mars 2006


Le Roi a pris l’habitude d’emmener avec lui les recteurs des « grandes » universités lors de ses visites d’Etat.
L’expérience en Chine l’an dernier avait eu un retentissement et des conséquences considérables. La création de l’Institut Confucius de la Communauté française à Liège en avait été fortement accélérée : l’Institut est aujourd’hui installé et dispense déjà ses cours depuis près de deux mois à 34 étudiants! Septante préinscriptions ont déjà été enregistrées pour l’année académique prochaine.

Cette semaine, ce furent Vilnius et la Lituanie qui virent débarquer l’escorte royale et sa représentation académique, pour un échange d’idées fructueux entre recteurs belges et lituaniens. Fructueux car les parallèles sont nombreux entre nos pays sur divers plans : plusieurs langues, des hautes écoles, pléthore d’universités complètes ou spécialisées, etc. La confrontation des expériences respectives fut très enrichissante et le contact devra être maintenu activement. L’accueil également, fut très chaleureux et très ouvert.

Le Vice-Recteur Albert Corhay, a pour sa part accompagné une mission du Prince Philippe en Afrique du Sud et signé des accords avec l’Université du Kwazulu-Natal.

Mais au delà de tout cela, ce qui me paraît le plus remarquable, c’est cette évolution des esprits, qui amène aujourd’hui le Palais à considérer que, pour un pays comme le nôtre, aux côtés des industriels qui accompagnent généralement les missions royales ou princières, un des fleurons dont l’image est exportable, ce sont ses universités. Cette idée-là, à elle-seule, est révélatrice d’un temps nouveau, ce temps-là même où l’on admet que l’Université joue un rôle prépondérant dans le redressement économique régional et constitue une valeur que le pays peut être fier de présenter aux étrangers. Evolution considérable, lorsqu’on réfléchit bien.

Espérons que ce soit là un signe avant-coureur d’une évolution des mentalités qui fera qu’un jour, les gouvernements comprendront qu’une valeur sûre et représentative de la grandeur d’une nation doit s’entretenir, donc se financer décemment. Tout bon fleuriste sait que s’il veut être fier d’exposer et vendre ses fleurs, il doit avant tout les arroser.

« Monsieur le Recteur,

Nous avons eu hier une manifestation facultaire à Colonster et tous les participants, anciens enseignants, anciens étudiants et membres actuels ont été évidemment « traumatisés » par l’abattage des arbres…
Je sais que sur votre blog, vous nous demandez de faire confiance aux professionnels.
Je me permets toutefois de vous écrire, au nom d’un grand nombre des participants, pour vous demander si on ne pourrait pas avoir une réponse plus circonstanciée de ces professionnels.
Je crois que ce serait de nature à nous réconforter.
En vous remerciant de l’attention que vous porterez à la présente, je vous prie d’agréer, monsieur le Recteur, l’expression de mes sentiments respectueux.

France Schyns »

Voici. Pour ceux qui demandent plus d’informations sur l’abattage de la drève des érables de Colonster.

http://www.ulg.ac.be/ari/news/drevedeserables.html

Au cas où vous ne pourriez accéder à cette référence, qui est sur l’intranet de l’ULg, en voici le texte:

« Restauration de la drève des Erables à Colonster
Constatant la dégradation de l’état sanitaire et une extension de la mortalité des érables bordant l’accès au château de Colonster, l’université a introduit une demande de permis d’urbanisme en vue de remplacer cette drève. Les modalités d’intervention, définies en collaboration avec la Direction des Espaces Verts de la Région wallonne, prévoient une première phase comprenant l’abattage de 38 des 85 arbres et la plantation d’érables planes sur les tronçons les plus dégradés. Ceux-ci ont été déterminés de façon à limiter l’impact paysager en conservant des sections les plus franches et les plus homogènes possibles.

La seconde phase, destinée au renouvellement d’ensemble, est programmée à une échéance de 10 ans minimum. La gestion des nouvelles plantations comprend également la suppression d’un arbre sur deux après 20 ans de manière à réduire la concurrence entre sujets et permettre un meilleur développement.

Parallèlement, l’université a également obtenu un permis d’urbanisme en vue du remplacement progressif des cerisiers du Japon plantés en 1970 dans le parking du château. Le développement de plusieurs pathologies a entraîné un dépérissement des cimes et une pourriture des troncs nécessitant ces travaux.

Ailleurs dans le domaine universitaire, des abattages d’arbres sont également réalisés dans le cadre de la gestion forestière. Il s’agit d’une part de coupes d’éclaircie ou de régénération, prévues dans le « plan d’aménagement des espaces verts du domaine universitaire du Sart Tilman » et destinées au maintien des forêts typiques du site, dominées par des espèces héliophiles (chênes, bouleaux, trembles,…). Cette zone boisée en gestion dirigée coexiste avec 220 ha de forêts classés en réserve naturelle intégrale, où la végétation est laissée à son évolution spontanée ce qui conduit au développement progressif de peuplements d’espèces dites sciaphiles (chênes, érable sycomore,…). Des travaux de sécurité sont réalisés d’autre part le long des lisières forestières, en bordure de voirie, de bâtiment, de voie ferrée, … Ils suivent un plan de gestion particulier qui prévoit, selon les situations, soit le maintien d’une végétation ligneuse jeune ou buissonnante, par recépage régulier, soit des coupes sélectives éliminant les arbres potentiellement dangereux (sujets séniles, tarés, présentant des fourches aigues avec inclusion d’écorce,…). L’ensemble de ces travaux respecte l’affectation forestière des terrains et ne comporte donc aucun déboisement. »

Discours prononcé lors du colloque « La coopération universitaire avec le sud. Pour quoi faire ? » qui s’est tenu à la salle académique de l’ULg le 14 mars 2006.

Pour quoi faire ?

Face aux risques de la mondialisation, de la dominance d’un marché mondial, qui profite aux pays du nord et marginalise les pays du Sud, dont la compétitivité est moindre, il est clair aujourd’hui que l’ordre économique doit se baser sur une plus grande équité et sur une véritable démocratie économique mondiale.

Consciente de la nécessité de sa participation, même modeste, à ce processus, notre Université tient à mettre l’accent sur sa coopération nord-sud.
Les étudiants venus du sud qui repartent après avoir acquis chez nous une formation de qualité qui leur donne accès dans leur pays à des postes convoités. C’est ainsi qu’ils deviennent chez eux et partout dans le monde d’excellents ambassadeurs de l’ULg.
Par ailleurs, ces échanges exposent nos étudiants belges aux cultures étrangères, leur donnent le sens de l’accueil.
Toute université moderne, bien dans son siècle, se doit de contribuer au développement durable.

Pour un partenariat contractuel

Notre vision des relations nord-sud implique l’établissement de contrats dont les objectifs sont clairs et bien définis. Il s’agit en effet de tirer les leçons d’une utilisation inefficace, voire un détournement systématique de l’aide, notamment financière, des pays du nord à ceux du sud. Le contrat est un véritable outil d’appui au développement de régions vulnérables. L’évolution des relations universitaires nord-sud est aujourd’hui telle qu’au lieu d’une aide à proprement parler, nous devons cherche à procurer un accompagnement aux régions en difficulté. C’est pourquoi nous devons envisager le processus de développement au cas par cas et faire participer activement les population à ce processus.

Pour une décentralisation de l’aide

Nous ne pouvons établir de coopération utile et durable que si l’intervention de l’état, dans le pays où nous intervenons, demeure discrète. Elle est, bien sûr, nécessaire mais elle ne doit pas être omniprésente ni directive. Le domaine d’intervention de l’Etat doit rester limité et permettre l’émergence d’initiatives locales. La participation de la population, voire même son implication, reste une condition essentielle d’un développement harmonieux. Il faut donc décentraliser la coopération. Mais pour que notre aide soit efficace, la démocratie doit être en place dans les pays concernés. Il est indispensable que les populations locales puissent s’adapter aux situations nouvelles, tant en milieu urbain que dans les zones rurales, afin de permettre leur auto-développement.

Pour un respect des traditions socio-culturelles

Notre attitude face aux pays du sud en termes de coopération institutionnelle doit donc rester essentiellement variable et adaptée à chaque situation.
Nous devons chercher une harmonie entre la modernité, au sens où nous, pays du nord, l’entendons, et les traditions, pilier de la culture dans le sud, en gérant au mieux le choc des cultures que cela engendre.
Il faut également réintégrer dans la pratique du développement et de la coopération les dimensions non marchandes, c’est-à-dire sociales et culturelles. L’économie est essentiellement informelle dans le sud, où l’on observe des formes spécifiques d’échange basées sur la solidarité. C’est cette économie-là que nous devons privilégier avant tout. Il est essentiel que nous observions attentivement comment les populations développent de nouveaux réseaux, de nouvelles pratiques, à l’échelle locale, pour se financer, telles que des caisses de solidarité, des coopératives d’épargne, etc.). Notre action doit viser à resserrer les liens entre les paysans au savoir-faire ancestral et les chercheurs, experts en techniques innovatrices.

En clair, notre objectif doit rester celui du développement local. Il ne doit pas viser à identifier les obstacles au développement, ni à tenter de les lever. Il doit nous interpeller quant aux voies de l’émergence et au renforcement des initiatives lancées par les populations elles-mêmes. Nous nous devons d’intégrer les dimensions sociales à nos projets d’aide dans les pays du sud.

Pour une coopération coopérative

Mais il est bien certain que nous ne pouvons, en tant qu’université soucieuse de son action dans le sud, nous attaquer à tous les problèmes dans toutes les régions. Nous devons avoir une stratégie ciblée. En outre, nous ne pouvons qu’occasionnellement arriver seuls à des résultats probants. Une approche en réseau de la coopération me semble devoir émerger de plus en plus.
Dans ce contexte, un exemple intéressant est celui que nous vivons aujourd’hui dans notre effort d’aide au redressement de l’Université de Lubumbashi en République Démocratique du Congo. Nous avons entrepris une action synergique avec nos partenaires de l’Université du Kwazulu Natal, en Afrique du Sud, avec lesquels nous avons un accord formel de collaboration depuis près de deux ans. C’est ensemble que nous allons nous préoccuper des actions à mener à Lubumbashi, dans le cadre d’une convention que le vice-recteur Albert Corhay a signée la semaine dernière à Durban lors d’une mission à laquelle participait également notre conseiller aux relations internationales, le professeur Jean Marchal.
Ainsi apparaît donc ce concept de la coopération en réseau, une coopération conjointe, synergique et complémentaire.

Pour une motivation de chacun

Si nous plaçons la coopération avec le sud parmi nos priorités stratégiques institutionnelles, nous devons trouver les incitant qui encourageront nos collègues à s’impliquer plus encore dans cette voie. En effet, malgré une action précoce de l’ULg (le CEDEV fut créé en 1964 et est devenu depuis le CECODEL) soutenue aujourd’hui par l’existence active d’une ONG qui nous est propre, il nous reste à combler un retard par rapport à bien des institutions voisines. Et je pense que ce retard s’est accumulé en raison du fait que nos collègues n’ont plus ressenti, depuis longtemps, les initiatives en faveur d’une coopération nord-sud, comme une réelle volonté institutionnelle.

Pour restaurer cet esprit, il nous faut donner un signal fort. Tout d’abord un encouragement officiel des autorités de l’ULg, afin de donner une plus grande légitimité à cette activité dans l’Institution. Mais cela ne suffit pas. Il faut proposer également des incitants concrets, tels que la prise en compte des activités de coopération de manière claire dans les curricula vitæ en vue de nominations ou de promotions. Je vais faire une proposition en ce sens dans une version révisée des CV-types que nous demandons à chacun de rédiger.
Il faut également veiller çà ce que des moyens soient dégagés pour encourager ces activités, aux côtés des aides à la recherche et à l’enseignement au sein de l’ULg.

Pour une formation réaliste, contemporaine, ouverte et généreuse

Ces initiatives nouvelles contribueront à augmenter l’aura de notre université dans le monde. Elles, apporteront à nos étudiants des contacts inestimables, permettront de créer un réseau international d’anciens et feront comprendre que nous ne pouvons évoluer sur notre petit bout de planète privilégié et à l’abri de tout, qu’il est temps de relativiser nos problèmes et nos questionnements, et d’apprendre enfin à nos étudiants à vivre dans et avec le vrai monde tel qu’il est.

En entrant dans la magnifique allée conduisant au Château de Colonster, on ne peut être aujourd’hui que bouleversé par l’affligeant spectacle des ces arbres majestueux abattus en masse.
Malades, sans doute. Dangereux, peut-être, allez savoir.

Soyez gentils, ne me demandez plus pourquoi j’ai ordonné ce massacre ! C’est la décision de professionnels qui ont mesuré tous les tenants et aboutissants de cette opération. Faisons-leur confiance.

Mais quoi qu’il en soit, quelle tristesse…

Après la Rentrée académique, la séance de remise des insignes de Docteur honoris causa est « l’autre » grand événement solennel de l’année universitaire.
Traditionnellement, cette cérémonie est strictement consacrée à la célébration de l’excellence. Elle constitue, plus que toute autre occasion, un hommage à toutes les valeurs que revendique le monde universitaire.

Paradoxalement, la grandeur de cette symbolique est généralement mieux comprise en dehors de l’université qu’à l’intérieur. Force est de constater que, pour éviter que cette fête de l’esprit se déroule devant un auditoire clairsemé, on a été amené ces dernières années, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres institutions, à s’assurer de l’intérêt du public et de la presse, mais aussi des universitaires eux-mêmes, par la présence, parmi les lauréats, de vedettes des media : des scientifiques largement vulgarisés ou vulgarisateurs eux-mêmes, des personnalités politiques belges ou étrangères, des stars du monde économique ou de grandes figures humanitaires. Sans diminuer les mérites de ces « faire-valoir », on ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont là pour l’impact médiatique de la cérémonie et que leur présence obscurcit la gloire qu’on réserve aux autres personnalités moins populaires ou même peu connues, mais de grand mérite.
Or ce sont celles-ci qu’il importe de glorifier lors de la séance de remise des insignes de docteur honoris causa, en ce qu’elles représentent très exactement l’idéal universitaire. C’est à leur parcours et leurs accomplissements qu’il faut consacrer du temps. Les honorer nous honore, mais permet aussi de faire comprendre clairement au monde qui nous entoure, comme à nous-mêmes, à quoi sert l’Université, son enseignement, sa recherche, par une description attentive de modèles à suivre.

C’est aussi le moment de l’accueil, par l’Institution, de nouveaux membres de sa communauté académique, faits, sur proposition des Facultés et élection par le Conseil académique, docteurs de notre université. Ces nouveaux membres, d’où qu’ils viennent, doivent être reçus avec les fastes dus à leur distinction et retourner chez eux avec un sentiment d’appartenance à l’ULg dont ils deviendront de prestigieux ambassadeurs par les seuls commentaires qu’ils feront sur nous à l’avenir.

Souvent, on me parle d’un certain égarement des objectifs universitaires, du souci de plaire aux media et d’y paraître, de la perte du sens de l’excellence au bénéfice de la facilité, du superficiel, de la dérive populiste et de tous les amalgames. Bien des collègues me disent qu’aujourd’hui — mais est-ce bien neuf ? — la qualité scientifique n’est plus connue de personne et, partant, n’est plus reconnue à sa juste valeur, et que la notoriété ne se gagne que par des coups de bluff et des effets d’annonces, bien éloignés de la vraie qualité de fond.

J’espère que ceux-là même qui prononcent ces critiques trouveront ici une manifestation plus conforme à leur vision: la célébration la plus pure des idéaux universitaires.