le pourcentage d’étudiants « mobiles » n’est que de 2,2 %…

Et quelle est donc la cause de cette paralysie ? Les coûts.
Aujourd’hui, les bourses sont trop rares et très insuffisantes par rapport aux dépenses à consentir. La mobilité est clairement corrélée aux moyens dont dispose l’étudiant grâce à sa famille ou, dans certains cas, à son travail.

Alors, devant ce constat que personne ne conteste, il semble que le souci essentiel, voire exclusif que devraient avoir les gouvernements et les parlements des pays impliqués, est la prise en compte de la dimension sociale de cette réforme ambitieuse. Si on ne lui accorde pas les moyens qu’elle nécessite réellement, on va tout droit à l’échec et cet immense chamboulement des études supérieures n’aura vraiment servi à rien.

Rappelons que la fin de la mise en place du processus de Bologne sera sifflée en 2010. Si en 2009, lors de la prochaine réunion des ministres européens concernés qui se tiendra en Belgique, on fait le même constat qu’aujourd’hui, si on se contente de demander aux parents de financer ce que les gouvernements ont prétendu promouvoir, ou pire, si on le demande à des investisseurs privés en échange d’on ne sait quoi, je crains fort qu’on déclare alors ce que je pense déjà aujourd’hui: qu’on n’y arrivera jamais dans les délais,… et que la réunion se solde par une conclusion navrante: « on s’accorde une décennie supplémentaire! »

L’inconvénient du blog, c’est que des commentaires peuvent venir s’ajouter à des articles déjà anciens et passer inaperçus.

La discussion sur « Par le gros bout de la lorgnette » se développe, se complète, se précise, et vaut bien qu’on y retourne.

C’est aussi le cas d’une réaction à mon article du 24 mars dernier, »Prosélytisme » à propos de l’offensive créationniste.

Un jeune chercheur de l’ULg, pourtant actif dans une branche scientifique, y dévoile ses doutes et questionnements quant à ce qu’il considère comme le dogmatisme de la science qui, selon lui, n’est finalement qu’un ensemble de croyances. Il y dénonce le fait que la science, telle qu’il la voit, donc sans doute telle qu’on la lui a enseignée, est constituée de dogmes difficilement vérifiables et il s’interroge ainsi sur la nature des étoiles, sur la structure de la double hélice d’ADN ou celle de l’atome, et aussi sur l’évolution des espèces.
Il fait remarquer que, statistiquement, plus d’êtres humains dans l’histoire de notre espèce, ont cru que c’était le soleil qui tournait autour de la terre que l’inverse. Mais cela a-t-il pour autant valeur de referendum? Les conceptions de la majorité l’emporteraient-elles aujourd’hui, à l’échelle de l’histoire de l’humanité? Voilà comment on en arrive à nier tout avancement du savoir.

Si c’est là le fruit des formations que nous donnons, alors, c’est nous qui devons nous remettre en question.
Le seul fait que ce jeune chercheur s’interroge aussi fondamentalement sur ce qui constitue son métier de scientifique donne froid dans le dos, et doit nous interpeller.

N’est-il pas temps que nous nous interrogions sur notre manière d’enseigner, si vraiment elle laisse la place à de tels doutes ou les crée?
Le malaise de ce chercheur n’est-il pas révélateur du fait que nous avons trop tendance à enseigner ex cathedra et à asséner à nos étudiants des affirmations qui, pour eux, équivalent à des vérités révélées, au point qu’ils les considèrent comme des dogmes?
Ne nous éloignons-nous pas trop de la démonstration rigoureuse assortie d’une approche pratique, d’une familiarisation sensorielle avec le réel?
N’utilisons-nous pas trop souvent des raccourcis qui nous font dire que « c’est comme ça »?
N’énonçons-nous pas trop les choses sous forme assertive, sans démonstration, par souci excessif de rapidité et de concision, parce que nous voulons donner à nos étudiants trop de matière et pas assez de temps pour comprendre comment on a accumulé ces connaissances, comment on peut les acquérir?
Sous prétexte de la quantité croissante de connaissances à transmettre, ne sacrifions-nous pas le raisonnement ainsi que le cheminement historique de la pensée?
Une telle distanciation par rapport au concret est-elle compatible avec l’apprentissage de la science moderne et ne s’aggrave-t-elle pas de génération en génération?

J’ignore si la vision de ce jeune homme est exceptionnelle, mais le seul fait qu’elle existe mérite qu’on s’y penche sérieusement, sous peine de former de plus en plus de jeunes qui seront incapables de faire la part des choses entre la science, les mythes et les dogmes. Au lieu de leur apprendre à apprendre, nous en aurons fait des machines à emmagasiner des informations, entraînées à gober n’importe quoi, venant de n’importe qui. Un bon public pour les Harun Yahya.

Reçu le 19 janvier par courriel d’une lectrice qui a souhaité garder l’anonymat lorsque je lui ai demandé son accord pour afficher son message sur le blog.
En principe, je ne publie pas de message anonyme, mais je pense que celui-ci vaut la peine d’être lu car il révèle bien les incompréhensions que risque toujours de provoquer une information transmise par la radio et les inexactitudes qui, à travers les media, prennent auprès du public une totale crédibilité.

Monsieur le Recteur,

Etant moi-même germaniste de l’Université de Liège, j’ai été très surprise en entendant votre intervention hier matin à la radio Bel RTL. La tempête d’hier ayant tout à fait éclipsé ce sujet dans les journaux télévisés du soir, j’ai fait une recherche sur Internet ce matin, et l’information que vous avez donnée hier matin semble être tout à fait passée inaperçue et n’a pas été relayée par les médias que j’ai consultés sur le Net ce matin.

Je souhaiterais donc vous poser quelques questions.
- Ces 300h de langues seront-elles bien dans les programmes de cours des différentes facultés (et dans toutes les universités francophones) dès l’année prochaine, comme vous l’avez annoncé ?
- Comment et avec quel argent allez-vous organiser ces cours et où trouverez-vous les professeurs de langues capables de les assurer puisqu’en ce qui concerne les langues germaniques, l’offre de professeurs disponibles sur le marché de l’emploi n’est certainement pas pléthorique ?
- Vous ne l’avez pas mentionné explicitement, mais je suppose que ces heures de cours ne couvriront l’apprentissage que d’une seule langue puisque votre objectif est que les étudiants universitaires soient tous bilingues à la fin de leurs études.

Je vous serais reconnaissante de bien vouloir me répondre car suite à vos propos, j’ai abordé ce sujet avec mes élèves de 5ème et 6ème et je pense qu’ils sont en droit de savoir à quoi s’attendre lors de la prochaine rentrée académique.

Je tiens également à vous donner mon avis de germaniste dans l’enseignement depuis 20 ans. Je pense que 6h de langues par semaine dans des filières scientifiques, c’est beaucoup trop. De plus, ces heures de langues ne permettront jamais à quiconque de devenir parfait bilingue* car je suppose que les cours ne seront pas donnés à de petits groupes d’étudiants. Le véritable problème, en ce qui concerne l’apprentissage des langues étrangères et qui explique le niveau très bas de certains élèves à la fin du secondaire, est le peu d’importance accordée à la langue « pure », à savoir la grammaire (surtout) et le vocabulaire. En effet, certains élèves sortant de rhétorique sont incapables d’écrire une phrase correcte en anglais parce qu’ils sont bons en compréhension à l’audition et à la lecture et ont donc toujours « réussi !!! » avec environ 50% des points dans les langues germaniques.

De plus, les élèves « réussissent » leur année scolaire même quand ils ratent un ou deux examens. Les élèves bénéficient trop souvent de faveurs lorsqu’ils n’ont qu’un ou deux échec(s). (NB : dans les textes, le redoublement d’une année dans le secondaire doit rester exceptionnel s’il n’y a qu’un échec et beaucoup d’élèves traînent de grosses lacunes dans une branche pendant toute leur scolarité).

Tant que nos inspecteurs et notre ministre ne comprendront pas cela, le niveau de certains élèves sortant du secondaire restera ce qu’il est. Un autre exemple représentatif est la médiocrité de l’orthographe de la plupart des élèves en français… et pourtant les collègues romanistes sont ceux qui mettent le moins d’échecs aux élèves.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Recteur, à mon profond respect.

Un Professeur d’anglais

* : Seuls les non-linguistes galvaudent toujours ce terme de parfait bilinguisme, qui n’est à ma connaissance accessible que dans deux cas :
- enfant élevé dès son plus jeune âge par des parents dans deux langues différentes
- séjour de LONGUE durée (au moins 4 ou 5 ans) à l’âge adulte qui permet d’acquérir la langue comme un « native speaker ».
Heureusement, le parfait bilinguisme n’est pas nécessaire pour s’exprimer aisément. Une bonne connaissance de la langue est tout à fait suffisante.

J’étais une étudiante brillante, j’ai toujours aimé les langues. J’adore l’anglais et je le pratique maintenant depuis 30 ans. Je considère que j’ai une excellente connaissance de l’anglais mais en aucun cas, je ne me considère comme « parfaite bilingue » !

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Chère Madame,

Merci pour votre courriel d’hier.

Je tiens à rectifier ou à préciser quelques points.

Je commencerai par dire que je n’ai pas entendu ma propre intervention sur Bel RTL et que, par conséquent, je ne puis être certain de tous les termes que j’ai pu employer. Il s’agissait malheureusement, comme c’est hélas souvent le cas, d’une interview faite au pas de course, par gsm, sans préparation et dans l’urgence journalistique qu’on connaît.

Tout d’abord, je n’ai jamais parlé (là, j’en suis sûr !) de 300 heures de cours de langues.
D’abord parce qu’il ne s’agit pas nécessairement de cours mais de formations. La nuance est importante, elle laisse toute liberté aux formateurs quant à la méthode à utiliser.
Ensuite parce que j’ai annoncé 5 crédits ECTS par an, soit un douzième du volume des enseignements d’une année de cours (60 crédits ECTS). C’est donc de l’ordre de 40 à 50 heures maximum par an, ce qui est très différent !

Comment et avec quel argent je vais réaliser cet objectif, c’est évidemment mon problème et cela ne regarde que moi ! Néanmoins, je vous remercie de votre sollicitude. Soyez rassurée, je gère sagement mon institution !
De même, pour ce qui est de la disponibilité d’encadrants, j’ai mes assurances. On m’a rapporté que la journaliste avait parlé d’engagement de professeurs, c’est inexact. Mon intention est de recruter des encadrants compétents, pas des professeurs, bien évidemment.
Je dois préciser que nous avons déjà à ce jour 191 formations en langues qui sont intégrées dans nos cursus d’études (années-filières), ce qui démontre la faisabilité du projet que je lance, puisqu’il est déjà largement en place. Je ne m’aventure donc pas dans des propositions inconsidérées.

Il s’agira en effet d’une seule langue, laissée au choix de l’étudiant et sur recommandation du conseil des études de la filière concernée. On peut en outre penser qu’un étudiant qui, au sortir du secondaire, connaîtrait bien une langue (parcours en immersion par exemple) puisse souhaiter en acquérir une autre, et ce serait fort bien. Les moins ambitieux profiteront peut-être de leur avance en langue pour choisir celle qu’il ont déjà apprise et consacrer plus de temps au reste de leur formation…

Enfin, je ne pense pas avoir utilisé le terme de « parfait bilingue », mais comme je vous l’ai signalé, je peux me tromper car n’ai pu « relire » mon interview.
En tout cas, je n’ai utilisé ce terme ni dans l’annonce orale que j’ai faite à la communauté universitaire le 12 janvier, ni dans l’article de mon « blog » qui y est consacré et que vous pouvez consulter.
Et ceci pour une simple raison. Comme vous, j’aime et je pratique l’anglais (depuis près de 50 ans maintenant dans mon cas !), j’ai vécu 5 ans aux Etats-Unis et je prétends parler couramment l’anglais (ou l’américain, comme vous voudrez !), mais je ne prétends pas être parfait bilingue non plus. C’est donc un terme que j’évite sciemment, mais ça a pu m’échapper.

Ce que je souhaite, ce n’est rien de plus qu’offrir à tous les étudiants de l’ULg l’assurance de sortir de notre université avec la capacité de comprendre, à un simple niveau usuel, une langue qui n’est pas leur langue maternelle, et d’arriver à se faire comprendre dans cette langue. Ce n’est pas le cas pour tous aujourd’hui. Mon ambition n’est donc pas considérable mais elle est justifiée, je pense. On ne peut faire moins.

J’ajouterai qu’il s’agit d’une initiative du recteur de l’ULg, totalement indépendante de ce qui se fait ou ne se fait pas dans les autres universités francophones belges. Je pense, en fait, que cela donnera à l’ULg une avance sur les autres institutions à cet égard.

En vous remerciant pour vos questions et commentaires, recevez, chère Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Bernard Rentier

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Monsieur le Recteur,

Suite à votre long courriel, je tiens à vous remercier d’avoir pris la peine de répondre clairement et en détail à mes questions.
Une fois de plus, on est amené à se poser de multiples questions sur le respect et la transformation des propos d’un interlocuteur par les médias. Après avoir lu votre lettre, j’en viens même à me demander si je n’ai pas rêvé mais je n’ai pourtant pas inventé les chiffres qui ont été cités par le (ou la … je ne sais plus) journaliste.

Vu l’importance du projet dont il avait été question à la radio, je me demandais d’où les crédits allaient venir pour le réaliser mais je n’étais pas consciente qu’il y avait déjà autant de formations existantes en langues à l’Université de Liège. Nulle n’était mon intention de me mêler de ce qui ne me regardait pas et je suis confuse si vous l’avez pris de cette façon. Je tiens à m’en excuser.

Grâce à votre courriel, je pourrai rassurer certains élèves (les faibles en langues surtout !) qui étaient plutôt angoissés à l’idée de continuer à avoir 5 ou 6 heures de langues à l’université.

Je vous prie de croire, Monsieur le Recteur, à mon profond respect.

Etant donné l’état d’ignorance dans lequel nous sommes quant à l’évolution future du paysage universitaire francophone belge d’une part, du paysage universitaire européen, voire mondial, d’autre part, il est essentiel, pour une institution universitaire comme la nôtre, de déterminer ses forces réelles ou potentielles et de leur donner tout son soutien, afin de lui permettre de se démarquer. Nous devons rechercher nos éléments d’attractivité, et ceux-ci résident inévitablement dans les domaines où nous faisons preuve d’originalité.

En termes de recherche, il nous est facile de repérer nos points forts et d’ensuite les encourager et les soutenir efficacement. Nous mettons d’ailleurs actuellement au point les incitants aux regroupements en centres de recherche à masse critique significative, tout en veillant à ne pas négliger les domaines émergents et prometteurs.

Mais si les axes de recherche les plus puissants contribuent fortement à notre spécificité et à notre attractivité, cette dernière se restreint à des domaines particuliers et ne s’étend pas à l’ensemble de l’Institution. Elle concerne plus particulièrement les chercheurs et professeurs, moins les étudiants, en particulier ceux du premier cycle.

Pour ces derniers, où se situe notre attractivité ?
1. dans le type de formation qu’ils vont recevoir,
2. dans les atouts complémentaires que nous allons leur offrir.

D’autres institutions universitaires, mieux que la nôtre, peuvent mettre en avant la qualité des logements, le cadre de vie intégré, l’encadrement de type familial, la vie dans une grande ville cosmopolite ou alors dans une ville presqu’exclusivement estudiantine, etc. Ce sont des atouts importants mais que nous ne maîtrisons que très partiellement ou de manière hybride pour la plupart, essentiellement pour des raisons historiques sur lesquelles je ne reviens pas ici.
Mais j’en tire les leçons pour déterminer quels sont les axes d’attractivité que nous pouvons réellement et réalistement développer.

Quelle formation nos étudiants vont-ils recevoir ?
Je préfère l’appellation « formation » à « enseignement » car c’est bien de la formation des jeunes que nous sommes chargés. Celle-ci m’a toujours paru plus importante que le remplissage des crânes.

Dès 2010, l’ULg sera une université dont on ne sort pas seulement instruit, mais formé, prêt à affronter la vraie vie, les vrais problèmes.

Apprendre à apprendre, disait-on déjà lorsque j’étais étudiant, mais rares (et précieux !) étaient ceux qui, parmi nos professeurs, adoptaient cette ligne de conduite dans leur mission académique. Depuis lors, les choses ont trop peu changé. Certes on me trouvera des exemples du contraire, on me citera celui de la faculté de Médecine et de son apprentissage par problèmes, celui de la faculté de Psychologie et des sciences de l’Education et son apprentissage par projets, les expériences de l’école de Gestion, ou des tentatives éparses qui dénotent bien la prise de conscience de cette nécessité de moderniser l’enseignement. Il est aujourd’hui indispensable que les jeunes accèdent le plus possible à la connaissance par leurs propres moyens, qu’ils soient mis en situation concrète, face à des problèmes à résoudre, activement.
Je sais que ces techniques pédagogiques ne sont pas la panacée. Mais je souhaite qu’on y fasse appel chaque fois que cela s’indique. Aucun enseignant ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ce type d’approche (il en existe de nombreuses variantes).
J’encourage tous mes collègues à s’interroger à ce sujet et à recourir aux services de l’IFRES qui est à leur disposition à cet égard. Une formation appropriée sera désormais organisée systématiquement pour nos nouveaux chargés de cours.
Enfin, l’évaluation des enseignements et l’évaluation des enseignants seront désormais généralisées dans toutes les filières, dans le seul but de produire une information utile aux responsables de filières pour la première et à l’enseignant lui-même pour la seconde.

Quels atouts complémentaires allons-nous offrir à nos étudiants ?
Les enquêtes interne et externe que nous avons menées en 2006 nous indiquent clairement qu’un des points faibles de l’ULg, et des liégeois en général, est la connaissance des langues.
Il me semble aujourd’hui inadmissible qu’on puisse sortir diplômé d’une université sans connaître au moins une langue de plus que sa langue maternelle. Et il me semble impensable qu’une université tolère une telle carence.

Dès 2010, l’ULg sera donc une université dont on sort non seulement avec un diplôme, mais avec la maîtrise usuelle d’une langue étrangère.

Il s’agira sans doute pour la majorité de l’anglais, langue internationale véhiculaire par excellence, ouvrant par définition les portes de la communication partout dans le monde. Qu’on le veuille ou non, qu’on aime ou qu’on regrette, qui peut encore se passer de l’anglais aujourd’hui ? On trouvera aussi de la demande pour le néerlandais bien sûr, mais également l’allemand, l’espagnol et pourquoi pas le chinois…
Certes, mon engagement est audacieux. Il sera coûteux, surtout par sa mise en application généralisée à toutes les filières de l’Institution. Mais il est nécessaire. Il donnera à nos étudiants un « plus » incontestable.
Il nécessitera la mise en place, dès 2007 et dans toutes les filières, de 5 ECTS obligatoires d’une autre langue que le français (il pourra s’agir du français pour les étudiants étrangers dont ce n’est pas la langue maternelle). Cette matière aura la même importance que les autres lors des délibérations de jurys.

Plus audacieux encore : Dès 2010, l’ULg sera une université dont on sort, non seulement avec un diplôme et la maîtrise d’une langue étrangère, mais après avoir effectué un séjour d’au moins un quadrimestre dans une université flamande ou étrangère.

Comme pour la formation en langues, la généralisation de ce séjour extérieur à tous nos étudiants régulièrement inscrits à partir du 3e bac requiert un travail d’accompagnement énorme, j’en suis conscient, mais c’est aussi indispensable. Il est nécessaire, pour relever ce défi, d’accroître également la mobilité des encadrants car il n’est pas souhaitable d’envoyer nos étudiants dans des universités où nous n’avons pas un contact personnel et dont nous ne connaissons qu’indirectement la valeur des formations.

La formation en langues et la mobilité sont complémentaires. Toutes deux contribueront considérablement à l’objectif de formation et d’ouverture que nous nous sommes fixé pour nos étudiants. Elles constitueront désormais un « plus », un « bonus » pour tous ceux qui s’inscriront à l’ULg.

Voilà donc les défis que je nous lance, en pleine connaissance de leurs implications quant aux difficultés qu’il y aura à les relever. La charge de travail sera énorme et pèsera lourdement sur chacun d’entre nous. La charge financière sera également énorme et pèsera lourdement sur notre budget et sur le reste de nos initiatives, en particulier si nous voulons assurer le caractère démocratique de cette mobilité. En effet, ces défis ne doivent pas accroître les différences de moyens familiaux mais, outre leur rôle formateur pour tous, ils doivent constituer en eux-mêmes, pour nos étudiants les plus défavorisés, un véritable ascenseur social.

C’est ainsi que je conçois notre mission d’université publique.

La Meuse annonce ce matin le rachat du Home Ruhl (boulevard d’Avroy) par une société privée. Il est clairement expliqué dans l’article, par ailleurs bien documenté, que c’est là l’exécution d’une décision très ancienne de l’Université, qui a pris beaucoup de temps à se réaliser parce que nous avons toujours voulu nous entourer de toutes les assurances concernant le maintien de la fonction de logement pour étudiants après notre renoncement au contrôle des activités. Nous avons aujourd’hui tous nos appaisements sur cette destination et sur les garanties offertes aux étudiants.

Par contre, un élément de cet article est complètement erronné : le Home du Sart Tilman n’a jamais été et N’EST PAS A VENDRE. L’acheteur du Home Ruhl a — assez logiquement — manifesté son intérêt pour l’ensemble, mais nous souhaitons conserver la propriété et la gestion de nos installations dans le domaine du Sart Tilman.

Hier était inauguré, à la Cité Internationale située à l’ULg, en présence des ministres Arena et Marcourt, le programme EXPLORT financé par le Plan Marshall de la Région Wallonne, qui vise à donner aux demandeurs d’emploi, diplômés universitaires ou autres, jeunes ou moins jeunes, une formation rapide et efficace en matière de langues étrangères (en priorité l’anglais et les deux autres langues nationales belges, mais également l’espagnol, l’arabe, le chinois, etc) et de commerce international. Celle-ci se donnera sous les auspices de l’AWEX et du FOREM-Formations, à Liège et à Charleroi. Huit stages seront déjà dispensés en 2006.

Bien qu’à ce stade, l’ULg n’intervienne que très marginalement dans ces programmes, on peut concevoir qu’elle s’y implique de plus en plus à l’avenir. L’hébergement de la partie liégeoise du projet par la Cité Internationale à l’ULg (pour rappel, une initiative conjointe avec l’AWEX), donc la proximité, dans des locaux voisins, des formations en Français langue seconde de l’Institut Supérieur des Langues Vivantes (ISLV) de l’ULg d’une part et de l’Institut Confucius de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles d’autre part, permettra des synergies fructueuses et porteuses de développement.

Ce programme, comme tous ceux qui seront développés à la Cité Internationale, allie astucieusement les aspects linguistiques, culturels et commerciaux, donnant ainsi à l’ensemble de ces formations une connotation pragmatique et moderne qui ne manquera pas d’intéresser, outre les demandeurs d’emploi, les entreprises désireuses de conquérir des marchés en Flandre ou à l’étranger.

Une trentaine d’inscrits, déjà, indiquent l’intérêt réel pour ces formations. De quoi répondre aux idées préconçues de certains démagogues nombrilistes qui se persuadent qu’il faut être doté de circonvolutions cérébrales particulièrement développées pour apprendre leur langue…

Pour la première fois, les étudiants de 1er « bac » en Médecine et en Dentisterie ont eu à franchir, en Communauté Française de Belgique, une « année-concours ». Celle-ci remplace la sélection du numerus clausus qui était effectuée en fin de troisième année.

Certes, cette méthode-là était la pire qu’on puisse imaginer. Elle coupait l’élan d’étudiants après trois années réussies et les obligeait à se réorienter sans que rien ne soit prévu pour eux. Aucune expérience n’est jamais inutile, mais celle-ci ressemblait fort, pour l’étudiant malheureux qu’on empêchait ainsi de continuer son parcours pourtant honorable, à trois années perdues, tout simplement. Qu’on soit débarrassé de ce système inepte est évidemment une bonne chose.

Malheureusement, le nouveau système n’est qu’à peine plus sympathique. Il amène à une sélection en fin de première année (on en gagne déjà deux!) mais laisse sur le carreau des étudiants de qualité, qui ont réussi leur année mais pas leur année-concours car ils sont classés au delà du quota autorisé par université. On suggère aimablement à ceux-ci de recommencer leur 1er bac sans pouvoir faire valoir le moindre crédit pourtant parfaitement régulièrement obtenu ou on leur présente une liste d’autres filières d’études dans lesquelles ils peuvent valoriser les soixante crédits qu’ils ont obtenus. Les crédits ont donc une valeur différente (en fait, tout ou rien) selon l’usage qu’on veut en faire… Qui donc peut adhérer à un tel concept ? La preuve est claire que le problème n’est pas la mesure des compétences, rôle de l’Université, mais le contrôle de l’accès à une profession. Je n’arrive pas à me résoudre à abdiquer ainsi de nos prérogatives légitimes pour nous en voir imposer d’autres, qui n’ont rien à voir avec nous, ni avec notre fonction. Par ailleurs, tous les régimes planificateurs ont toujours montré leurs limites.

On me rétorquera que je suis contre la sélection pour les médecins alors que je suis pour une limitation des vétérinaires…
En fait, les choses sont très différentes: la limitation du nombre d’étudiants en Médecine vise à contingenter la profession. Elle est et devrait rester extra-universitaire. Celle des étudiants en Médecine vétérinaire vise à freiner une réelle pléthore d’étudiants, non de professionnels, par rapport à la capacité de formation de qualité dans les universités, en particulier au niveau des cliniques. Il n’y a pas de pléthore d’étudiants dans les cliniques de Médecine humaine, bien au contraire.
Mon propos n’est pas de rejeter toute sélection, loin s’en faut, mais d’attirer l’attention sur le caractère étriqué de celle-ci, en l’occurence.

A L’ULg, nous avons mis en place un dispositif renforcé d’aide aux étudiants de 1er bac en Médecine et Dentisterie, comprenant :
- un encadrement significativement augmenté grâce à la création de postes de didacticiens spécifiques;
- un soutien logistique et pédagogique accru avec intégration de cours préparatoires à la gestion des examens;
- un effort tout particulier de la part de l’ensemble du personnel encadrant pour renforcer la motivation des étudiants;
- la création d’un module interdisciplinaire transversal éveillant l’intérêt des étudiants pour leur futur métier.

Grâce à cet ensemble de mesures, on a pu maintenir le niveau de qualité de cette formation et atteindre un niveau remarquable de réussite dès la première session (34,4 % en Médecine, 24,3 % en Dentisterie). Ce succès dépasse de loin les résultats des autres universités (Médecine, ULB: 12,8 %; UCL: 11,4 %; FUNDP: 15,9 %; UMH: 20,8 % – Dentisterie, ULB: 5,0 %; UCL: 6,9 %).
Nous en sommes fiers. C’est davantage le rôle des universités d’entraîner les étudiants plutôt que de les éliminer ou de les décourager.

Malheureusement, ce succès est dévasté par la limitation : alors que les autres institutions, en raison du faible taux de réussite, ne remplissent guère leur quota, à l’ULg, 26 étudiants en médecine et 3 en dentisterie se voient cette année privés de l’accès en 2ème bac (116 réussites sur 337 en médecine, le quota étant fixé à 90; 20 réussites sur 70 en dentisterie, le quota étant à 17). Ce sont les « reçus-collés », pour reprendre l’expression utilisée en France, où l’on connaît ce système et ses défauts. Et aux autres, la seconde session ne pourra apporter que des crédits transférables à valoriser dans une autre section…

Mais à quoi diable cette sélection peut-elle servir ?
A limiter l’offre médicale dans notre pays. Tout le monde comprend la nature corporatiste de cette mesure mais le monde politique y adhère en prétextant le déficit de la sécurité sociale, faisant implicitement le lien entre le nombre de médecins prescripteurs et la consommation médicale, ce qui mérite discussion.

Cependant, il n’existe pas que des médecins prescripteurs. Beaucoup d’activités médicales n’ont aucun impact sur l’INAMI, sans compter les débouchés innombrables dans le monde où la pénurie médicale est immense. L’absurde atteint son comble lorsque, comme le dénonçait dans sa carte blanche au Soir le 7 juillet dernier Jean-Jacques Rombouts, doyen de la Faculté de Médecine de l’UCL, on réalise l’attrait que représente notre Communauté pour les médecins du tiers-monde, vidant ainsi celui-ci de ses propres ressources médicales !

Combien de temps continuerons-nous à nous priver de nos propres ressources en cassant les vocations de nos jeunes, en créant une pénurie criante de médecins chez nous et en contribuant, en pays nanti, à la pénurie médicale dans le monde ?
Et tout cela en acceptant procéder à des sélections injustifiées et forcément injustes?

Le décret « Résidents-Non résidents » de la Communauté Française a été finalement publié ce vendredi.
Il abroge tout examen d’entrée en Médecine vétérinaire et contingente les étudiants non résidents à 30 % du nombre total d’étudiants présents au 1er bac cette année écoulée et cette limitation se fera par un tirage au sort…

La question ne concerne pas que les vétérinaires, elle s’adresse aussi aux futurs étudiants en kinésithérapie ainsi qu’à des formations en Hautes Ecoles.

On peut le retourner dans tous les sens, il est difficile d’imaginer qu’il n’y aura pas d’effet de vague et que la population résidente désireuse de faire des études (de vétérinaire en particulier) ne va pas croître de manière incontrôlable. Si l’on ajoute à l’engouement des vocations les déçus des années précédentes — surtout de l’an dernier — qui avaient échoué à l’examen d’entrée, les déçus de Médecine qui ont réussi leur année sans obtenir l’autorisation de passer en deuxième, on imagine le flot…
L’année prochaine, à ce même effet, on devra ajouter les « faux résidents » qui auront pris leurs précautions (on en connaît déjà) et le fait que les 30 % seront calculés sur l’effectif grandement accru de 2006-2007, sans compter la véritable rupture de digue que représenterait un rejet de ces dispositions par la Cour européenne…

Ces périls qui menacent à nouveau la qualité de l’enseignement de la Médecine vétérinaire, après le raz de marée dont on connaît actuellement les effets dans les années terminales (plus de 360 diplômés cette année !), émeuvent terriblement notre Faculté, font l’objet de nombreuses discussions au CReF et entre les 4 recteurs dont les institutions forment de futurs vétérinaires (seule l’ULg dispense le second cycle) et ont suscité, à deux reprises, des débats animés au Conseil d’Administration.

Ce mercredi, connaissant la sortie imminente du décret, le CA a adopté une motion qu’il communique à la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de la CFB, dans laquelle il fait part de son inquiétude et de son souhait de voir s’établir des mesures de sécurité. L’ULg est prête à collaborer activement par toutes ses compétences à la recherche d’une solution durable et satisfaisante.

« Le Conseil d’administration de l’Université de Liège est préoccupé par les effets potentiels de la mise en œuvre du nouveau décret de la Communauté française de Belgique sur la qualité de la formation des futurs vétérinaires et sur la reconnaissance européenne de leur diplôme.

Le Conseil partage unanimement la position de sa Faculté de Médecine vétérinaire, à savoir que la seule solution susceptible de garantir la qualité de la formation des étudiants consiste en l’instauration, de toute urgence, de modifications légales permettant d’ajuster directement ou indirectement aux capacités de formation clinique le nombre d’étudiants inscrits au 2ème cycle en médecine vétérinaire (compte tenu des contraintes de l’accréditation européenne, cette capacité maximale est actuellement estimée par la Faculté de Médecine vétérinaire à 200 étudiants par année d’étude).

Le Conseil d’administration fait sienne la détermination de la Faculté de Médecine vétérinaire à éviter par tous les moyens légaux que n’apparaisse à nouveau une pléthore étudiante nuisible à la formation des médecins vétérinaires. »

Les inscriptions sont maintenant ouvertes. Chacun retient son souffle…

Le nouveau décret « résidents/non-résidents » de la CFWB est sorti.
Il vise à résoudre le problème de la pléthore d’étudiants étrangers dans certaines de nos filières d’études de l’Enseignement supérieur universitaire et non universitaire.

Une des filières les plus touchées par cette pléthore est la Médecine vétérinaire, où l’on sait que les étudiants français affluent en nombres tels qu’il est devenu quasi-impossible d’assurer la qualité des formations pratiques nécessaires aux étudiants des trois années supérieures. Cet état de fait faisait courir le risque aux vétérinaires de l’ULg de se voir privés de l’accréditation européenne dans ce domaine, référence importante pour cette formation.

Devant cette menace à notre enseignement réputé dans ce domaine, un premier décret a, il y a quelques années, créé un examen d’entrée assorti d’un numerus clausus. L’effet fut certes de ramener les étudiants à un nombre raisonnable, mais introduisit un biais considérable en faveur des étudiants français, globalement mieux préparés en raison de la qualité de leur formation dans l’enseignement secondaire et de l’année préparatoire que la majorité d’entre eux a généralement suivie en France.

Numériquement, le problème était résolu, mais il avait pour autre résultat que la Communauté française de Belgique subventionnait quasi-exclusivement des étudiants français et que sa faculté unique de Médecine vétérinaire ne formait quasi plus de belges ! Le souci de voir à l’avenir notre Communauté manquer sévèrement de vétérinaires se profilait très clairement à l’horizon, outre l’aberration de voir se fermer aux jeunes belges les portes d’une formation qui suscite de nombreuses vocations.

L’Europe ne permet pas de discrimination sur base de la nationalité. En limitant à 30 % l’accès à certaines filières, dont la Médecine vétérinaire, pour les étudiants non-résidents, le gouvernement a trouvé un moyen de freiner ce déséquilibre outrancier, tout en libérant complètement l’accès pour les résidents.

On peut discuter à perte de vue sur l’opportunité d’une telle mesure et sur certains de ses effets collatéraux (frein à la mobilité étudiante à une époque où « Bologne » l’encourage ouvertement, sélection des 30 % de non-résidents par tirage au sort, entre autres) mais c’est là un autre débat. La réaction, cette semaine, de nos collègues vétérinaires est, elle, liée à l’ouverture sans restriction des études à tous les résidents. Ils y voient l’effondrement d’un barrage qui risque de créer une nouvelle vague de pléthore, belge cette fois, à laquelle ils ne souhaitent plus avoir à faire face, alors qu’ils commençaient seulement à apercevoir le bout du tunnel.

Leur inquiétude est légitime, mais peut-être pas fondée, qui sait ? Le risque aujourd’hui de voir venir vers ces études une quantité de résidents supérieure à celle qui prévalait avant la pléthore française n’est pas démontré et l’alarme est peut-être inutile. Il semble sage d’attendre les inscriptions et d’en tirer les leçons alors.

Mais cet attentisme inquiète nos collègues et ils proposent la mise en place d’un concours qui sélectionnerait un nombre précis d’étudiants après la première année, réétablissant ainsi un numerus clausus, non plus préalablement à l’entrée aux études mais après une année. Cette mesure semble en effet prudente et mérite qu’on s’y intéresse.

Dans la perspective d’une première année expérimentale sans limitation et de l’absence de filtre en fin de première, nos collègues vétérinaires ont lancé lundi dernier un communiqué de presse annonçant qu’ils se verraient obligés de limiter à 200 le nombre d’étudiants pouvant obtenir l’accès aux cliniques de quatrième année.

Répercuté par Le Soir sous une forme très simplifiée qui en tronquait évidemment les nuances et n’en retenait que l’élément-choc, l’appel semblait émaner officiellement de l’ULg.

Ceci m’amenait donc à réagir en précisant que la position de l’ULg ne pouvait être de proposer une solution illégale et qu’à aucun moment, son Conseil d’Administration n’avait évoqué une telle limitation.

Ces entrefilets laissaient apparaître une soi-disant polémique entre les vétérinaires et moi, alors que le débat de fond était tout autre.

Bien évidemment, l’ULg soutiendra ses vétérinaires et j’ai demandé à être reçu dans les meilleurs délais par le Conseil de Faculté pour exposer mon point de vue, les mesures (légales) que j’envisage de prendre en fonction des événements et les pistes à explorer par la suite.

L’aide apportée par l’ULg aux vétérinaires spécifiquement pour faire face à la pléthore se monte déjà à plus de 12 millions d’Euro en cinq ans, on le sait trop peu. Mais il est vrai qu’un soutien financier, qui se traduit largement en personnel d’appui, ne suffit pas. En particulier, il ne résout en rien le simple problème du nombre de « patients » et du nombre de cas cliniques nécessaires pour la formation d’un tel nombre d’étudiants.

Et si le problème attendu se révèle vrai, je soutiendrai la proposition de nos collègues de mettre en place un dispositif de sélection après la première année, comme on l’a fait en Médecine récemment.

Je rappelle que la Médecine vétérinaire n’est pas seulement une spécificité de l’ULg en CFWB mais qu’elle en est un fleuron et qu’à ce titre, elle mérite toutes nos attentions, celles de l’ULg mais également celles de toute la Communauté.

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