Enseignement/Formation


Je suis de plus en plus sollicité par des professeurs qui désirent que je sanctionne des étudiants responsables de plagiat lors de la rédaction de travaux écrits personnels. Difficile de dire si la croissance de ce fléau est liée à la facilité du « copier-coller » informatique ou si c’est la détection qui bénéficie, elle, d’avances technologiques et des nouveaux logiciels de détection de copies. Il est d’ailleurs ironique que les deux phénomènes, attaque et contre-attaque, se développent simultanément.

On peut classer les différents cas en quatre catégories:
1. des idées originales sont reprises et énoncées comme provenant directement de l’imagination et/ou de la réflexion personnelle de l’étudiant;
2. des paragraphes entiers sont recopiés, sans citation;
3. des phrases isolées sont recopiées textuellement, en général dans les introductions, sans être attribuées à leur auteur, par ailleurs parfois cité;
4. des listes de références sont reprises sans citation de celui qui en avait préalablement publié la compilation.
Certes, tous ces cas sont répréhensibles, mais incontestablement à des degrés divers, et je les ai mentionnés par ordre décroissant de gravité, me semble-t-il.

Si je condamne sévèrement ceux qui se placent dans une des deux premières catégories (et qui plaident généralement coupable), je suis habituellement plus souple avec les deux dernières. Je ne vais évidemment pas prendre la défense des plagiaires, mais je m’interroge sur l’avertissement qui a été donné préalablement aux intéressés. Il me semble clair que cette problématique du plagiat ne leur a pas été exposée dans les moindres détails et qu’ils ne sont généralement pas de mauvaise foi lorsqu’ils prétendent n’avoir pas commis de faute volontaire. Ils pensaient « que cela pouvait se faire »…

Je me demande donc si une information sur la nature même du plagiat ainsi que sur ses tenants et aboutissants ne devraient pas être exposés à nos étudiants aussi tôt que possible. Il existe d’excellentes sources à ce sujet, qui font clairement la part des choses. Je recommande particulièrement la lecture approfondie d’un site internet remarquable à cet égard: www.plagiarism.org, riche en explications claires et en conseils intelligents destinés aux enseignants et leur permettant de minimiser les chances de voir se développer le plagiat dans les travaux de leurs étudiants. J’en recommande vivement la lecture à chacun, étudiant ou enseignant.
Une étude réalisée par une équipe croate montre que si les étudiants sont prévenus de l’application d’un logiciel de détection à leurs rédactions, le plagiat diminue significativement.
On pourrait espérer que, mieux encore qu’une mesure répressive (sans nécessairement que l’une remplace l’autre), une mesure préventive sous la forme d’une véritable éducation à la propriété intellectuelle puisse venir naturellement à bout de ces problèmes croissants.

La semaine a été très chargée avec, entre autres:
- la finalisation difficile du budget 2008,
- une réunion-fleuve de la commission des bâtiments,
- le C.A. du FRIA avec un beau résultat des candidats de l’ULg (25 % alors que notre « quota » de financement au nombre d’étudiant n’est que de 21 %),
- la première réunion de l’étrange (mais intéressant) « Groupe Wallonie-Bruxelles », très hétéroclite, étonné d’être là (on a été avertis par la lecture de la presse!), mais peut-être doté d’une chance unique de s’exprimer quant aux handicaps que notre système institutionnel francophone belge nous impose,
- une conférence de presse (n’intéressant guère celle-ci!) sur les investissements de la Communauté Française en recherche,
- la séance d’hommage à nos professeurs émérites et honoraires, longue car ils étaient 19 à nous quitter,
- un saut à Londres (magie de l’Eurostar) pour y introduire la journée d’étude des universités du Royaume-Uni sur les dépôts bibliographiques institutionnels en accès libre par une conférence sur EurOpenScholar,
- une réflexion approfondie sur l’avenir des écoles d’architecture dans le cadre de leur éventuel rattachement universitaire,
- un Conseil des Doyens sur l’évolution du personnel académique et scientifique des facultés en 2008
- et un colloque à présider dans ma spécialité scientifique.

Mais tout ceci est bien dérisoire face à la tragique réalité du décès d’une jeune fille de 20 ans qui était notre invitée dans le cadre des échanges européens Erasmus-Socrates.

Sofia avait quitté momentanément le soleil de Sienne pour les brumes du Nord. Pour venir suivre chez nous les cours de Philologie romane. Pour venir connaître et apprécier Liège et sa vie estudiantine. Pour se perfectionner, apprendre le français et aider à construire une Europe plus ouverte, plus libre et merveilleusement multiculturelle. Certainement pas pour y finir sa jeune vie sous l’étouffoir sournois du monoxyde de carbone, du « tueur silencieux » que nous redoutons tant pour nos étudiants en « kot » et qui fauche encore trop de monde à l’entrée de l’hiver. Et ceci malgré les appels à la vigilance et le souci constant que nous avons, depuis plusieurs années, avec la Directrice générale à l’Enseignement et à la Formation, Monique Marcourt et son équipe ainsi que mon Conseiller à la Santé, le Professeur Jean-Olivier Defraigne, d’avertir les jeunes ainsi que les propriétaires de l’immense danger que ce fléau représente et de la stupidité révoltante des accidents de ce genre.

J’ai écrit mon désarroi et ma tristesse aux parents de Sofia et au recteur de l’Università per Stranieri di Siena. Selon le Consul général d’Italie, nos services administratifs qui ont les étudiants d’échange en charge ont été parfaits, dignes et remarquablement efficaces vis-à-vis de la famille dans les moments tragiques qui ont suivi et je les en félicite. Mais à quoi sert-il d’être bouleversé lorsque l’irréparable s’est produit? Quels mots peuvent atténuer la douleur d’une famille face à une tragédie aussi insoutenable? Comment expliquer à ceux qui nous rendent visite que de tels accidents, dont les causes sont archi-connues, peuvent encore se produire chez nous? Que « ce sont des choses qui arrivent »?

J’ignore les circonstances précises de la mort de Sofia. Je n’accuse donc personne. Mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas le premier drame de cette nature qui frappe nos étudiants, ni même nos étudiants étrangers. J’appelle donc la communauté universitaire tout entière, qui partage assurément ma profonde émotion, à participer à cet effort constant de vigilance, à diffuser les informations élémentaires aux nouveaux venus et à créer une prise de conscience collective de ce danger évitable. Je l’appelle aussi à manifester son indignation face aux négligences criminelles encore trop souvent tolérées, comme s’il était normal de faire de l’argent en louant à des étudiants des logements dont les installations de chauffage sont inadéquates ou facilement dérèglables. Il faut que cela cesse. Chacun de nous porte une petite parcelle de responsabilité dans le succès ou l’échec de cette mobilisation pour que toutes les Sofia d’Europe et d’ailleurs puissent désormais venir chez nous, apprendre à connaître et apprécier notre université, notre ville et notre pays, élargir leurs horizons et repartir bien vivantes, en ambassadrices dynamiques de notre Alma Mater, sans courir le risque stupide d’une mort absurde et intolérable.

Ce message m’est parvenu vendredi. Comme il ne constitue pas réellement un commentaire à un de mes billets, mais qu’il lance une réflexion extrêmement intéressante et qui me tient à cœur, j’en fais plutôt un nouveau billet et je tâche d’y répondre au mieux.

« Monsieur le Recteur,

Il y a quelques jours dans les médias flamands s’ouvrait un débat sur le manque d’initiative des étudiants flamands, notamment en terme de création d’entreprises. Ce même constat peut être fait dans le monde francophone.
Un professeur émérite de la KUL (Roger Blanpain) vient de réagir aujourd’hui par la publication d’un courrier de lecteur à la rédaction du « Standaard », dont je vous livre ici la traduction:

« Le manque d’initiative chez les étudiants tient beaucoup à la nature de notre enseignement et de notre formation. Quelques 50 ans d’expérience universitaire comme enseignant m’a appris que notre enseignement est orienté vers le conformisme (le prof a raison), la prise de note, des cours bloqués par coeur et débités de la même manière à l’examen. L’enseignement et la formation est peu ou pas du tout dirigée vers la créativité, la contribution personnelle, l’esprit critique, la résolution de problème ou la réflexion transversale, comme dans les bonnes universités américaines ou anglaises. Cela demandera une révolution de changer cet enseignement répétitif. Comme doyen de la faculté de droit de la KUL, j’ai consacré à l’époque mon attention aux exercices par petits groupes, la mise en place de séminaires et l’organisation de sessions pratiques. C’était largement insuffisant, car il existait trop de cours ex-cathedra. Pour devenir prof, un nombre d’heure d’enseignement doivent être prestées. De ce fait, beaucoup d’heures de cours sont imposées. Le travail personnel et la créativité sont rarement au rendez-vous. De plus, les séminaires et les exercices sont souvent délégués à de jeunes assistants dévoués mais souvent inexpérimentés, qui ne connaitront la musique que bien plus tard.
En bref, le manque d’initiative de nos étudiants ne m’étonne pas. Nous pouvons y faire quelque chose. Diminuer drastiquement le nombre de cours académiques et beaucoup plus stimuler le travail personnel axé sur la créativité. »

Etant l’un des premiers boursiers Erasmus de la faculté de Philosophie et Lettres (section Philosophie), je ne peux que confirmer cette analyse. A l’université de Hull, où j’ai séjourné un an en 1992, je peux témoigner que plus de la moitié des cours consistaient en travaux de lecture dirigés par petits groupes, où le rôle du professeur consistait plus à animer le débat et la réflexion entre les étudiants, qui chacun à leur tour devait préparer la leçon et se soumettaient ainsi à la critique de leurs professeurs mais aussi de leurs condisciples. Chaque étudiant était placé sous la protection d’un « tuteur », qui le conseillait de plus quant à ses lectures, quant aux choix de cours à option en fonction du désir profond de l’étudiant. Le mien était le Dr T.S. Champlin, dont le moindre mérite n’était pas de diriger le comité de lecture de la prestigieuse revue Mind. J’en garde encore aujourd’hui un souvenir ébloui.
L’organisation des examens était également très différente puisqu’ils consistaient en des dissertations sur des thèmes abordés dans ces cours et qui pour éviter tout favoritisme, étaient corrigés à l’aveugle par des professeurs externes.

A l’appui encore de ce constat, j’aimerais ajouter que mes deux parents se sont rencontrés et mariés au cours de leur spécialisation médicale à l’université Johns Hopkins de Baltimore dans les années 60. Ma maman y a même exercé des responsabilités importantes au sein de la faculté et participé à des recherches déterminantes en anesthésiologie (son professeur, le docteur Safra a inventé la réanimation cardio-pulmonaire et l’aide médicalisée urgente). Tous deux partagent cette analyse et particulièrement mon père, qui était diplomé en médecine de l’ULG et qui a donc expérimenté comme moi les deux méthodes de travail.

Bien plus que le ranking de l’ULG ou son système de classement des contributions scientifiques, l’ULG devrait prioritairement s’intéresser à sa méthode de travail et d’enseignement.

Très respectueusement,

Philip Hermann

PS: Je vous félicite, par ailleurs, pour l’excellente initiative que constitue ce blog, qui démontre votre volonté de sortir du cadre académique traditionnel. Ce qui m’a incité à y poster ce message.

Cher Monsieur Hermann,

Vous ne pouvez certainement imaginer à quel point votre message me fait plaisir. Tout autant que l’intervention du Professeur Blanpain qui exprime assez exactement ce que je pense.
Nous vivons dans un système universitaire qui, il faut le reconnaître, évolue dans le sens que vous préconisez, mais encore trop lentement et très inégalement d’une faculté à l’autre.

Le mécanisme de financement public de nos universités (publiques ou non) est exclusivement basé sur le nombre d’étudiants, mais en interne, l’allocation des ressources aux facultés et départements — en particulier les ressources humaines (assistants, staff administratif et technique) — qui est largement basée sur des traditions historiques lointaines et désuètes, tient compte à la fois du nombre d’étudiants et du nombre de cours et d’heures de cours. Une vieille culture encore tenace persuade les universitaires que leur importance, leur prestige et leur valeur sont liés au nombre de cours et d’heures de cours qui leur sont confiés et ils multiplient ce nombre d’heures, si ça leur convient, par le nombre d’étudiants. Cette tradition a pour conséquence une augmentation déraisonnable du nombre de cours et des heures associées.
La réforme dite « de Bologne » a légèrement modifié les choses en remplaçant les heures de cours par des crédits transférables entre universités européennes. Mais l’effet est minime. L’importance du professeur reste trop souvent mesurable, à ses yeux, par le produit « nombre d’ECTS x nombre d’étudiants.
Bref, la conclusion que Roger Blanpain et vous-même tirez est la bonne: l’effet pervers du système universitaire actuel est la multiplication des cours et formations, moins dans l’intérêt des étudiants que dans celui de la carrière ou l’ego de leurs enseignants.

Cependant, les choses ne sont pas si simples. Cette dérive, constatée et dénoncée sans relache par mon prédécesseur qui parlait de « l’université aux 6.000 cours » (il faut toutefois noter que ce phénomène n’était pas propre à l’ULg, loin de là), a été fortement enrayée, mais par des mesures plus ou moins coercitives et basées sur une diminution uniforme des allocations de ressources: on s’est tous « serré la ceinture ». Aujourd’hui, les choses allant déjà mieux, une autre approche s’impose: celle d’un calcul plus juste, tenant mieux compte des réalités et des spécificités particulières et décourageant la multiplication des cours et l’allongement du temps de « bourrage de crâne ». On ne peut plus éviter d’affronter de face la question de la multiplication des enseignements qui permet de créer des charges sur mesure et d’assurer aux bons serviteurs de la maison un statut de professeur. Que les étudiants, dans la structure de leur cursus d’études, soient victimes de cette pléthore, n’est pas acceptable.

Si toutes les pratiques anglo-américaines ne doivent certainement pas être adoptées aveuglément, il est clair qu’un système de formation (plus encore que d’enseignement) qui fasse appel au sens de l’organisation , aux qualités d’initiative et d’autogestion des étudiants est un objectif majeur.

C’est pourquoi j’ai dit, lors de la Rentrée Académique dernière, que j’ambitionnais pour mon université d’être une institution dont on sortirait: 1) au moins bilingue, 2) doté d’un bagage de mobilité internationale mais aussi 3) formé à l’auto-apprentissage et à l’aptitude à la recherche autonome du savoir.
J’en ai déjà longuement parlé ici, il importe aujourd’hui de réexaminer la charge d’enseignement et aussi les méthodes. Si l’ex cathedra possède quelque vertu, c’est néanmoins une formule risquée, qui ne présente de qualités qu’avec les grands ténors du tableau noir. Dans ce cas-là, la transmission par le « maître » peut en effet être très marquante pour l’étudiant. Mais il n’en est pas moins vrai que la formation idéale est celle qui donne à l’étudiant les vrais outils qui l’aideront à développer ses capacités personnelles et qui lui permettront de s’épanouir par lui-même.

Ceci nous amène donc à une profonde réflexion sur les modes de formation et à une remise en question du mode d’allocation des ressources aux différents départements, voire même à une autre organisation de l’université. J’aurai l’occasion d’y revenir durant cette année académique, pendant laquelle je compte proposer les réformes correspondantes.

Comme à son habitude depuis deux ans, le Roi emmène une délégation académique aux côtés de la délégation économique traditionnelle, lors de ses déplacements en visite d’Etat. C’est un principe nouveau que nous interprétons comme la prise de conscience par le Souverain et le Palais du fait que les universités valent bien qu’on les montre fièrement, tout autant que le secteur économique. Ceci implique des rencontres entre recteurs ainsi que des séminaires mixtes entre académiques des deux pays. Après la Chine en 2005, la Lituanie en 2006, ce fut le tour de la Lettonie en 2007 et, en début de cette semaine, l’Irlande.

On ne peut qu’être frappé par l’essor économique et universitaire de l’Irlande, sous le thème porteur du « Celtic Tiger » (en irlandais: Tíogar Ceilteach), nom donné à la période de croissance économique rapide qu’a connue cette République depuis le milieu des années ’90. Cette explosion a amené un des pays les plus pauvres d’Europe au meilleur niveau. L’explication de cette réussite n’est pas simple, mais elle repose de toute évidence en bonne partie sur une politique volontariste de soutien à l’économie par des mesures fiscales radicales (un taux de taxation des entreprises descendu jusqu’à 10%, soit 4 à 6 fois inférieur à celui des autres pays européens), un frein sur les dépenses publiques et une solidarité européenne exemplaire allant jusqu’à un transfert financier des pays plus riches comme la France et l’Allemagne. L’effet immédiat fut l’implantation de grandes industries multinationales en Irlande, en particulier dans le domaine des technologies de l’information et de la communication dont elle s’est fait une spécialité. L’éducation anglophone des jeunes favorisait évidemment l’implantation de sociétés américaines préférentiellement à d’autres pays comme le Portugal ou la Grèce. Cet essor a maintenant permis de reprendre très activement des efforts sur les infrastructures. L’explosion du secteur de la construction est manifeste lorsqu’on circule dans Dublin et sa zone économique portuaire.
Après les évènements du 11 septembre 2001, l’effort a connu un déclin temporaire, mais fut rapidement relancé par le « Celtic Tiger 2″.
Mais ce qui est aussi impressionnant, c’est l’investissement consenti durant cette période et encore aujourd’hui au profit de l’Enseignement (du primaire au supérieur) et la Recherche. La « Science Foundation Ireland » attire les plus grands laboratoires de recherche privés et, logiquement, un personnel immigrant hautement qualifié. En outre, fortement subsidiée, elle a entrepris de créer de vastes instituts universitaires de recherche regroupant ce qu’il y a de meilleur en Irlande et à l’étranger.

Nos délégations n’ont pas manqué d’être profondément impressionnées par cette détermination. En clôture de la visite, le CEO de la société multinationale belge UCB, implantée à Shannon, a organisé un débat sur cet aspect du « boom » irlandais et lancé un appel immédiatement approuvé et relayé par les recteurs et les chefs d’entreprise présents, visant à la création d’une table ronde permanente au niveau fédéral, sous l’égide du Premier Ministre. Son rôle serait de proposer à nos divers gouvernements des actions concrètes en matière d’enseignement et de formation continue, ainsi que de recherche et de développement. Dans le but de hisser la Belgique au plus haut niveau international dans ces domaines et, par conséquent, sur le plan économique et culturel. Conscients que nous en avons très largement le potentiel, nous avons tous répondu « présent » à cette proposition et on peut espérer que cette volonté commune aura un impact sur l’avenir du pays et aidera à promouvoir un véritable « Belgian Tiger ».

Je pourrais difficilement cacher ma fierté à propos du site REFLEXIONS de l’ULg, qui rend hommage aux chercheurs de notre Université et, à travers eux, à la recherche scientifique en général.
C’est, à ma connaissance, le premier site francophone du genre et il est d’une classe et d’une qualité exceptionnelles.
Reflexion, sans accent pour les anglophones (le site est entièrement bilingue) et avec un x pour les francophones, il en faut pour tout le monde.
Reflexion, pour le double sens de réfléchir (penser, chercher à comprendre) et réfléchir (être le reflet de ce qui se fait à l’université).

Il y a quelques années, l’idée m’était venue que, si les missions majeures de l’université étaient la recherche et l’enseignement, c’est-à-dire la création du savoir et sa transmission, nous devrions mieux faire connaître les travaux de nos chercheurs, dans un langage compréhensible par tous et avec des outils d’explication modernes. De plus, on devrait pouvoir donner ces explications à différents niveaux pour un public très varié. L’internet se prête parfaitement à cet exercice.
Bien évidemment, ceci ne remplace en rien la publication ciblée pour les spécialistes du domaine et la communauté scientifique avertie et compétente.

On dira que cela confine chez moi à l’obsession, mais je suis convaincu que REFLEXIONS s’inscrit très exactement dans la ligne de la diffusion des résultats de la recherche en accès libre pour chacun, il est le parfait exemple « grand public » de l’Open Access.
Et c’est bien normal. La très grande majorité des recherches fondamentales réalisées dans une institution comme la nôtre le sont grâce à des subventions publiques. Il est donc normal que le contribuable qui a, même sans le savoir, subventionné nos recherches, puisse être informé clairement et de manière compréhensible, sur ce qui est advenu de sa contribution.
C’est le principe même de l’OA, sans doute encore plus compréhensible dans ce cas.

Le travail est gigantesque et, même en l’état actuel, suscite l’admiration. C’est pourquoi je rends ici hommage à Henri Dupuis et à son équipe, car nous avons voulu qu’un site aussi important pour nous que celui-là repose à la fois sur l’expertise des chercheurs et sur celle de professionnels du journalisme de vulgarisation. J’encourage d’autres chercheurs et d’autres journalistes à se lancer dans l’aventure. Quoi de plus enthousiasmant pour un chercheur ou une équipe de recherche que de voir ses recherches exposées de la sorte et comprises par tous, au moins dans ses principes et dans la mesure où elles contribuent utilement au progrès des connaissances, non seulement des spécialistes, mais de tout le monde ?

Mais ce qui vous convaincra le mieux de l’intérêt de ce site, c’est encore d’y aller vous-même.

Happy birthday, Mr PPt !

Voici déjà 20 ans que PowerPoint a envahi le monde de la recherche et de l’enseignement.
Beaucoup l’ont dit et plus encore le disent aujourd’hui: les présentations illustrées par ce mode de projection peuvent être la meilleure et la pire des choses.

En réalité, le logiciel n’y est pour rien. Même si son homologue plus jeune chez Apple, Keynote, est considérablement plus performant et plus convivial, PowerPoint a le mérite d’avoir été le premier à se développer — PowerPoint 1.0, par Robert Gaskins en 1987 pour Apple Macintosh, ça se reconnaît ;-) — et, après son acquisition par Microsoft la même année pour 14 millions de dollars, il est devenu rapidement le standard indétrônable pour les présentations illustrées. Et il renferme suffisamment de caractéristiques utiles pour remplir son rôle d’aide aux présentations.

Non, le logiciel n’y est pour rien. La faute est à l’utilisateur qui, trop souvent, s’en sert en dépit du bon sens, noyant l’auditeur sous une pléthore de textes ou projetant des textes différents de son discours, ou encore les deux à la fois!
PowerPoint a été pensé en tant qu’appui, remplaçant les bonnes vieilles diapositives, tant pour les images que pour le texte. Les dérapages datent donc déjà de cette époque-là. La facilité et la quasi-instantanéité de l’informatique n’ont fait qu’amplifier les choses. On peut même changer ses présentations juste avant de commencer, voire même pendant l’exposé!
Le maître-mot, en matière de communication scientifique ou d’enseignement, est la sobriété. Les projections visent à illustrer le propos par des images, schémas, photos ou même films, depuis que les mémoires des ordinateurs portables le permettent. Elles ne doivent pas trop servir d’aide-mémoire à l’orateur et encore moins être constituées de textes à lire in extenso.

Les écueils ont été souvent décrits (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7).
« Donner des gadgets aux professeurs sans formation adéquate peut faire plus de mal que de bien dans la classe! » disent les étudiants dans Chronicle of Higher Education.

Certes, d’aucuns diront que rien ne vaut la bonne vieille craie et le tableau noir. Et ils ont sans doute raison. Les schémas complexes passent trop vite en projection et ne sont pas vraiment retenus, même s’ils sont compris sur le moment. C’est dans la combinaison de tous les moyens, employés avec modération et habilement adaptés, que réside le secret de la bonne communication.

Tout s’apprend

L’exemple du PowerPoint, aussi universel soit-il, est anecdotique mais il illustre (sans jeu de mots!) parfaitement le souci que l’on doit garder présent à l’esprit lorsque l’on enseigne. De nombreux autres aspects de l’enseignement (cours oral, travaux pratiques, répétitions, séminaires, groupes de travail, évaluation des « enseignés » donc examens sous toutes leurs formes, etc.) sont trop souvent laissés à l’improvisation et, pire, à la certitude de savoir bien faire, de savoir tout faire bien. Tout s’apprend, et il n’y a pas de honte à cela. Les techniques évoluent, la réceptivité des étudiants et leur relation aux études aussi. On peut retirer ce que l’on veut des formations et informations aujourd’hui disponibles, mais on ne peut s’en désintéresser totalement. Celles qu’organise l’ULg, et l’IFRES (Institut de Formation et de Recherche en Enseignement Supérieur) en particulier, constituent une opportunité à saisir, un service rendu aux encadrants, de quelque niveau qu’ils soient.

C’est pourquoi notre Conseil d’Administration a, le 13 juin dernier, décidé à l’unanimité d’approuver l’organisation par l’IFRES d’un programme structuré visant à une meilleure formation des étudiants de l’Université de Liège à travers trois axes :
1. une offre de formation pédagogique diversifiée pour les encadrants;
2. le développement d’initiatives pédagogiques et de recherches dans le domaine de la pédagogie de l’enseignement supérieur en collaboration étroite avec les Facultés;
3. l’adoption par l’ULg du paradigme de la formation orientée vers le développement de compétences.

Dans la foulée, le C.A. a également décidé de s’inscrire immédiatement dans cette dynamique et pour cela, d’approuver les principes suivants:
1. les nouveaux assistants seront tenus de suivre une formation pédagogique de base (10 demi-journées) qui sera une des conditions de l’éventuel renouvellement de leur mandat;
2. cette formation de base et la poursuite de cette formation, seront vivement recommandées aux assistants en cours de deuxième ou de troisième mandat, aux didacticiens (logisticiens affectés à l’enseignement), ainsi qu’aux premiers assistants et chefs de travaux;
3. s’ils ne l’ont déjà suivie, les nouveaux chargés de cours seront également tenus de suivre la formation. S’ils l’ont déjà suivie, ils seront encouragés à la poursuivre.
Par ailleurs, l’expérience antérieure de chacun sera valorisée dans ce contexte.

De façon plus générale, il sera vivement recommandé à tous les enseignants en fonction de profiter de l’opportunité qui leur est offerte de pouvoir bénéficier de ces formations qui seront considérées comme un élément positif de leur curriculum et constitueront un atout lors des évaluations diverses auxquelles ils sont soumis au cours de leur carrière.

D’aucuns ne manqueront pas de s’offusquer du caractère coercitif de ces mesures, en tout cas à l’égard des nouveau-venus. Je pense au contraire que la formule utilisée, faisant appel à l’expérience et au vécu de chacun, donc très participative, trouvera un écho positif et que ceux qui y auront goûté reviendront, au-delà même de ce qui leur est demandé.

Les objectifs de l’IFRES, et du Centre de Didactique supérieure en particulier, sont très clairs:
- informer les encadrants de première année sur les structures d’aide à la réussite des étudiants et les cellules d’appui aux encadrants en matière de pédagogie universitaire,
- valoriser les initiatives innovantes prises en première année des différents cursus,
- favoriser une réflexion commune et un échange de bonnes pratiques entre les encadrants,
- aider ces derniers dans leurs réalisations concrètes.

En fait, nous sommes intimement convaincus que personne, dans une université moderne et dynamique, ne peut se satisfaire de la conviction qu’il ou elle peut avoir de bien faire son métier, sans l’avoir appris autrement que par l’exemple de ses maîtres et sans l’avoir fait vérifier. Le métier d’enseignant à l’université a beau être un métier unique, par sa nature même, combinant harmonieusement enseignement et recherche, il n’échappe cependant pas à la règle qui prévaut pour toutes les autres professions aujourd’hui: apprentissage et évaluation.

A propose de mon billet du 24 mars, Simone Jérôme attire mon attention sur la dérobade du Conseil de l’Europe (présidé par le sénateur belge Luc Van Den Brande !) concernant l’offensive créationniste.
Inquiétant.

Ayant été interpellé quelques fois ces derniers temps au sujet de la « marchandisation » de l’Université, du contrôle institutionnel de la publicité et du sponsoring, je souhaite livrer ici quelques réflexions personnelles.
Commençons par préciser de quoi on parle.

La publicité peut être considérée comme un acte complètement autonome de la part d’une entreprise commerciale, acte qui n’a, en principe, pas d’interférence avec des tiers.
Le sponsoring — ou, pour utiliser le français, le parrainage — lui, repose sur l’utilisation d’un événement comme support médiatique à des fins publicitaires. Le parrainage permet de réaliser un événement, d’ériger un bâtiment, d’aménager ou d’équiper des locaux, au prix de l’affichage — généralement discret mais pas toujours — du nom et/ou du logo de l’entreprise.

L’ULg n’a, délibérément, aucune politique institutionnelle organisée en ce qui concerne la publicité. En principe, l’affichage sauvage est interdit et les panneaux d’affichage sont réservés à des informations officielles ou aux activités estudiantines. La seule sanction est l’arrachage et celui-ci est assuré par le personnel de l’Université. Aucune ressource financière de l’Institution ne provient d’affichages publicitaires.

En matière de sponsoring, les choses sont plus complexes. Beaucoup d’activités estudiantines sont parrainées. Un certain nombre d’activités universitaires (réunions, colloques) sont sponsorisées. La recherche de sponsors est assurée par les organisateurs eux-mêmes. Une réflexion est actuellement en cours sur une certaine rationalisation, voire centralisation, de la prise de contact avec les sponsors éventuels, visant essentiellement à ne pas les solliciter de manière désordonnée, ni manquer une occasion coûteuse à cause d’une petite intervention préalable, mais une telle organisation n’est encore qu’à l’état de la réflexion.

Plus délicate est la question des chaires sponsorisées, c’est-à-dire la possibilité de faire couvrir le salaire et parfois même les frais de fonctionnement de professeurs par une entreprise. On peut en effet s’inquiéter de la sauvegarde de la liberté académique dans ces conditions. Dans les rares (2 ou 3) cas à l’ULg — cette pratique est nettement plus courante dans les universités « libres » —, cet écueil a été complètement évité, mais il est vrai qu’une grande vigilance s’impose.

Qu’en est-il des lois et règlements? Il n’existe pas de législation applicable aux universités en matière de publicité ou de parrainage.
En existe-t-il une dans les autres degrés d’enseignement ? L’enseignement maternel, primaire, secondaire et supérieur non universitaire sont régis, à cet égard, par la Loi du 29 mai 1959 modifiant certaines dispositions de la législation de l’enseignement dite « loi du pacte scolaire ». Cette loi prévoit en son article 41 que: « Toute activité et propagande politique ainsi que toute activité commerciale sont interdites dans les établissements d’enseignement organisés par les personnes publiques et dans les établissements d’enseignement libre subventionnés ».

La portée de cette loi a cependant été, depuis lors, tempérée par la circulaire n° 1026 du 27 décembre 2004 portant sur la « publicité dans les établissements scolaires et matériel didactique diffusé par des firmes commerciales » qui note que « il n’est pas aisé de déterminer ce qui constitue une activité commerciale dans un établissement d’enseignement » et précise : « Faut-il refuser toute initiative d’origine commerciale, même lorsqu’elle peut apporter un petit plus aux écoles ? ». La Ministre M. Arena y affirme deux choses: d’une part, sa confiance dans la sagesse des enseignants et des responsables scolaires et d’autre part, l’évidence même du fait que les élèves sont confrontés à la publicité en dehors de l’école alors que, dans cette dernière, les enseignants peuvent « former les enfants et les adolescents à développer une attitude critique face au matraquage publicitaire ».

A la lecture de la circulaire, il est évident que toutes les interrogations soulevées par cette loi concernent l’âge du public ciblé: les mineurs. Cette règlementation n’a donc pas de correspondance au niveau universitaire. Par ailleurs, en Europe, ce questionnement est appréhendé de façon fort différente dans chaque Etat. A ma connaissance, en Belgique francophone, les autres universités n’ont, pas plus que l’ULg, de règle stricte en la matière et raisonnent au cas par cas.

Il est donc clair qu’aujourd’hui, faute de mise en place d’une règlementation institutionnelle spécifique, tout ceci est laissé au jugement et à l’appréciation de chacun, ce qui fait de nous des funambules craignant de basculer d’un côté ou de l’autre: le laxisme de la marchandisation ou le puritanisme de la surprotection. Faut-il nécessairement, dans une université, placer des garde-fous partout? Allons-nous édicter des règles à propos de tout et de n’importe quoi? Ne pouvons-nous compter sur nous-mêmes, sur nos enseignants, sur notre personnel et aussi sur nos étudiants, pour trouver, en permanence, la juste limite?

Basons-nous sur les principes généraux de « non-discrimination » applicables aux services publics et sur l’éthique particulière que l’ULg entend respecter en la matière et évitons de légiférer. Les temps évoluent, les sensibilités aussi.
Gardons-nous de transformer notre université, où se côtoient des adultes responsables, en un enclos protégé de tout, loin des réalités de la vie et du temps.
Ce serait tout le contraire de ce que je souhaite pour notre Université et pour ses étudiants.

QS, la firme qui réalise (mal, à mon goût) les études de classement des universités pour le London Times Higher Education Supplement, produit aussi d’excellentes analyses de divers phénomènes qui affectent la vie universitaire.

Elle vient de publier un commentaire intéressant sur le plagiat, fléau de l’enseignement depuis toujours, mais malheureusement beaucoup plus généralisé, au point qu’il devient un problème majeur aujourd’hui, en raison de la facilité de le commettre dans un environnement électronique où le « copier-coller » est si simple. Et c’est un problème pour deux raisons: la violation des droits d’auteurs et le non-apprentissage par l’étudiant du processus rédactionnel.

Selon l’auteur, Tim Rogers, si la technique le favorise, le plagiat est essentiellement dû au manque d’éducation en matière de propriété intellectuelle, ou tout simplement à l’égard de la tricherie et de la fraude intellectuelle. Ensuite, la facilité pratique vient accélérer et répandre largement la dérive.

Condamner la technique serait un combat d’arrière-garde comme le serait l’idée de limiter les performances des automobiles pour prévenir les excès de vitesse. Tout est dans l’éducation à ne pas transgresser les interdictions qui ont une raison d’être sociétale.

Christine, une étudiante à l’Institut National des Techniques de la Documentation (INTD-CNAM) en France qui y prépare le diplôme de chef de projet en ingénierie documentaire, tient un blog fort intéressant sur les universités françaises vues par des yeux d’étudiant, qui peut — mutatis mutandis — nous aider à réfléchir.

Son analyse explore les difficultés que l’étudiant rencontre pour s’orienter dès le début de ses études universitaires, les difficultés de l’accès aux Grandes Ecoles, les difficultés de trouver un emploi avec un diplôme universitaire dans un pays où l’enseignement supérieur est dual (là, c’est l’université qui est le « second choix »), l’inquiétude des étudiants devant les réformes qui s’annoncent en France. Elle y évoque le danger des formations qui ne conduisent qu’à peu de débouchés, non tant par la qualité médiocre de la formation, mais plutôt en raison des préjugés sur la primauté des orientations spécialisées et pointues qui donnent l’illusion de l’efficacité d’emblée. Alors que ce qui importe, c’est l’adaptabilité que devraient acquérir tous nos étudiants, quel que soit leur parcours.

Un blog d’étudiante qui fait preuve de maturité, d’acuité et de profondeur. Encourageant.

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