A lire, dans un article du blog du recteur de l’ULB intitulé « Le dangereux marketing de certaines universités », une mise en garde de pur bon sens à propos d’un article du Soir sur « Première médecine: les résultats à l’UCL s’améliorent ».
Outre les effets pervers de cet article dénoncés dans le billet du recteur Viviers, cette publicité tapageuse remet en question le contexte dans lequel se réalise le test à l’entrée des études de Médecine mis en place pour la première fois en 2013.
En effet, ce test a été organisé dans la concertation permanente entre les universités. Il était convenu que les responsables docimologues des 5 universités constituaient une cellule de recherche qui analyserait les résultats et les publierait. Nous avons même prévu un financement de cette activité au sein de l’enveloppe attribuée par le Ministre. Cette cellule s’est déjà réunie à plusieurs reprises et il y avait été proposé et accepté que ce travail pourrait constituer la base d’une thèse de doctorat.
Il est regrettable que le jury du test d’orientation ait été trompé et que son travail, conçu pour aider les étudiants à se situer et à « guider » leur étude, ait été utilisé à des fins de publicité, alors que c’est exactement la dérive que l’on voulait éviter. C’est en effet sur base de l’accord interuniversitaire unanime assurant qu’aucune autre utilisation que la guidance à apporter à l’étudiant et le feed back à fournir aux enseignants et au Gouvernement n’aurait lieu, que le test d’aptitude non-contraignant préalable aux études de Médecine a été mis en place…

There is a pervasive misconception concerning the much used slogan of Open Access: « Publicly funded research must be made public freely ». The claim is based on the logic that public funders should not pay twice: first for research, then for its publication. In fact, the cost of publication should be included in the cost of research, but in real cost-based pricing while access to reading should be free.
But the misconception is elsewhere. It lies in the identity of the reader. It is true that, when a research ‘paper’ is available on the Internet, everybody who has computer access to it can read it. However, in almost all cases, access is required, specifically searched for and effectively used by scholars and professionals, not by any layperson.
Hence, the debate is derailing when it comes to support Open Access on the controversial basis that the general public should have access to research results freely. The real cause to defend is that scholars whose research can benefit from the reading have free access as soon as a ‘paper’ is peer reviewed and accepted for publication. The rest is cherry on the cake.

Le refinancement est, pour la Communauté française de Belgique, mais aussi pour les Régions wallonne et bruxelloise, et même si chacun sait que ce sont des instances distinctes, une question de priorités à gérer. Les effets de la « crise » se font sentir à tous les niveaux, il faut donc faire des choix.

1. Un état (ou toute entité qui dispose d’une autonomie décisionnelle pour le financement de son enseignement) ne peut à la fois affirmer haut et clair que le salut de son économie tient au dynamisme et à la créativité de ses universités et négliger leur financement au point de les mettre en grave difficulté pour effectuer leurs missions, même leurs missions de base.

2. Un état (ou toute entité qui dispose d’une autonomie décisionnelle pour le financement de son enseignement) ne peut à la fois défendre le principe de la démocratisation de ses universités et négliger leur financement au point de les mettre en grave difficulté pour assurer la qualité de la formation dispensée à de grands nombres.

Signons la pétition pour le refinancement (je n’en suis que le 432e signataire, mais la pétition va exactement dans le sens de mon appel officiel lors de la Rentrée Académique, le 25 septembre dernier). Contribuons ainsi également à encourager le Ministre de l’Enseignement supérieur dans sa réflexion sur les modalités pratiques de ce refinancement, puisqu’il en approuve la nécessité.

Des horaires d’examens adaptés pendant la Coupe du Monde de football ? Une brillante idée éducative à propose de laquelle on me demande si l’ULg va s’y conformer…

Et à l’ULg? me demande-t’on…On ne fera pas la même chose à l’ULg, pour deux raisons:

1. Parce que, à la demande des étudiants, les examens commencent plus tard et finissent plus tôt, ce qui rend très difficile tout espacement des épreuves.

2. Parce que l’apprentissage de la vie, c’est aussi celui-là: les étapes cruciales et essentielles ont l’absolue priorité sur les loisirs, le spectacle et le jeu. Question de valeurs. Il me semblerait indécent qu’on puisse adapter la machinerie complexe des examens universitaires aux horaires du foot, du basket, du rugby ou du tennis.

Qu’on me comprenne bien: je n’ai rien contre la coupe du monde, je pense seulement qu’il faut savoir s’organiser, tout au long de l’année, et prendre ses responsabilités. J’ai moi-même regardé des compétitions sportives diverses (foot, tennis) durant mes examens, je ne le nie pas, et notamment la coupe du Monde en 1970, mais c’est aussi comme ça que je me suis formé à gérer mon temps en fonction des nécessités plus ou moins impérieuses du moment.
Qu’il en soit ainsi pour tout le monde, ce sera aussi bon pour la formation de tous que serait désastreux le message inverse.

Et si des hautes écoles flamandes en ont décidé autrement, et qu’elles n’ont pas d’hésitation à appeler cela la lutte contre l’échec, c’est leur affaire. Ici, nous sommes à l’Université et nous avons nos exigences.

On a rapporté mes propos, émis lors d’un petit discours d’introduction pour une conférence organisée à la Salle académique dans le cadre de l’Année de l’Allemagne à Liège et dont l’ULg est le coordinateur. L’Ambassadeur d’Allemagne venait de faire allusion à la beauté de la salle et au fait que, malheureusement, la place sur laquelle donne ce bâtiment avait reçu pour nom la date du massacre de nombreux civils du quartier par une horde de soldats allemands avinés.

Malheureusement, cette appellation n’évoque plus rien à personne. L’effet de commémoration recherché par la toponymie a disparu à cause de sa banalité. A moins d’une célébrité universelle comme celle du 11 septembre, une date n’est qu’une date. On trouve des noms de rues et de places remémorant une date un peu partout dans le monde et cela n’évoque pour ainsi dire jamais rien. Moi-même, ce n’est qu’après des décennies de familiarité avec cette place que j’ai un jour, par hasard, appris à quoi ce 20 août faisait allusion. Car après tout, il y en a un chaque année…

Par contre, une plaque commémorative ne conviendrait-elle pas mieux, ou un édifice, avec une explication du massacre, de l’incendie, des destructions et de leur contexte? Voilà un bien meilleur hommage aux victimes qu’une simple date sans référence (aujourd’hui, et depuis peu, la plaque murale précise la raison de l’appellation mais très brièvement)…

La déclaration que j’ai faite était donc parfaitement spontanée et m’est venue en réponse à la constatation d’un paradoxe : nous organisons une année de l’Allemagne, tournée vers l’avenir et non vers le passé. Nous proclamons notre amitié pour un peuple avec lequel nous avons eu des affrontements durs. Nous savons tous à quel point ce passé a été mouvementé et désastreux. Je suis pour la commémoration et la mémoire, mais alors remplissons cette mission de façon claire. Après 100 ans de respect, tourner la page serait-il irrévérencieux ? Ou, tout simplement, ne pouvons-nous profiter de l’occasion pour célébrer une vraie renaissance de cette place, bordée aujourd’hui par l’Université et par le magnifique nouveau Théâtre de Liège, et dont on nous dit qu’elle sera bientôt aménagée et rendue aux piétons ? 2014 serait la date idéale pour tourner cette page.

Vient alors la question du nouveau nom. Dans l’improvisation, j’ai lancé « Place de la Culture », c’est vrai. C’est un peu ‘bateau’… On pourrait célébrer les Arts et les Sciences, la créativité, l’innovation (encore que là, c’est à un autre drame, bruxellois celui-là, qu’on ne manquerait pas de penser). On pourrait tout simplement reprendre « Place de l’Université », le nom original disparu depuis 100 ans ou, pourquoi pas, « Place de l’Emulation ». Si l’on y réfléchit bien, l’émulation est très porteuse de sens et d’incitation à l’excellence…, des deux côtés de la place! Avec l’installation du Théâtre, il ne reste plus, sur la place, que l’inscription au fronton: « Société Libre d’Emulation ». Or cette dernière s’ouvre aujourd’hui latéralement sur la rue Charles Magnette. Donner son nom à la place, outre le symbole dynamisant et encourageant pour les Sciences et les Arts qu’elle évoque, rappellerait que cette société aux nobles objectifs eut pignon sur place à cet endroit pendant plus de deux siècles.

Je sais que cette proposition n’est pas sans conséquence pour mon Institution. Je viens précisément d’insister pour que l’on ne change pas le numéro postal de l’Université au Sart Tilman (4000), pour des raisons pratiques et de coût. La même semaine, je propose le changement du nom de la place où se trouve le « bâtiment central » de l’Université. Quelle incohérence ! Aussi comprendrai-je que ma proposition puisse rencontrer une opposition ferme et de bon sens. Mais l’opportunité et la logique m’ont paru tellement évidentes, en cette circonstance, que je maintiens la suggestion faite presqu’en boutade.

Précisons que je n’ai rien demandé, ni à la Ville (contrairement à ce que dit l’article) ni à personne. Avant toute requête officielle, je dois faire évaluer le coût d’un tel changement. Mais je serais curieux de savoir si ma suggestion trouve un écho…

En cette année académique qui vient de commencer sous le signe de la liberté d’expression et suite aux événements tourmentés que nous venons de vivre avec les accidents de « baptême », à propos desquels je me suis déjà expliqué dans le billet précédent, il me semble important de clarifier une fois encore ma position.

Je respecte le folklore. Je respecte le folklore estudiantin tout autant. Le « baptême » fait partie du folklore estudiantin belge. Il s’agit, selon les connaisseurs, d’une épreuve initiatique parfaitement codifiée.
Si l’on s’en réfère aux mêmes spécialistes, il faut préserver le « baptême » en tant qu’élément du folklore et de la tradition.

Je ne peux que partager ce point de vue. Mais alors le « baptême » doit rester dans les limites de sa tradition, respecter ses codes et ses rituels avec précision.
Si c’est bien le cas, le rituel du « baptême », reflet d’une très ancienne tradition, ne pose aucun problème. Seuls les dérives, écarts et dérapages sont préoccupants.

Comment fixer les normes, les principes? Peuvent-ils être résumés en un seul ? Certainement. Le respect du libre arbitre.

Respecter le libre arbitre de chacun constitue, en réalité, le principe nécessaire et suffisant pour baliser l’ensemble des activités folkloriques estudiantines.
- Personne ne peut être obligé de participer à des épreuves folkloriques.
- Personne ne peut être obligé d’aller jusqu’au bout de telles épreuves s’il souhaite s’y soustraire et quand il en émet le souhait.
- Il ne peut être tenu rigueur à personne de n’avoir pas participé à des épreuves folkloriques ou d’y avoir renoncé, personne ne peut en subir des conséquences répressives de quelque nature que ce soit.
- Personne ne peut perdre ses droits ou certains droits en raison de sa non-participation à des épreuves folkloriques.
- Aucune épreuve ne peut être ajoutée aux épreuves académiques officielles en vue de l’obtention d’un diplôme universitaire.
Tout manquement avéré à ces principes sera sévèrement sanctionné par des peines académiques et, le cas échéant, son auteur pourra être poursuivi en justice.

En se focalisant sur la notion de libre arbitre, on peut élaborer toute la prévention nécessaire pour éviter tant les excès que les discriminations.

Le Soir, La Libre, La Dernière Heure, Le Monde, Libération, Le Figaro, BFMTV, L’Alsace, Le Point, 20Minutes.ch (Suisse), L’Express, TF1, Actu.orange.fr, Het Laatste Nieuws, etc.

L’avalanche des titres de presse qui ont suivi ma déclaration ferme après l’accident de « baptème » estudiantin dimanche dernier m’amène à préciser quelques points.

Tout d’abord, il convient de remarquer qu’il ne s’agissait pas d’une activité encadrée par un « comité de baptême », comme le précise bien la SGEV dans un communiqué. Par ailleurs, précisons d’emblée qu’après avoir passé la semaine à l’hôpital où ses parents, venus de Saint-Etienne, l’ont rejointe, la jeune fille se porte bien.

1. La réaction coup de poing. La colère que j’ai manifestée dans la presse a pu laisser penser que je voulais prendre immédiatement des mesures extrêmement graves (exclusion) à l’égard des responsables et que j’allais convoquer un Conseil d’administration spécial pour procéder à une condamnation sommaire. Il n’en est rien. En fait, je voulais dire qu’à l’occasion d’un Conseil d’administration exceptionnel, convoqué pour régler des questions budgétaires, j’en profiterais pour ajouter un point de communication, que j’y relaterais les faits et que je demanderais au C.A. d’accepter le principe de l’utilisation d’une procédure qui peut, à l’extrême, conduire à une exclusion définitive. Seul le C.A. est habilité à prendre une telle décision. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures.

2. Le respect des lois. Il va de soi que cette procédure, bien codifiée, prévoit la garantie des droits de la défense et qu’elle ne pourrait être envisagée que si la Justice déterminait des coupables et leur niveau de culpabilité. L’Université n’a aucune compétence pour juger ce que font ses étudiants en dehors de ses murs ou de ses propriétés. Les évènements se sont produits en dehors du périmètre de l’Institution.

3. L’âge de raison. Les étudiants universitaires sont pratiquement tous majeurs et je n’ai d’autorité sur eux que dans un cadre (activités, environnement) bien précis. Il ne m’appartient donc pas de vérifier ni de faire vérifier où ils sont ni ce qu’ils font.

4. Bizutage, baptême, folklore. Un petit lexique. Nombreux sont ceux qui m’exhortent à sévir, non seulement en punissant immédiatement les coupables (ce que je ne peux pas faire puisque je ne connais pas les coupables, la Justice s’en occupe, on verra ensuite) mais en bannissant toutes les activités de baptême à l’Université. Il convient de distinguer différentes formes:
- le « bizutage » que les français ont légalement mis hors-la-loi et que je souhaite vraiment faire disparaître. Il s’agit de brimades, humiliations et épreuves physiques relavant de la beuverie. Si le principe de l’épreuve, lié aux rites initiatiques, présente un intérêt, il peut se traduire de manière plus respectueuse de chacun. Les frères d’armes, c’est un peu dépassé. L’épreuve peut trouver tout son sens dans une version plus symbolique. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures.
- le « baptême » à la belge peut faire l’objet d’une large gamme de variantes, il n’est pas le même dans toutes les facultés ni dans toutes les universités. Les vétérinaires ont donné à leur baptême, depuis plus de 150 ans, une réputation terrifiante et ils l’entretiennent soigneusement, notamment en autorisant le ‘bizutage’. Aujourd’hui, ils ont considérablement évolué et fixé (ils le rappellent dans leur communiqué) des règles qui, officiellement, le réprouvent. Ils avaient également l’habitude de pratiquer une ségrégation très dure, parfois physiquement, mais surtout psychologiquement, de la part des baptisés sur les « chroniques » (référence à la permanence de la maladie qui consiste à ne pas être baptisé!). Dans le passé, ces comportements étaient exercés par les étudiants mais également par les professeurs. Ceci est rigoureusement interdit aujourd’hui. Le corps professoral a bien évolué et je n’ai plus reçu de plainte ou dénonciation directe, je n’ai donc pas besoin de faire usage du Conseil de Discipline. Néanmoins, des témoignages récents indiquent que le feu couve dans la population étudiante et qu’il s’agit de rester vigilant. Une moitié seulement des étudiants est baptisée aujourd’hui alors qu’ils étaient 95% naguère.
- Le folklore estudiantin est encore plus large. Il incluait le bizutage (mais plus depuis un certain temps) et les baptêmes. Très attaché à ces derniers, il comprend également de nombreuses autres activités qui contribuent à entretenir un esprit d’appartenance et qui comprennent les grandes manifestations comme, à Liège, la Saint-Nicolas et la Saint-Torè, leurs cortèges, soirées et… libations).

Les accidents de ‘bizutage’ sont inacceptables et cela d’autant plus que le ‘bizutage’ lui-même est proscrit. C’est ce que la presse a rapporté en me faisant dire que les baptèmes étaient interdits à l’Université. Les bizutages le sont. Les baptèmes doivent être cadrés et encadrés. Il doivent respecter un nombre important de règles et de contraintes, dont celle qui permet au « bleu » de demander d’arrêter à tout moment et d’être obéi. A ce stade, il (elle) ne peut être soumis à une pression morale le poussant à continuer contre son gré sous prétexte de discrimination ultérieure, et aucune ségrégation ne pourra être exercée sur lui (elle) par la suite. Une charte des baptêmes, signée par tous les comités de baptêmes, est d’application à l’ULg et elle doit justement être réexaminée dans quelques jours.

5. Discrimination. Aucune ségrégation n’est autorisée à l’Université. Par conséquent, aucune sanction, punition, ni physique ni morale ne peut être exercée par un groupe sur un autre. En particulier, aucune activité officielle, stage, voyage d’études, visite extérieure, aucun accès aux notes de cours et autres documents officiels, aucun accès aux bâtiments, salles, équipements, activités universitaires ne peut être entravé pour qui que ce soit s’il est régulièrement inscrit comme étudiant à l’Université, dans le cadre prévu de sa filière d’études. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures et punisse sévèrement les contrevenants.

6. Liberté individuelle. En dehors de ces règles élémentaires qui relèvent plus des droits fondamentaux et de l’égalité des chances que d’un règlement interne particulier, les activités liées aux baptêmes sont autorisées (sauf les démonstrations intempestives dans les locaux universitaires) ainsi que la participation aux activités folkloriques. Comme déjà mentionné, les étudiants sont adultes et il ne m’appartient pas de contrôler leur vie privée.

7. Les assuétudes. L’Université déploie un programme important pour combattre les assuétudes en général et l’alcoolisme en particulier. Elle est donc face à une contradiction lorsqu’elle autorise la consommation d’alcool sur sa propriété, lors de manifestations, etc. Elle est totalement opposée à la consommation abusive d’alcool et se voit contrainte de prendre des mesures pour éviter ces abus. Il va de soi que les soirées « folkloriques » sont en totale contravention avec cet engagement et que, soit elle sont régulées et contrôlées par leurs organisateurs de façon responsable, soit elles n’ont pas lieu sur les campus. Pour situer la difficulté que je rencontre, il faut savoir que de nombreux parents ou observateurs me reprochent dans un courrier nourri de rejeter ces beuveries à l’extérieur, où elles échappent à tout contrôle. Je dois bien leur répondre que je ne puis tout contrôler à l’intérieur non plus (je n’ai pas de moyens pour engager des surveillants le soir pour les « guindailles » et je ne peux en prendre la responsabilité sans en avoir le contrôle) et que je ne peux empêcher aucune organisation de quoi que ce soit en dehors de l’Université.

8. Il n’y a pas de risque zéro. On ne peut tout interdire sous prétexte qu’il y a un risque. On ne ferait rien. La vie à l’Université est aussi le lieu et le moment de l’apprentissage de la vraie vie avec ses dangers et ses défis.

Voilà qui devrait éclaircir quelque peu la confusion des situations et des avis, tout en indiquant les paradoxes auxquels je suis personnellement confronté.

Je reçois des dizaines de lettres et de messages électroniques m’accusant de vouloir tuer le folklore, d’en finir avec les baptêmes. Certains sont intelligemment développés, d’autres sont franchement intellectuellement déficients, certains sont simplement injurieux.
Je reçois des centaines de lettres et de messages électroniques me reprochant mon laxisme et m’accusant d’encourager les pires dépravations, et des messages d’incompréhension des raisons pour lesquelles je n’interdis pas simplement « tout ça ». Et ceci surtout dans les moments de crise, généralement lorsqu’un accident vient de se produire. Plusieurs décès émaillent mon parcours de recteur, tous dans des circonstances sur lesquelles je n’ai pas le moindre contrôle ni même le droit d’en avoir. Et cependant aucun d’entre eux ne s’efface de mon souvenir. Dans chaque cas, j’ai ressenti un profond sentiment de colère, de frustration et de tristesse, mais aussi d’impuissance. Cette fois-ci, le dénouement est heureux et c’est très bien ainsi. Mais on a quand même frôlé la catastrophe.

J’ai rédigé ceci non pas pour me justifier de quoi que ce soit, mais pour pouvoir envoyer une information structurée à ces correspondants ou interpellants qui doivent pouvoir comprendre mes limitations et parce qu’une explication claire me semblait indispensable. L’explication a le mérite d’exister. J’espère qu’elle est claire.

*: le sujet est grave, il lui fallait un clin d’oeil… J’espère qu’on me pardonnera le jeu de mots du titre !

Le texte de mon discours de Rentrée académique 2013 est disponible ici.

Visiblement, et contrairement aux prédictions de la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), le test (obligatoire mais non contraignant) avant l’entrée au 1er Bac Médecine n’a découragé personne: il y a plus de candidats déclarés aux 2 sessions que d’inscrits l’an dernier.

En juillet, il y avait 1.065 inscrits dont 976 ont passé le test.
56 candidats inscrits en juillet se sont réinscrits (information datant d’avant la prolongation d’une semaine), vraisemblablement pour voir s’ils pouvaient améliorer leur résultat en 2 mois.
2.008 candidats se sont donc inscrits pour la première fois en 2ème session.

2.984 étudiants (maximum) pourraient s’inscrire pour la première fois en Médecine en FWB en 2013-14 (Les ‘répétants ‘ou bisseurs’ ne sont pas repris ici, vu qu’ils ne doivent pas présenter le test), contre deux mille environ en 2012. Ce nombre pourrait neanmoins être quelque peu plus bas si tous les inscrits ne présentent pas et si certains, au vu de leur résultat, décident de mieux se préparer ou de se réorienter.

Il n’en reste pas moins vrai que ce système ne tient guère compte des étudiants qui, en dernière année du secondaire, doivent présenter une seconde session, certaines écoles n’ayant terminé ces examens qu’assez tard en août. Hormis cette difficulté, qui valait surtout si la date limite d’inscription au test était le 23 août (elle a finalement été reportée au 30 août) le test ne semble pas du tout altérer l’enthousiasme et les vocations, loin de là, comme les nombres l’indiquent.

Je partage néanmoins l’avis de la FEF sur un point: il vaudrait mieux donner aux universités les moyens d’accueillir avec plus d’efficacité et un meilleur encadrement tous les étudiants qui désirent faire des études médicales en vue d’exercer un métier pour lequel on prévoit une pénurie. Les restrictions budgétaires qui frappent le secteur public, même si elles ont été atténuées le plus possible pour l’enseignement, font très mal à une époque où la formation est considérée comme la planche de salut de la « crise »…

Ces derniers jours, suite à la sortie du classement dit « de Shanghai » des universités mondiales (« Academic Ranking of World Universities », ARWU), événement que la presse, tant en France qu’en Belgique, considère comme « très attendu et très controversé », j’ai été interviewé par plusieurs journalistes (Le Soir, L’Avenir, SudPresse). Comme toujours, la nécessaire concision des articles tronque le propos, efface les nuances et évacue le raisonnement sous-jacent, ce qui confère à mes déclarations un aspect tranché et catégorique, c’est la loi du genre. En outre, étant opposé au principe même de toute forme de classement d’universités, mon obstination à en dénoncer les effets pervers est généralement perçue comme une réaction de ‘mauvais perdant’. En fait, il n’en est rien:
a) mon jugement sur les classements n’est pas neuf, je les dénonçais déjà en 2007,
b) non seulement mon avis n’a pas varié mais il serait rigoureusement le même si la position de l’ULg était meilleure (elle n’est d’ailleurs pas mauvaise du tout: le ‘top 300‘ sur des milliers d’universités, c’est évidemment très honorable, il suffit de feuilleter la liste de celles qui nous suivent, elle est édifiante…),
C’est pourquoi je pense nécessaire de m’expliquer quelque peu.

1. Qu’est-ce que le classement ARWU ?

Il existe entre 9.000 et 17.000 institutions dans le monde qui se considèrent comme universités, selon l’International Journal of Scientometrics, Infometrics and Bibliometrics. L’ARWU en retient environ 1.000 qui présentent une des caractéristiques suivantes*:
✔ avoir dans son personnel académique un ou des lauréats du Prix Nobel ou de la Médaille Fields (mathématiques);
✔ avoir des chercheurs fréquemment cités (?) ou ayant publié dans la revue Nature ou Science (données fournies par Webofknowledge.com);
✔ avoir un nombre significatif (?) d’articles publiés indexés par le « Science Citation Index-Expanded (SCIE) » et le « Social Science Citation Index (SSCI) » (données également fournies par Webofknowledge.com)

    *: l’indication « (?) » est de moi et signifie que la définition n’est pas claire ou compréhensible

Ensuite, sur la base de principes méthodologiques dans lesquels intervient le nombre de membres du staff académique** (?), le classement retient environ la moitié de ces sélections, soit 500.

    **: il faut préciser que « staff académique » n’a pas nécessairement la même signification dans les pays anglophones et chez nous où on pense « corps académique ». Il s’agit chez eux, en général, de toutes les personnes qui interviennent de près ou de loin dans la formation des étudiants.

Sur cette base est calculée une « Academic Per Capita Performance« , qui correspond au poids relatif des indicateurs que je viens de citer divisé par le nombre de membres du staff académique (en équivalents temps plein).

Un score très anglo-saxon

Les Etats-Unis placent 52 de leurs universités dans les 100 premières, le Royaume-Uni 9, l’Australie 5, la Suisse 4, le Canada 4, l’Allemagne 4, la France 4, le Japon 3, la Suède 3, les Pays-Bas 3, Israël 3, le Danemark 2, la Norvège 1, la Finlande, 1, la Russie 1 et la Belgique 1 (donc 32 pour l’Europe).
Pour la Belgique, on trouve l’Université de Gand (85ème), la KUL, l’UCL et l’ULB (toutes trois quelque part entre 101 et 200*), l’Université d’Anvers et l’ULg (toutes deux entre 201 et 300) et la VUB (entre 301 et 400).

    *: à partir de la 101ème position, les résultats sont groupés dans l’ordre alphabétique par groupes de 50 et à partir de la 201ème, par groupes de 100.

2. Le principe du classement des universités est absurde.

Le seul fait de vouloir classer les universités sur base de leur « performance » est un non-sens: on ne peut effectuer un classement d’objets qu’à partir d’une valeur unique attribuée à chaque objet. Si on détermine, pour une même institution, plusieurs valeurs (par exemple pour des activités d’ordre différent: enseignement, recherche, relations avec le monde extérieur, rayonnement international, etc.), on génère nécessairement plusieurs classements parallèles et différents. Étant donné la complexité des activités accomplies par les universités, des dizaines de critères peuvent être pris en considération, ce qui implique des dizaines de classements différents. Les globaliser pour obtenir un classement unique est non seulement irréaliste, mais en totale contradiction avec la rigueur méthodologique que nous essayons de transmettre à nos étudiants.

Des missions très diverses.

Les universités accomplissent diverses missions, généralement rangées en 3 catégories: enseignement, recherche et service à la collectivité. On imagine facilement qu’une université puisse être très ‘performante’* en recherche et moins en enseignement. Ou l’inverse. En amalgamant ces deux missions, sans parler de la troisième, on mélange des pommes et des poires et on obtient un chiffre qui ne correspond à rien. En outre, on peut disserter à perte de vue sur la pondération à appliquer aux différents composants…

    *: en admettant qu’on arrive à définir clairement la notion de performance à propos d’une université et à s’entendre sur ce terme. J’ai de sérieux doutes à cet égard…

Des domaines très divers.

Mais l’aberration ne s’arrête pas là. Non seulement les universités effectuent simultanément plusieurs missions, mais elles se spécialisent à un très haut niveau dans des domaines extrêmement variés. On sait que chaque institution ne présente pas la même excellence en tout, il existe donc, pour chacune d’entre elles, des spécificités fortes. Ici également, regrouper l’ensemble des domaines en une valeur moyenne n’a que peu de sens et masque les points forts.

Une analogie simple.

Pour mieux me faire comprendre, je vais recourir à une comparaison caricaturale. Imaginons que quelqu’un souhaite se lancer dans le classement des êtres humains et décrète que les indicateurs de qualité ou de performance sont:
1) la taille,
2) l’aptitude au calcul mental,
3) le temps de sprint sur 100 mètres,
3) le revenu mensuel brut,
4) la capacité d’ingurgitation de saucisses de Francfort en une heure,
5) le nombre de livres lus dans sa vie et
6) le nombre d’enfants.
Chaque indicateur présente un intérêt discutable et sujet à controverse. Le caractère ‘signifiant’ de ces critères peut évidemment être mis en doute individuellement: un critère peut être considéré par certains comme majeur et par d’autres comme sans intérêt, voire même négatif. Comment concilier ces avis? Et en supposant même que tout le monde soit d’accord, quelle pondération doit-on donner à chacun d’eux? Et finalement, quelle valeur aura la cote finale unique accordée à chaque individu, donc à son classement?
On aura compris que c’est là ‘mission impossible’. Plus un sujet d’observation est complexe et présente des caractéristiques variées et indépendantes (ou faiblement dépendantes), plus il est déraisonnable de vouloir simplifier son évaluation, et absurde de le faire en une seule notation.

La tentation d’apparaître.

Seulement voilà. L’être humain est terriblement demandeur de classifications dans tous les domaines. C’est le principe populaire du « hit parade »: élémentaire, confortable et rassurant.
Le premier classé est implicitement le ‘meilleur’ et le dernier est implicitement le ‘moins bon’. Le transfert vers la presse transforme l’implicite en explicite.
En outre, les classements piquent l’amour-propre. Après un tollé sonore provenant essentiellement des universités non anglophones, incontestablement dédaignées par tous les classements mondiaux, et un appel au boycott dans différents pays, on a assisté à des réactions visant à tenter de remonter dans les classements et d’y faire bonne figure. Dans ‘Le Monde’ du 15 août 2013, jour-même de la publication du classement de Shanghai, on lit: « L’université de Strasbourg (97e) intègre le Top 100 en raison du prix Nobel attribué, en 2011, à l’un de ses chercheurs, Jules Hoffmann. En 2012, cette distinction avait été ‘oubliée’ par le classement de Shanghai, qui a corrigé le tir après une protestation du ministère français de l’enseignement supérieur. L’Ecole normale supérieure de Lyon tire, elle aussi, le bénéfice de la médaille Fields attribuée, en 2010, au mathématicien Cédric Villani, et se place dans les 300 premières mondiales après que l’intéressé lui-même et le ministère eurent rappelé cette distinction à l’équipe de l’université Jiaotong. »
Mais attention: dès lors qu’elle cherche à rectifier ce qu’elle considère comme une erreur de positionnement dans le classement pour ce qui la concerne, une université accorde ipso facto une validation à la démarche de classement. Il lui devient ensuite impossible d’en contester le principe et la méthode. C’est un des pièges des « rankings ».

3. La méthode pose problème.

Considérons qu’il ne soit pas ou plus aujourd’hui possible de faire marche arrière. D’aucuns considèrent que puisque « ces classements existent, il faut bien les prendre en considération. » Je ne partage pas ce point de vue: ce n’est pas parce qu’un concept prévaut dans l’opinion qu’il faut s’aligner et l’adopter. Mais jouons le jeu. Analysons la méthode employée. Les choses ne s’arrangent pas…

Un choix de critères surprenant.

Même si on admet le principe et la nécessité de faire des classements, on est immédiatement frappé par le côté subjectif de l’analyse. Toute tentative d’objectiver le subjectif est périlleuse et souvent vouée a l’échec. Par son côté rassurant, l’objectivation, surtout si elle est numérique, se pare d’un caractère incontestable. Le leurre de l’objectivation par les chiffres fonctionne ici à plein. Mais on ne peut se priver de l’examen du bien fondé:
1) du choix des critères,
2) de la décision de leur attribuer une valeur positive ou négative,
3) du poids relatif à leur attribuer.

Les critères utilisés (Nobel/Fields, Nature/Science, SCIE/SSCI) sont étonnants, comme leur poids relatif. Le biais en faveur de l’activité de recherche est manifeste. Ça peut se défendre, mais il faut que ce soit clairement assumé.

Beaucoup de questions restent ouvertes: le nombre d’étudiants fréquentant l’université évaluée devrait-il être pris en compte? Si il l’est, constitue-t-il un élément positif, reflétant l’importance de l’institution? Ou négatif, en raison de la charge que ces étudiants représentent et qui distrait les encadrants de la recherche? Ce n’est pas clair.
Un journal m’a fait dire « les grosses universités avec beaucoup d’étu­diants ont plus de chance d’être en haut du classement » Je n’ai pas dit ça et je ne le pense pas: les universités les mieux classées sont de loin les plus sélectives. Il y a moins d’étudiants à Harvard (19.000) qu’à l’ULg (22.000)! Mais il faut aussi mentionner que les droits d’inscription y sont 60 fois plus élevés… L’ULg n’a évidemment pas la prétention de jouer dans la même division que Harvard, une université qui jouit d’un prestige mondial exceptionnel lui assurant des enseignants et des étudiants hors-norme. Son nom est même devenu synonyme d’université de premier plan. Mais l’ULg et les autres universités belges la devanceraient certainement dans un classement qui serait basé sur l’ouverture sociale et l’accessibilité… En les alignant dans le même classement, on compare donc bien des pommes et des poires.

    Nombre d’étudiants inscrits dans les 100 premières universités du classement ARWU (Radius-ULg). L’effet de nombre n’est guère significatif.

En fait de critères, le taux d’encadrement semblerait bien plus significatif, de même que les moyens financiers dont l’institution dispose, les facilités d’hébergement et de transport, l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, les installations sportives gratuites ou peu coûteuses, le soutien pédagogique mis à disposition de l’étudiant, la qualité alimentaire des restaurants universitaires, la disponibilité de salles d’étude et d’équipement informatique, etc. (tout cela étant évidemment corrélé directement aux moyens financiers). Voilà une série de critères sur lesquels tout le monde s’accordera quant à leur contribution positive à l’évaluation. La difficulté surgit lorsqu’il s’agit d’affecter ces critères d’un facteur de pondération. L’encadrement est-il plus important que la disponibilité d’activités sportives? Ou est-ce l’inverse?

Admettons qu’on arrive à s’accorder là-dessus. Que dire de l’évaluation de l’enseignement? Ou de la recherche? Comment en choisir les critères? Comment déterminer le niveau? Qui le fait, et sur quelle base? Les enquêteurs de l’ARWU ne consultent personne dans les universités*, contrairement aux autres opérateurs comme QS ou THE qui établissent un dialogue. Ils obtiennent leurs informations auprès d’organismes tels que: « National Ministry of Education, National Bureau of Statistics, National Association of Universities and Colleges, National Rector’s Conference ».
On ne peut, dans ce cas, que fonctionner sur base de la réputation, et de l’oui-dire. Le classement devient alors totalement subjectif, lié au niveau d’introduction de l’université dans le cénacle des évaluateurs et l’efficacité de son lobbying.

    *: en fait, depuis quelque temps, ils consultent sur certains points mais, curieusement, ne se servent pas des réponses pour établir le classement.

De nombreuses critiques.

Je ne suis évidemment pas le seul à dénoncer les travers méthodologiques des classements en général et de l’ARWU en particulier. L’ULB comme l’UCL se sont clairement exprimées. La revue Nature elle-même, pourtant prise en référence par l’ARWU, disait en 2007: « Experts argue that [the rankings] are based on dubious methodology and spurious data, yet they have huge influence. All current university rankings are flawed to some extent; most, fundamentally », Ioannidis et al. en 2007, Billaut, Bouyssou & Vincke en 2009 ou Samarasekera & Amrhein en 2010 en ont critiqué les multiples défauts. De son côté, l’Union Européenne s’est prononcée contre le biais anglophone et a annoncé en 2010 l’élaboration, sous son égide, d’une analyse critère par critère: U-Multirank.

4. Un classement, pour quoi faire?

La contestation argumentée du bien-fondé des classements en premier lieu, de la méthodologie appliquée ensuite, devrait avoir eu raison de leur existence et de leur validité, donc de leur intérêt. On constate que les classements sont utilisés pour des raisons diverses, pas nécessairement celles pour lesquelles ils ont été développés au départ. Cela va du choix des relations internationales et de la sélection de partenaires, jusqu’au choix d’une institution pour y faire ses études. En cela, le classement de l’ARWU est très mal adapté.
Mais ce n’est pas tout, un autre élément intervient, c’est l’interprétation qu’on leur donne. La presse présente généralement les choses de façon trop simple et il faut la comprendre: on lui sert un classement pré-mâché en lui laissant penser qu’il s’agit d’un travail scientifique rigoureux, objectif et incontestable (surtout s’il provient d’une université). C’est pourquoi le démontage qui précède est nécessaire.
Le très grand défaut d’un classement est qu’il laisse croire que le 50ème est ‘meilleur’ que le 51ème, ce qui est tout-à-fait contestable.

Dans le cas de l’ARWU 2013, le classement par blocs de 100 au delà de la 100ème place laisse penser qu’il existe des ex æquo. La manchette du Soir vendredi était éclairante à cet égard: « L’ULB désormais ex æquo avec l’UCL« . La journaliste les a vues toutes deux à la 101ème place, donc ex æquo entre elles et avec la KUL, confusion qu’on retrouve dans la video du Soir. En fait, personne ne sait si l’une n’est pas 101ème et l’autre 200ème…! Interprétation extrême, mais possible. De même, personne ne peut savoir si ce qui est considéré comme une stagnation de l’ULg en 201ème position n’est pas un progrès de la 300ème à la 201ème, ou peut-être l’inverse, une chute au sein du ‘peloton’ 201-300.
En fait, et toujours si on valide l’idée-même de classement, le fait de procéder par ‘paquets’ de 100 est, en soi, une assez bonne idée qui sera d’ailleurs, sous une autre forme, reprise par l’opérateur privé QS dans sa nouvelle formule annoncée: « QS Star« . Celle-ci accordera de 1 à 5 étoiles aux universités, une initiative intéressante, mais évidemment affublée des travers tant de principe que méthodologiques qui affectent les autres classements désormais ‘traditionnels’. Les ‘paquets’ permettent de neutraliser la tentation de donner une signification à des écarts infimes, bien plus ténus que ce que permet la méthode utilisée. Malheureusement, cet effet ne disparaît pas et est, au contraire, plus marqué aux limites entre les ‘paquets’. L’écart entre le 201ème et le 301ème n’est peut-être que de 1.

Le classement par pays.

Par ailleurs, prendre un vaste classement international de 500 universités et en extraire les belges pour en faire un ‘classement belge’ est tentant, mais méthodologiquement très discutable.
Un classement plus ciblé est aussi proposé par discipline. L’écueil de la diversité des matières est estompé dans ce cas, mais le reste des critiques continue à s’appliquer.

Des interprétations elliptiques.

Les conclusions des classements — parfois expéditives ou même erronées — que tire la presse internationale aggravent encore la situation. Elles donnent du crédit à la démarche et poussent les universités à réagir. On peut considérer que c’est une bonne chose et que cela sort les universités d’une autosatisfaction tranquille dans laquelle on les accuse parfois de se complaire. Personnellement, je suis en faveur des processus d’évaluation et il me semble normal que les universités s’y soumettent. Elles ne doivent cependant pas tomber dans le piège du prêt-à-penser et tenter, pour grimper dans les classements, d’améliorer des critères qui ne correspondent pas aux valeurs qu’elles se sont données. Le risque d’uniformisation selon les standards de valeur américains est évident et nous menace directement.

Un non-événement

Si l’on examine les dix derniers résultats du classement ERWU (2004-2013), on constate une grande stabilité:
• l’ULg a toujours été classée entre 201 et 300;
• l’UCL a toujours été classée entre 101 et 150;
• l’ULB a toujours été classée entre 101 et 150, sauf en 2012 (150-200);
• la KUL a toujours été classée entre 101 et 150;
• l’UGent a toujours été classée entre 101 et 150, sauf en 2004 (100è) et depuis 2010 (90è, 89è, 89è, 85è);
• l’UA a toujours été classée entre 201 et 300;
• la VUB a toujours été classée entre 301 et 400, sauf en 2005 et 2010-12 (401-500).
Par conséquent, hormis la croissance de l’UGent, les fluctuations de la VUB et un petit écart de l’ULB l’an dernier, en dix ans, rien de nouveau sous le soleil de Shanghai…!

5. Conclusion

Chaque institution doit se définir, en connaissance de cause, en vertu de ses points forts mais aussi des points faibles qu’elle doit déterminer objectivement. Elle doit se définir en fonction des caractéristiques qu’elle possède et celles qu’elle voudrait acquérir ou améliorer. Elle doit communiquer sur ces objectifs et éviter de laisser faire ce travail par un organisme extérieur insensible à la diversité culturelle qui reste essentielle dans le monde universitaire.

« Page précédentePage suivante »