Enseignement/Formation


Le Soir, La Libre, La Dernière Heure, Le Monde, Libération, Le Figaro, BFMTV, L’Alsace, Le Point, 20Minutes.ch (Suisse), L’Express, TF1, Actu.orange.fr, Het Laatste Nieuws, etc.

L’avalanche des titres de presse qui ont suivi ma déclaration ferme après l’accident de « baptème » estudiantin dimanche dernier m’amène à préciser quelques points.

Tout d’abord, il convient de remarquer qu’il ne s’agissait pas d’une activité encadrée par un « comité de baptême », comme le précise bien la SGEV dans un communiqué. Par ailleurs, précisons d’emblée qu’après avoir passé la semaine à l’hôpital où ses parents, venus de Saint-Etienne, l’ont rejointe, la jeune fille se porte bien.

1. La réaction coup de poing. La colère que j’ai manifestée dans la presse a pu laisser penser que je voulais prendre immédiatement des mesures extrêmement graves (exclusion) à l’égard des responsables et que j’allais convoquer un Conseil d’administration spécial pour procéder à une condamnation sommaire. Il n’en est rien. En fait, je voulais dire qu’à l’occasion d’un Conseil d’administration exceptionnel, convoqué pour régler des questions budgétaires, j’en profiterais pour ajouter un point de communication, que j’y relaterais les faits et que je demanderais au C.A. d’accepter le principe de l’utilisation d’une procédure qui peut, à l’extrême, conduire à une exclusion définitive. Seul le C.A. est habilité à prendre une telle décision. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures.

2. Le respect des lois. Il va de soi que cette procédure, bien codifiée, prévoit la garantie des droits de la défense et qu’elle ne pourrait être envisagée que si la Justice déterminait des coupables et leur niveau de culpabilité. L’Université n’a aucune compétence pour juger ce que font ses étudiants en dehors de ses murs ou de ses propriétés. Les évènements se sont produits en dehors du périmètre de l’Institution.

3. L’âge de raison. Les étudiants universitaires sont pratiquement tous majeurs et je n’ai d’autorité sur eux que dans un cadre (activités, environnement) bien précis. Il ne m’appartient donc pas de vérifier ni de faire vérifier où ils sont ni ce qu’ils font.

4. Bizutage, baptême, folklore. Un petit lexique. Nombreux sont ceux qui m’exhortent à sévir, non seulement en punissant immédiatement les coupables (ce que je ne peux pas faire puisque je ne connais pas les coupables, la Justice s’en occupe, on verra ensuite) mais en bannissant toutes les activités de baptême à l’Université. Il convient de distinguer différentes formes:
- le « bizutage » que les français ont légalement mis hors-la-loi et que je souhaite vraiment faire disparaître. Il s’agit de brimades, humiliations et épreuves physiques relavant de la beuverie. Si le principe de l’épreuve, lié aux rites initiatiques, présente un intérêt, il peut se traduire de manière plus respectueuse de chacun. Les frères d’armes, c’est un peu dépassé. L’épreuve peut trouver tout son sens dans une version plus symbolique. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures.
- le « baptême » à la belge peut faire l’objet d’une large gamme de variantes, il n’est pas le même dans toutes les facultés ni dans toutes les universités. Les vétérinaires ont donné à leur baptême, depuis plus de 150 ans, une réputation terrifiante et ils l’entretiennent soigneusement, notamment en autorisant le ‘bizutage’. Aujourd’hui, ils ont considérablement évolué et fixé (ils le rappellent dans leur communiqué) des règles qui, officiellement, le réprouvent. Ils avaient également l’habitude de pratiquer une ségrégation très dure, parfois physiquement, mais surtout psychologiquement, de la part des baptisés sur les « chroniques » (référence à la permanence de la maladie qui consiste à ne pas être baptisé!). Dans le passé, ces comportements étaient exercés par les étudiants mais également par les professeurs. Ceci est rigoureusement interdit aujourd’hui. Le corps professoral a bien évolué et je n’ai plus reçu de plainte ou dénonciation directe, je n’ai donc pas besoin de faire usage du Conseil de Discipline. Néanmoins, des témoignages récents indiquent que le feu couve dans la population étudiante et qu’il s’agit de rester vigilant. Une moitié seulement des étudiants est baptisée aujourd’hui alors qu’ils étaient 95% naguère.
- Le folklore estudiantin est encore plus large. Il incluait le bizutage (mais plus depuis un certain temps) et les baptêmes. Très attaché à ces derniers, il comprend également de nombreuses autres activités qui contribuent à entretenir un esprit d’appartenance et qui comprennent les grandes manifestations comme, à Liège, la Saint-Nicolas et la Saint-Torè, leurs cortèges, soirées et… libations).

Les accidents de ‘bizutage’ sont inacceptables et cela d’autant plus que le ‘bizutage’ lui-même est proscrit. C’est ce que la presse a rapporté en me faisant dire que les baptèmes étaient interdits à l’Université. Les bizutages le sont. Les baptèmes doivent être cadrés et encadrés. Il doivent respecter un nombre important de règles et de contraintes, dont celle qui permet au « bleu » de demander d’arrêter à tout moment et d’être obéi. A ce stade, il (elle) ne peut être soumis à une pression morale le poussant à continuer contre son gré sous prétexte de discrimination ultérieure, et aucune ségrégation ne pourra être exercée sur lui (elle) par la suite. Une charte des baptêmes, signée par tous les comités de baptêmes, est d’application à l’ULg et elle doit justement être réexaminée dans quelques jours.

5. Discrimination. Aucune ségrégation n’est autorisée à l’Université. Par conséquent, aucune sanction, punition, ni physique ni morale ne peut être exercée par un groupe sur un autre. En particulier, aucune activité officielle, stage, voyage d’études, visite extérieure, aucun accès aux notes de cours et autres documents officiels, aucun accès aux bâtiments, salles, équipements, activités universitaires ne peut être entravé pour qui que ce soit s’il est régulièrement inscrit comme étudiant à l’Université, dans le cadre prévu de sa filière d’études. Dans ce cadre, je souhaite que le C.A. prenne des mesures et punisse sévèrement les contrevenants.

6. Liberté individuelle. En dehors de ces règles élémentaires qui relèvent plus des droits fondamentaux et de l’égalité des chances que d’un règlement interne particulier, les activités liées aux baptêmes sont autorisées (sauf les démonstrations intempestives dans les locaux universitaires) ainsi que la participation aux activités folkloriques. Comme déjà mentionné, les étudiants sont adultes et il ne m’appartient pas de contrôler leur vie privée.

7. Les assuétudes. L’Université déploie un programme important pour combattre les assuétudes en général et l’alcoolisme en particulier. Elle est donc face à une contradiction lorsqu’elle autorise la consommation d’alcool sur sa propriété, lors de manifestations, etc. Elle est totalement opposée à la consommation abusive d’alcool et se voit contrainte de prendre des mesures pour éviter ces abus. Il va de soi que les soirées « folkloriques » sont en totale contravention avec cet engagement et que, soit elle sont régulées et contrôlées par leurs organisateurs de façon responsable, soit elles n’ont pas lieu sur les campus. Pour situer la difficulté que je rencontre, il faut savoir que de nombreux parents ou observateurs me reprochent dans un courrier nourri de rejeter ces beuveries à l’extérieur, où elles échappent à tout contrôle. Je dois bien leur répondre que je ne puis tout contrôler à l’intérieur non plus (je n’ai pas de moyens pour engager des surveillants le soir pour les « guindailles » et je ne peux en prendre la responsabilité sans en avoir le contrôle) et que je ne peux empêcher aucune organisation de quoi que ce soit en dehors de l’Université.

8. Il n’y a pas de risque zéro. On ne peut tout interdire sous prétexte qu’il y a un risque. On ne ferait rien. La vie à l’Université est aussi le lieu et le moment de l’apprentissage de la vraie vie avec ses dangers et ses défis.

Voilà qui devrait éclaircir quelque peu la confusion des situations et des avis, tout en indiquant les paradoxes auxquels je suis personnellement confronté.

Je reçois des dizaines de lettres et de messages électroniques m’accusant de vouloir tuer le folklore, d’en finir avec les baptêmes. Certains sont intelligemment développés, d’autres sont franchement intellectuellement déficients, certains sont simplement injurieux.
Je reçois des centaines de lettres et de messages électroniques me reprochant mon laxisme et m’accusant d’encourager les pires dépravations, et des messages d’incompréhension des raisons pour lesquelles je n’interdis pas simplement « tout ça ». Et ceci surtout dans les moments de crise, généralement lorsqu’un accident vient de se produire. Plusieurs décès émaillent mon parcours de recteur, tous dans des circonstances sur lesquelles je n’ai pas le moindre contrôle ni même le droit d’en avoir. Et cependant aucun d’entre eux ne s’efface de mon souvenir. Dans chaque cas, j’ai ressenti un profond sentiment de colère, de frustration et de tristesse, mais aussi d’impuissance. Cette fois-ci, le dénouement est heureux et c’est très bien ainsi. Mais on a quand même frôlé la catastrophe.

J’ai rédigé ceci non pas pour me justifier de quoi que ce soit, mais pour pouvoir envoyer une information structurée à ces correspondants ou interpellants qui doivent pouvoir comprendre mes limitations et parce qu’une explication claire me semblait indispensable. L’explication a le mérite d’exister. J’espère qu’elle est claire.

*: le sujet est grave, il lui fallait un clin d’oeil… J’espère qu’on me pardonnera le jeu de mots du titre !

Visiblement, et contrairement aux prédictions de la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), le test (obligatoire mais non contraignant) avant l’entrée au 1er Bac Médecine n’a découragé personne: il y a plus de candidats déclarés aux 2 sessions que d’inscrits l’an dernier.

En juillet, il y avait 1.065 inscrits dont 976 ont passé le test.
56 candidats inscrits en juillet se sont réinscrits (information datant d’avant la prolongation d’une semaine), vraisemblablement pour voir s’ils pouvaient améliorer leur résultat en 2 mois.
2.008 candidats se sont donc inscrits pour la première fois en 2ème session.

2.984 étudiants (maximum) pourraient s’inscrire pour la première fois en Médecine en FWB en 2013-14 (Les ‘répétants ‘ou bisseurs’ ne sont pas repris ici, vu qu’ils ne doivent pas présenter le test), contre deux mille environ en 2012. Ce nombre pourrait neanmoins être quelque peu plus bas si tous les inscrits ne présentent pas et si certains, au vu de leur résultat, décident de mieux se préparer ou de se réorienter.

Il n’en reste pas moins vrai que ce système ne tient guère compte des étudiants qui, en dernière année du secondaire, doivent présenter une seconde session, certaines écoles n’ayant terminé ces examens qu’assez tard en août. Hormis cette difficulté, qui valait surtout si la date limite d’inscription au test était le 23 août (elle a finalement été reportée au 30 août) le test ne semble pas du tout altérer l’enthousiasme et les vocations, loin de là, comme les nombres l’indiquent.

Je partage néanmoins l’avis de la FEF sur un point: il vaudrait mieux donner aux universités les moyens d’accueillir avec plus d’efficacité et un meilleur encadrement tous les étudiants qui désirent faire des études médicales en vue d’exercer un métier pour lequel on prévoit une pénurie. Les restrictions budgétaires qui frappent le secteur public, même si elles ont été atténuées le plus possible pour l’enseignement, font très mal à une époque où la formation est considérée comme la planche de salut de la « crise »…

Ce 3 juillet 2013, pour la première fois, un test d’orientation en médecine a été mis en place dans les cinq universités de la Communauté française qui organisent des études en médecine.

Le test était obligatoire mais non contraignant. Autrement dit, il faut l’avoir présenté pour pouvoir s’inscrire, mais il ne faut pas l’avoir réussi.

On comprendra donc aisément qu’il s’agit bien d’un test que le futur étudiant peut effectuer pour vérifier ses connaissances préalables et sa capacité d’en faire usage. Il ne s’agit ainsi nullement d’un examen et encore moins d’un concours, comme cela se pratique à l’entrée en médecine dans la plupart des autres pays. L’enjeu est donc bien et seulement l’inscription en première année de médecine pour laquelle avoir présenté le test est obligatoire. Un deuxième test sera organisé le 2 septembre (inscriptions jusqu’au 23 août à 23h59) pour ceux qui n’ont pas présenté le premier. Il sera aussi immensément utile pour ceux qui ont échoué lors du premier et qui auront consacré une partie au moins de leur été à tenter de se mettre à niveau. Pour ceux-là, le test de septembre sera très informatif quant à leur capacité de progresser.

1065 candidats se sont inscrits et 92% d’entre eux sont effectivement venus. Dans chacune des universités où le test était pratiqué, on a pu constater un réel engagement des candidats qui ont pris cela très sérieusement et avec application. Les « touristes » dont certains annonçaient déjà la présence insouciante ne se sont pas montrés.

Certes, un millier de candidats représente assez peu par rapport au nombre total d’inscrits en 1ère médecine les années précédentes. On doit s’attendre à un afflux plus important au test de septembre, à moins qu’on ne constate un effet dissuasif. Ce n’était pas l’intention, mais si c’est le cas, on pourra se rassurer en mesurant ainsi le faible degré de motivation de ceux qui auront renoncé face à un test sans réelle conséquence.

Le taux global de réussite (>10/20) est de 21%. On ne manquera sûrement pas de crier à l’hécatombe mais il faut savoir que ce taux correspond au taux de réussite des examens réalisés à la fin du premier quadrimestre de 1ère médecine.

Contrairement à ce que d’aucuns prédisaient, la maîtrise du français n’est pas mauvaise (14,6/20 en moyenne) dans cette première cohorte. L’anglais laisse plus à désirer (7,7/20) et, tout particulièrement, la physique s’avère catastrophique (3,9/20). Moins gravissime mais très insuffisant quand même, en moyenne, la biologie (6,6/20). la chimie est à 8,5, les mathématiques à 8,7, ce qui amène la moyenne générale du test à 7,8/20.

C’est donc vers la physique et la biologie qu’il faut se tourner en premier lieu pour réduire les lacunes et combler l’immense fossé entre secondaire et supérieur.

Chaque candidat(e) ayant présenté le test a reçu par mail le détail des points qu’il (elle) a obtenus.

Les résultats du test pourront, dans un an, être comparés aux résultats du Bac1, ce qui apportera des éléments utiles pour l’ajustement du test lui-même et instructifs quant à sa valeur prédictive.

L’attitude des candidats, certes observée superficiellement, laisse penser qu’ils auront à cœur de l’utiliser comme un outil pédagogique de plus à leur disposition. C’est dans cette optique que, sous l’égide du CIUF, de nombreuses personnes se sont fortement impliquées dans la mise sur pied de ce test, que ce soit pour assurer sa validité et sa « relevance », son traitement informatique, son unicité pour l’ensemble des institutions, etc. Une belle et considérable performance dont il fait féliciter tous les acteurs et un effort général à ajouter aux très nombreux autres consentis en faveur de la lutte contre l’échec.

Renseignements : http://www.facmed.ulg.ac.be/cms/c_338212/fr/le-test-d-orientation

C’est avec joie que nous apprenons que le Gouvernement fédéral, lors de son bouclage budgétaire final, a finalement décidé d’octroyer à la Coopération Universitaire au Développement (CUD) le financement qu’il avait gardé en suspens.

Nos interlocuteurs au plus haut niveau s’étaient montrés réservés, voire pessimistes, quant à cette éventualité d’octroyer aux universités le tiers manquant, ce qui avait amené la DGD à suspendre les bourses accordées aux ressortissants des pays du Sud (pour pouvoir suivre les cours internationaux spécialisés) et jeté l’émoi auprès des acteurs de la coopération.

Bonne nouvelle donc, et merci aux autorités fédérales pour cette sage décision.

Comme on pouvait le craindre depuis quelques mois, le Gouvernement fédéral a décidé de n’allouer à la Coopération Universitaire au Développement que deux tiers de l’allocation qui lui était due. En effet, les montants attendus concernent les dépenses réalisées en 2011 en toute bonne foi sur base de l’engagement gouvernemental.

Dans ce cadre, nous avons travaillé sur plusieurs scénarios pour déterminer l’affectation la plus adéquate et la plus efficace des 67% du budget sur les différents programmes gérés par le CIUF-CUD. Chacun de ces différents scénarios prévoyait la mise en œuvre d’une cohorte de boursiers 2013-2014 dans le cadre des cours internationaux.

Malheureusement, dans ces circonstances budgétaires inquiétantes, la DGD a décidé de ne pas autoriser, au sein des 67% de budget alloué, l’attribution de bourses de cours internationaux 2013-2014 car cela entraînerait de facto des dépenses sur 2014.

Les candidats sélectionnés et de réserve ont été immédiatement avertis de l’annulation du programme de bourses 2013-2014.

On comprendra combien cette décision est d’un effet désastreux pour nos relations avec les universités avec lesquelles nos institutions coopèrent activement, parfois depuis des décennies…

Les universités sont ainsi placées devant le fait accompli. Sans l’aide de ces bourses, elles ne pourront accueillir les étudiants qui en auraient bénéficié, mais en outre, comme ceux-ci sont largement majoritaires dans ces programmes, nous devons déterminer dans l’urgence ceux qui ne seront pas organisés dès l’année académique prochaine. Un désastre.

Et comme rappelé plus haut, la réduction d’un tiers de la subvention fédérale promise à la coopération universitaire au développement est une décision unilatérale qui prive les universités d’un tiers des investissements financiers qu’elles ont déjà réglé il y a deux ans dans ce cadre, en totale confiance vis-à-vis de la garantie du gouvernement fédéral.

Que celui-ci décide de ne plus subventionner la coopération universitaire au prétexte que ce qui est universitaire relève des Communautés et qu’il s’agit donc d’une compétence qu’il « usurperait » est une chose. Et ça se discute car ce ne sont pas de simples programmes universitaires mais il s’agit une participation des universités à l’effort national de coopération: rien de communautaire là-dedans. Qu’il refuse d’acquitter des dépenses que nous avons engagées avec son accord et avec l’assurance d’un remboursement en est une autre, parfaitement malhonnête.

Mon discours de rentrée.

Discours d’Abdou Diouf, docteur honoris causa de l’ULg 2011.

Le débat actuel (mais pas nouveau) sur les études de Médecine est pollué par une confusion des enjeux et des objectifs. En effet, il y a au moins deux sujets différents qui, parce qu’ils ne sont pas complètement indépendants, induisent la confusion, mais qui doivent, me semble-t’il, être traités séparément, autant que faire se peut.

Le premier est l’accès aux études.
Le second est l’encombrement, réel ou imaginaire, de la profession à l’avenir.

1. L’accès aux études de Médecine

1a. Ouvrir au maximum

Dans un monde idéal, chaque adolescent qui se sent une vocation de médecin devrait pouvoir tenter sa chance et se voir ouvrir les portes des études de Médecine. C’est la situation actuelle, depuis l’abandon du numerus clausus. Si le souhait d’accomplir ces études était celui de quelques uns, le monde serait effectivement idéal. Mais en réalité, l’attrait de la médecine est aujourd’hui très grand et on constate qu’en l’absence de toute barrière, les jeunes s’y précipitent en masse. Nous n’envisagerons pas maintenant l’aspect sociétal de cette affluence, nous le réserverons pour le point 2.

Le problème généré par cet engouement se situe au niveau du premier Bac (Bac/1). Le nombre d’étudiants a plus que doublé en 5 ans (pour toute la Communauté Wallonie-Bruxelles, Bac/1 Médecine + Sciences dentaires: on est passé de 1.499 en 2005-6 à 3.338 en 2010-11). Sans parler des énormes difficultés rencontrées pour faire accéder les étudiants à des travaux pratiques utiles, donner cours à près d’un millier d’étudiants dans un auditorium capable de les accueillir est un tour de force pédagogique que personne ne peut prétendre accomplir de manière réellement efficace. Ne parlons pas des retransmissions en vidéo dans des auditoriums voisins et tous les artifices qui fournissent une solution technologique moderne à un enseignement anachronique et dépassé: l’enseignement ex cathedra. A une époque où (presque) tout le monde considère que la seule vraie bonne formation repose largement sur l’auto-formation, l’apprentissage par problèmes ou par projets, le travail en petits groupes, l’autonomie dans la recherche de la documentation, l’expression orale individuelle, les travaux personnels, la relation privilégiée entre encadrant et apprenant etc., nous sommes à la recherche de salles assez vastes pour entreposer des centaines de personnes que l’on va ainsi gaver de science comme on nourrit des poulets en batterie. La méthode est mauvaise, un point c’est tout.

Qu’est-ce qui nous empêche de l’améliorer? Rien, dans l’absolu, on l’a d’ailleurs fait dans le cadre de la réforme des études de Médecine de la dernière décennie. Remarquez qu’on n’a pas pu le faire dès le Bac/1 en raison du trop grand nombre d’étudiants, déjà, alors qu’ils étaient bien moins nombreux. Au passage — mais ce n’est pas ici le propos — notons qu’on va devoir y renoncer en raison de l’afflux prochain d’étudiants dans les années supérieures. Aujourd’hui, plus que jamais, une telle initiative pédagogique est impensable, sauf dans la perspective d’un accroissement substantiel du financement des universités: il faudrait multiplier par 40 ou 50 l’encadrement à y affecter. On parle donc ici d’un financement de plusieurs millions d’euros par an et par université. Un tel financement devrait provenir des caisses de la Communauté Wallonie-Bruxelles que l’on dit fort vides… Nous sommes donc réduits à en rester, pour le Bac/1 (même si nous continuons à réclamer un refinancement), à une méthode d’enseignement « classique », inadaptée aux grands nombres, et à dédoubler les enseignements théoriques (les professeurs donnent deux fois leur cours!).

Ouvrir au maximum l’accès, c’est fort bien, mais il y a une condition implicite: si les encadrants s’y emploient avec dévouement, l’étudiant doit aussi jouer le jeu de son mieux. Pour cela, il doit accepter d’être testé et si nécessaire, d’être orienté vers une formation d’ajustement, ou de décider de changer complètement d’orientation. C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’ensemble, nous arriverons à une solution viable.

1b. Réduire l’affluence

Une réduction du nombre d’étudiants en Bac/1 est-elle contraire au principe de l’egalité des chances? Non. Le pourcentage de réussite du Bac/1 en Médecine est de 30% environ. Les énormes efforts sur le plan pédagogique consentis par les professeurs de Bac/1 ont permis de maintenir ce niveau malgré l’augmentation effarante du nombre d’étudiants. Tous les spécialistes s’accordent à reconnaitre qu’il s’agit là d’une prouesse mais qu’espérer augmenter le pourcentage de réussite est illusoire. Quels que soient les efforts de lutte contre l’échec, force est de constater que 70% des élèves arrivant de l’enseignement secondaire n’ont pas le niveau nécessaire pour réussir après une année complète de formation universitaire.

Peut-être certains pourraient-ils y arriver. Disons 10% supplémentaires, ce qui serait magnifique, mais ceux-là sont relativement fragiles, ils ont besoin de support et ils sont gênés par l’effet de masse qui les prive de l’encadrement adéquat. J’avance évidemment ce chiffre de 10% à l’intuition. Il pourrait être plus important, nul ne le sait… Les 60% restants constituent un poids énorme pour les autres étudiants car ils distraient de ceux-ci les moyens humains et matériels nécessaires. Parmi eux, on trouve divers profils:
• ceux qui présentent tellement de lacunes dans leur formation scientifique qu’il leur est impossible, même avec une aide constante et rapprochée, de les combler au cours de l’année. Indiscutablement, ceux-là doivent pouvoir bénéficier d’une année d’ajustement (qui, techniquement, ne doit pas compter comme doublement, c’est important pour la suite de leur parcours) ou se voir complètement réorientés, selon leur degré de motivation.
• ceux qui sont venus là « en touristes », pour voir, ou parce que leurs parents les y ont poussés, ou victimes d’une totale inconscience par rapport aux exigences requises et le plus souvent mûs par une motivation très insuffisante. Ceux-là doivent être détectés, le diagnostic doit etre validé et ils doivent recevoir des conseils appropriés.

L’essentiel à préserver est que tous ceux qui veulent réellement faire des études de médecine et qui sont capables de faire les efforts nécessaires pour y arriver puissent les faire. S’ils ne sont pas prêts, on doit les y préparer. Que cela demande une année d’ajustement n’est pas grave en soi, si cela leur donne plus d’assurance et plus d’aisance dans la poursuite de leur cursus. En fait, ceci doit être vu comme une réelle opportunité.

2. La pléthore médicale

2a. Lors de l’accès à la profession

Réelle ou imaginaire — le débat n’est pas réglé —, la pléthore médicale menace, du fait que plus d’étudiants font des études de Médecine que ce que la profession ne peut en accueillir. Ce n’est pas le problème des universités, puisque celles-ci sont là pour offrir aux jeunes des études de leur choix et les amener au bout s’ils en sont capables. Personne ne se préoccupe d’ailleurs de savoir si les porteurs d’un diplôme de Psychologie ou de Communication trouvent un travail correspondant à leurs aspirations au sortir de l’Université (personne, c’est évidemment exagéré, nous sommes en réalité nombreux à nous en émouvoir, mais nous n’appliquons pas de malthusianisme dans l’orientation des étudiants, sur base du principe de la liberté absolue de choix). Et la pléthore, dans ces domaines, ne mobilise pas l’opinion publique ni la presse, il faut bien le constater. Pour les médecins, c’est différent. Probablement pour deux raisons: la crainte de voir cette pléthore engendrer une explosion des dépenses de sécurité sociale et la crainte que cette pléthore n’entame le prestige et la rentabilité du métier.

Le numerus clausus, s’il a été aboli en fin de Bac/1 après les événements rocambolesques de l’été 2008, existe toujours bel et bien, mais il se situe après les études, lors de la candidature à l’obtention d’un numéro INAMI, c’est-à-dire lorsque le médecin nouvellement diplômé souhaite devenir prescripteur. Il est évident qu’il existe également d’autres débouchés pour des médecins non-prescripteurs (médecine du travail, médecine d’entreprise, recherche publique ou privée, coopération dans le monde, etc.) mais l’expérience montre que seule une infime minorité choisit ces options. C’est donc en général une grande source de frustration pour ceux qui se voient ainsi barrer l’accès à une profession dont ils ont rêvé durant leurs études, en l’approchant de près.

L’année 2018 sera particulièrement catastrophique, puisqu’elle cumulera les derniers diplômés ayant fait (au moins) sept ans d’études, qui auront commencé (au plus tard) en 2011, et ceux qui auront fait six ans d’études et commencé en 2012. On estime que, si rien ne vient changer la donne, nous aurons plus d’un millier de diplômés cette année-là en Wallonie et à Bruxelles qui se verront refuser le numéro d’INAMI. C’est évidemment explosif.

Mais voilà. J’ai admis que ce n’était pas notre problème. Je me contenterai donc de le mentionner, puisqu’il existe et qu’il entre, qu’on le veuille ou non, en ligne de compte.

2b. Lors des études

Il y a cependant un autre effet de l’affluence considérable vers les études de médecine qu’il nous faut bien examiner. Nos facultés de Médecine ne sont pas prévues pour accueillir de tels nombres. Et si nous faisons bien notre travail, en mettant en place des dispositifs du type année d’ajustement et en déployant une intense activité de lutte pour la réussite, nous allons en améliorer le score. J’ai évoqué plus haut les difficultés que provoque l’affluence au Bac/1. Mais il va de soi que si plus d’étudiants passent en seconde (le nombre a doublé en trois ans) et ensuite dans les années suivantes, nous devrons faire face à un problème nouveau, celui de l’encadrement dans les années supérieures. C’est d’ailleurs, depuis deux ans, déjà le cas. Nous ne sommes pas outillés pour cela, ni en ressources immobilières, ni en ressources humaines compétentes et disponibles, ni en matériel médical, ni en équipements. En outre, le nombre de cas, c’est-à-dire de patients, lorsqu’il s’agira d’en examiner réellement, est un facteur limitant difficilement extensible, sauf à recruter des hôpitaux non universitaires pour cela et on entre alors dans une problématique très complexe que je ne développerai pas ici, mais dont il faut savoir qu’elle n’est pas gérable sans transformations profondes du système hospitalier. Les montants nécessaires pour l’accueil efficace de ces grands nombres d’étudiants et de stagiaires sont exorbitants et nous ne voyons pas d’où un tel financement pourrait venir, dans l’état actuel des choses.

C’est ce dernier aspect qui jette quelque peu la confusion dans les esprits quand on parle d’examen d’entrée. Puisque ce serait bien un examen (même si on considère comme politiquement correct de parler de « test », s’il est contraignant, c’est un examen) et non pas un concours, il n’est nullement question d’une limitation de l’affluence: tout ceux qui en sont capables passent en seconde année et suivantes. Cette perspective induit chez les responsables de la formation complète une appréhension compréhensible: comment va-t’on faire? Et cette inquiétude vient interférer assez naturellement avec la question de savoir comment on sélectionne en première…

Une chose à la fois. Sélectionner à l’entrée permettra de distinguer ceux qui sont prêts (ce qui ne veut pas dire qu’ils réussiront tous!) de ceux qui ne le sont manifestement pas du tout et qui courent à un échec absurde. C’est une opération salutaire pour tous les étudiants, quelle que soit leur catégorie. Limiter le nombre est un autre problème qui n’est, comme je l’ai dit, pas notre affaire, si ce n’est que nous aurons besoin de moyens largement étendus pour donner à tout ce monde une formation adéquate.

Voilà la mise au point que je souhaitais faire. Elle est très longue, mais ce qui fausse la discussion et la pousse dans des culs de sac à chaque fois, c’est la brièveté de l’exposé des tenants et aboutissants, vu les contraintes de concision dans la presse. On procède alors par raccourcis, élisions et/ou omissions et on confond tous les enjeux: ceux de la société, ceux des universités et ceux des étudiants. Seule une prise en considération de l’ensemble de ces enjeux, accompagnée d’une réflexion qui évite de mélanger les problèmes de l’abondance d’étudiants en Bac/1, l’abondance d’étudiants dans les années suivantes et l’abondance de médecins diplômés, permettra d’avancer.

Je crains fort qu’on ait tendance à progresser sans trop se soucier de ces distinctions et que des décisions importantes soient prises au coup par coup, sans vision analytique de la question. C’est ce qu’on pourrait faire de pire.

L’ULg fait partie du Consortium SPEED (Sport d’Excellence et Education) formé avec la Province de Liège ainsi que les Villes de Liège et de Seraing, pour déposer la candidature liégeoise à l’accueil du Centre de formation des Sportifs de Haut Niveau de la Communauté française Wallonie-Bruxelles. Ces quatre acteurs publics régionaux majeurs ont rassemblé leurs meilleures compétences et ressources pour offrir aux futures élites sportives des conditions d’entraînement optimales tout en ne négligeant pas leur formation scolaire de base. C’est exactement l’idée qui sous-tend le cahier des charges de l’appel d’offre communautaire.

Nos Centres Sportifs du Sart Tilman, en plein cœur du domaine universitaire, seront l’épicentre des activités, sans oublier la piscine olympique de Seraing, autre atout de taille.
L’intérêt du projet SPEED repose aussi sur la proximité de tous les services médicaux du CHU de Liège, ainsi que sur les compétences scientifiques reconnues de nos équipes du Département des Sciences de la Motricité dans le suivi du sportif et l’optimalisation des performances sportives.
Le projet SPEED offre également une importante réduction de coûts pour la Communauté française grâce à l’engagement concret de tous les partenaires et à l’utilisation maximale de nombreuses infrastructures déjà existantes.
Les quatre opérateurs publics de SPEED proposent ainsi un projet ambitieux pour la formation des sportifs de haut niveau de Wallonie et de Bruxelles.

Au-delà des qualités intrinsèques du dossier SPEED, nous avons besoin du soutien de la population. Vous pouvez soutenir ce projet en en parlant autour de vous ; sur le site web de SPEED, vous pouvez vous informer sur les principaux éléments de cette candidature ainsi que dédier symboliquement vos minutes de pratique sportive à SPEED.

Vous pouvez également vous tenir au fait des différentes informations sur la page Facebook et sur Twitter.

La compétition sera rude, nous le savons. Elle sera très empreinte de politique politicienne sub-régionale, comme souvant dans notre Communauté, mais nous saurons défendre ce projet sur la simple base de ses atouts réels, de son coût, de la rapidité de sa mise en place opérationnelle et des très nombreuses autres qualités qui en font le meilleur candidat des huit qui sont en lice, dont celle d’émaner d’institutions publiques (pour une initiative de la Communauté Française, cette caractéristique est de majeure importance. Certains la considèrent même comme un prérequis, assez logiquement. En effet, on imagine mal qu’un étudiant sportif doive obligatoirement, à l’initiative de la CFWB, faire ses études dans une institution confessionnelle pour bénéficier des avantages d’un tel centre) et néanmoins de proposer un éventail large d’établissements d’enseignement.

SPEED est un projet important pour notre Université dont les étudiants sportifs bénéficient déjà d’un statut particulier, mais aussi pour tous les établissements scolaires de la région liégeoise et pour toute la région. Il mérite d’être activement soutenu !

A en croire Le Soir de ce samedi, les entreprises dragueraient les universités. S’il est difficile de démontrer le contraire, il est en tout cas assez simple de dire que les choses sont plus complexes qu’il n’y parait.
Il me semble que plusieurs aspects doivent être envisagés.

1. La « drague » consisterait en une demande des entreprises pour que la formation dans l’enseignement supérieur tienne mieux compte des nécessités immédiates de l’emploi. En souhaitant que les jeunes diplômés soient immédiatement efficaces grâce à une formation très ciblée sur les besoins industriels, les industries s’éviteraient l’investissement de la transformation de diplômés « adaptables » en techniciens efficaces. Elles rendraient même sympathique cette exigence en affirmant qu’elles contribueraient ainsi à l’augmentation significative des chances de nos diplômés de trouver un emploi.

2. Il est vrai que beaucoup d’entreprises aujourd’hui trouvent de jeunes diplômés directement efficaces en France et qu’elles en importent beaucoup. Il est également vrai que le système français utilise beaucoup plus que le nôtre les stages en entreprise durant les études, ce qui offre à l’étudiant(e) une formation plus pratique, plus en prise avec la réalité et une chance réelle de rester, comme employé(e), dans l’entreprise où il (ou elle) a effectué son stage.

3. Cette formation plus « adéquate », plus « sur mesure » concerne nettement plus les hautes écoles que l’université. Toutefois, on voit bien comment on pourrait y venir également, en particulier dans des filières d’études dont la finalité professionnelle est assez évidente et que j’appellerais les sciences appliquées ou, pour ne pas induire de confusion avec les seules études d’ingénieur, les matières d’application. J’entends par là toutes les formations qui conduisent à des métiers utiles aux entreprises. La volonté de « façonner » les étudiants selon leurs besoins n’est guère une nouveauté de la part des entreprises, c’est une revendication quasi séculaire. Et les universités y ont toujours résisté, au moins dans une certaine mesure. Non pas pour rejeter une ingérence considérée comme inacceptable, mais par souci de donner aux étudiants une formation large et surtout de leur apprendre à apprendre, c’est-à-dire, leur apprendre à savoir s’adapter à tout. Il est en effet dans l’intérêt de l’étudiant, plus que dans celui de l’entreprise si la volonté de celle-ci est la rentabilité sans le moindre délai, d’acquérir la capacité de s’adapter à tout, et de pouvoir se reconvertir en fonction de l’évolution du marché, des technologies, des méthodes, des modes et des nécessites commerciales. Nous avons la faiblesse, nous, universitaires, de croire que c’est là non seulement l’intérêt de l’étudiant, mais également celui de l’entreprise, qui ne pourra que se louer de l’adaptabilité de ses cadres dans la durée, même si c’est au prix d’une mise à jour lors de l’embauche.

4. Tout le monde comprendra qu’on puisse envisager une nuance dans le raisonnement selon qu’on parle d’étudiants universitaires ou de haute école. Je ne me prononcerai pas sur ce point, faute de vraie connaissance de la question.

5. Dire que les universités résistent à cette pression serait exagéré. Certaines se lanceraient même fièrement dans cette voie. L’exemple cité dans l’article du Soir de ce samedi en dit long: cette détermination est même considérée par le vice-recteur d’une grande institution comme un avantage compétitif (« nous avons une longueur d’avance »). C’est néanmoins en contradiction avec les concepts défendus par le Conseil des Recteurs. Il y aura donc du relâchement sur ces principes, soyons en sûrs. On pourra le déplorer mais ce sera une réalité. Le tout sera de voir jusqu’où certains succomberont. En tout cas, dire que tous suivent la même voie serait inexact et, s’il est vrai que les responsabilités des recteurs sont souvent celles de chefs de grosses entreprises, on ne précisera jamais assez qu’il s’agit d’entreprises pas comme les autres. Dès que l’on étend l’analogie aux produits finis, commercialisables, qui seraient d’une part le diplômé et d’autre part la production de recherche, on tombe dans la comparaison facile et trompeuse: bref, on déraille.

6. De tout temps, il a été tentant, pour bien des gens, de souhaiter une meilleure adéquation entre formation et emploi. De tout temps, la démonstration du contraire (dans une mesure raisonnable, cela va de soi!) a été évidente, à terme. Certes, dans bien des domaines, particulièrement ceux qui conduisent presqu’invariablement à des professions déterminées, la formation s’est adaptée à l’évolution des nécessités de la profession. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’une université qui veut pouvoir se regarder en face pense plus à donner à ses futurs diplômés une formation large et polyvalente qu’une adéquation immédiate et, parfois, temporaire.

7. Il faut, me semble-t-il, préciser que l’expérience tentée dans le cadre du plan Marshall de la RW dit « 2.vert » s’adresse, comme le dit l’article, à trois hautes écoles en tant que pilotes. Il n’est nullement question aujourd’hui d’y associer les universités, même si l’une d’entre elles dit vouloir le faire. Celle-là parle de 12 programmes de masters en dentisterie, polytechnique et management. Une telle politique est évidemment inquiétante en ce qu’elle peut avoir de démagogique. Proposer aux étudiants un « prêt à l’emploi » est plus un slogan de vente qu’une proposition sérieuse de formation universitaire. Mais peut-être cette « mise en adéquation » est-elle plus de forme que de fond, on peut en tout cas l’espérer.

8. Cette mise au point ne doit cependant pas masquer la nécessité de renforcer le principe trop peu utilisé des stages externes. Il me parait que nous avons largement manqué l’occasion qui se présentait à nous, avec la mise en place de « Bologne », lors de l’allongement des études universitaires de 4 à 5 ans pour bon nombre de filières (pas les ingénieurs, les vétérinaires, les médecins ni les psychologues, évidemment) en ne profitant pas de cette année supplémentaire pour introduire des stages dans le cursus. Sans être une concession au monde de l’industrie, le stage externe, pas nécessairement en entreprise, d’ailleurs, est un rapprochement utile avec le monde extérieur et devrait être amplifié. On jugera que mon point de vue sur les stages extérieurs n’est pas négatif, tout est dans la mesure et actuellement, nous en organisons trop peu. Mais je tiens à preciser qu’il ne s’agit nullement de « vendre » l’université, ni de la corrompre, ni de l’assujettir aux puissances de l’argent, ni de la privatiser.

9. Ceci nous amène au problème lancinant du financement public strict des universités. Disons-le tout net: la menace d’une forme d’inféodation au privé, si nous nous en défendons pas tous très fort, existe. Personnellement, j’y suis réfractaire, mais si les conditions de financement public de nos institutions continuent de diminuer aussi dramatiquement, j’ai des craintes pour un avenir, qu’on peut certes espérer encore lointain mais qui se rapproche, on le sent bien, de voir les institutions académiques céder aux sirènes des sources de financement privé. En effet, le nombre d’étudiants ne fait qu’augmenter, dans toutes les universités. Le contingent étranger, excellent pour notre rayonnement, augmente également très fort. Mais notre enveloppe budgétaire reste irrévocablement constante, ne montant qu’avec l’index des prix, donc diminuant à vue d’œil. Chaque étudiant est aujourd’hui bien moins subventionné qu’il ne l’était les années précédentes et ceci continuellement depuis la fermeture de l’enveloppe budgétaire il y a une a quinzaine d’années. Comment alors en vouloir à certaines institutions de succomber aux opportunités de financement de divers enseignements par le privé?

10. Il est temps que chacun se ressaisisse et que ce problème chronique de sous-financement des universités soit réellement pris à bras le corps par les élus d’une société de plus en plus consciente de l’importance d’une formation de haut niveau pour le plus grand nombre et non plus pour une élite restreinte. Cette ambition a un prix et seuls les pays qui sauront le reconnaitre et prendre les mesures en relation avec cette clairvoyance auront des chances de sortir des grandes crises par le haut et de s’adapter à l’émergence des nouvelles puissances internationales.

La semaine dernière, après le décès tragique d’un étudiant d’une haute école liégeoise à la sortie d’une nuit de libations, organisée en prélude à la célèbre Saint Nicolas des étudiants par l’Association générale des étudiants liégeois (AGEL), un groupement indépendant de l’Université et qui compte des étudiants de toutes les institutions d’enseignement supérieur (et de plus en plus, secondaire), la presse n’a pas manqué de me demander mon avis ni ce que je comptais faire. Allais-je attendre un quatrième décès pour agir ?

En dehors du fait que je n’avais strictement rien à voir avec cet événement, je rappelais que, si je suis en faveur d’un site « en dur » et « sécurisé » pour les guindailles et autres activités « folkloriques », je suis dans l’impossibilité de faire des propositions financières ou immobilières et que j’ai par contre fait des propositions d’emplacement au Sart Tilman. L’AGEL ayant rejeté cette proposition, tout reposant maintenant sur un accord de l’AGEL avec la Ville.

Alors que je donnais une interview, les étudiants commençaient à arriver en cortège sur la place du 20 Août. L’ambiance bruyante, braillarde et joyeuse, pour laquelle j’ai, d’habitude, beaucoup de tolérance et de compréhension (n’ayant manqué moi-même aucune Saint Nicolas lors de mes études, je l’avoue), m’est apparue terriblement choquante, moins de 10 heures après le drame. J’ai donc exprimé mon sentiment d’indignation face à ce que je considérais comme un festoiement déplacé à ce moment-là. Je l’ai dit spontanément et je le maintiens. La décence impose, me semble-t-il, que la mort d’un participant entraîne l’annulation des festivités.

Certes, les mauvais exemples abondent, de la mort de Senna à celle des victimes du Heysel, l’indécence s’est banalisée et va aujourd’hui jusqu’à la considération qu’il est normal qu’un groupe — vaste et hétérogène, je le concède — prolonge ce qui n’est somme toute que réjouissances et festivités malgré la gravité suprême de l’accident survenu. Les justifications entendues sont toutes édifiantes : « l’argent investi ne peut être perdu » ou « il serait dangereux de lâcher en ville une horde d’étudiants frustrés par l’annulation de la fête ». Ou encore, le plus consternant : « le défunt, on ne le connaissait même pas, personnellement ». Ces excuses sont évidemment de mauvaises excuses, qui, toutes, mettent en lumière une terrible confusion des valeurs.

A quoi rime donc la fête, si elle ne solidarise pas ?
Que devient la fête, lorsqu’elle est instrumentalisée par des intérêts financiers divers, par ailleurs externes au monde strictement étudiant, et pour lesquels seul compte la rentabilité ?
Quel est le sens de la fête si elle n’est que pur plaisir égoïste du moment ?
La valeur argent, la valeur plaisir, la valeur « tout, tout de suite », la valeur « moi d’abord » ont-elles remplacé aujourd’hui la valeur de la vie humaine et du respect de celle-ci ?

La cerise sur le gâteau fut l’intervention du monde politique, ou, plus précisément, celui des jeunes engagés politiquement, avec un extraordinaire communiqué de presse émanant des « Ecolo J – ULg », des « Etudiants démocrates humanistes (Edh) de Liège » et des « Etudiants Libéraux Liégeois (FELU) » et fustigeant l’irresponsabilité d’un recteur qui a osé blâmer les fêtards pour ce qu’il appelle de l’indécence. Et d’expliquer pourquoi la décision de continuer la fête était parfaitement décente, responsable et appropriée. A ceci s’ajoute le commentaire sur Facebook de l’incontournable Michel Peters : « L’irresponsable, aujourd’hui, c’est le Recteur de l’Université de Liège ! Il serait peut-être temps qu’il arrête de parler de ce qu’il ne connaît pas. On ne peut pas être malin en tout ! ». Curieuse déclaration d’un conseiller communal dont, évidemment, on connaît l’engagement en faveur de la guindaille et du folklore étudiant, mais dont on attendrait qu’il sache ce qu’est réellement le sens des responsabilités, de l’éthique élémentaire et du savoir-vivre.

Enfin, dans l’énorme débat qui suivit le « buzz » toute la semaine, on vit à nouveau apparaître une totale confusion. Ma déclaration portait exclusivement sur le caractère inapproprié, selon moi, de la prologation de la fête dans l’immédiate période de deuil. Je fus néanmoins rapidement accusé de vouloir combattre la guindaille et liquider le folklore étudiant. Encore une fois, je réaffirme que je ne suis pas opposé aux distractions de la vie étudiante, que j’ai salué la qualité du maintien de l’ordre et de la sécurité, tant par les forces de l’ordre, massivement mobilisées cette nuit-là, que par l’organisation elle-même. J’ai reconnu que l’accident était survenu en dehors de la durée et du périmètre de responsabilité des organisateurs ou de la police. On ne peut reprocher à une organisation tout ce qui va se passer par après. Ca ne viendrait d’ailleurs à l’esprit de personne si ces soirées n’étaient copieusement arrosées, ce qui, évidemment, augmente les risques. Je ne jetais donc la pierre à personne pour l’organisation de soirées, du cortège ou de rassemblements quelconques. Je ne rejette pas la fête. Je pense seulement qu’il y a un temps pour tout et que, parfois, les événements réclament deux comportements honorables: réserve et dignité.

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