octobre 2013


On a rapporté mes propos, émis lors d’un petit discours d’introduction pour une conférence organisée à la Salle académique dans le cadre de l’Année de l’Allemagne à Liège et dont l’ULg est le coordinateur. L’Ambassadeur d’Allemagne venait de faire allusion à la beauté de la salle et au fait que, malheureusement, la place sur laquelle donne ce bâtiment avait reçu pour nom la date du massacre de nombreux civils du quartier par une horde de soldats allemands avinés.

Malheureusement, cette appellation n’évoque plus rien à personne. L’effet de commémoration recherché par la toponymie a disparu à cause de sa banalité. A moins d’une célébrité universelle comme celle du 11 septembre, une date n’est qu’une date. On trouve des noms de rues et de places remémorant une date un peu partout dans le monde et cela n’évoque pour ainsi dire jamais rien. Moi-même, ce n’est qu’après des décennies de familiarité avec cette place que j’ai un jour, par hasard, appris à quoi ce 20 août faisait allusion. Car après tout, il y en a un chaque année…

Par contre, une plaque commémorative ne conviendrait-elle pas mieux, ou un édifice, avec une explication du massacre, de l’incendie, des destructions et de leur contexte? Voilà un bien meilleur hommage aux victimes qu’une simple date sans référence (aujourd’hui, et depuis peu, la plaque murale précise la raison de l’appellation mais très brièvement)…

La déclaration que j’ai faite était donc parfaitement spontanée et m’est venue en réponse à la constatation d’un paradoxe : nous organisons une année de l’Allemagne, tournée vers l’avenir et non vers le passé. Nous proclamons notre amitié pour un peuple avec lequel nous avons eu des affrontements durs. Nous savons tous à quel point ce passé a été mouvementé et désastreux. Je suis pour la commémoration et la mémoire, mais alors remplissons cette mission de façon claire. Après 100 ans de respect, tourner la page serait-il irrévérencieux ? Ou, tout simplement, ne pouvons-nous profiter de l’occasion pour célébrer une vraie renaissance de cette place, bordée aujourd’hui par l’Université et par le magnifique nouveau Théâtre de Liège, et dont on nous dit qu’elle sera bientôt aménagée et rendue aux piétons ? 2014 serait la date idéale pour tourner cette page.

Vient alors la question du nouveau nom. Dans l’improvisation, j’ai lancé « Place de la Culture », c’est vrai. C’est un peu ‘bateau’… On pourrait célébrer les Arts et les Sciences, la créativité, l’innovation (encore que là, c’est à un autre drame, bruxellois celui-là, qu’on ne manquerait pas de penser). On pourrait tout simplement reprendre « Place de l’Université », le nom original disparu depuis 100 ans ou, pourquoi pas, « Place de l’Emulation ». Si l’on y réfléchit bien, l’émulation est très porteuse de sens et d’incitation à l’excellence…, des deux côtés de la place! Avec l’installation du Théâtre, il ne reste plus, sur la place, que l’inscription au fronton: « Société Libre d’Emulation ». Or cette dernière s’ouvre aujourd’hui latéralement sur la rue Charles Magnette. Donner son nom à la place, outre le symbole dynamisant et encourageant pour les Sciences et les Arts qu’elle évoque, rappellerait que cette société aux nobles objectifs eut pignon sur place à cet endroit pendant plus de deux siècles.

Je sais que cette proposition n’est pas sans conséquence pour mon Institution. Je viens précisément d’insister pour que l’on ne change pas le numéro postal de l’Université au Sart Tilman (4000), pour des raisons pratiques et de coût. La même semaine, je propose le changement du nom de la place où se trouve le « bâtiment central » de l’Université. Quelle incohérence ! Aussi comprendrai-je que ma proposition puisse rencontrer une opposition ferme et de bon sens. Mais l’opportunité et la logique m’ont paru tellement évidentes, en cette circonstance, que je maintiens la suggestion faite presqu’en boutade.

Précisons que je n’ai rien demandé, ni à la Ville (contrairement à ce que dit l’article) ni à personne. Avant toute requête officielle, je dois faire évaluer le coût d’un tel changement. Mais je serais curieux de savoir si ma suggestion trouve un écho…

En cette année académique qui vient de commencer sous le signe de la liberté d’expression et suite aux événements tourmentés que nous venons de vivre avec les accidents de « baptême », à propos desquels je me suis déjà expliqué dans le billet précédent, il me semble important de clarifier une fois encore ma position.

Je respecte le folklore. Je respecte le folklore estudiantin tout autant. Le « baptême » fait partie du folklore estudiantin belge. Il s’agit, selon les connaisseurs, d’une épreuve initiatique parfaitement codifiée.
Si l’on s’en réfère aux mêmes spécialistes, il faut préserver le « baptême » en tant qu’élément du folklore et de la tradition.

Je ne peux que partager ce point de vue. Mais alors le « baptême » doit rester dans les limites de sa tradition, respecter ses codes et ses rituels avec précision.
Si c’est bien le cas, le rituel du « baptême », reflet d’une très ancienne tradition, ne pose aucun problème. Seuls les dérives, écarts et dérapages sont préoccupants.

Comment fixer les normes, les principes? Peuvent-ils être résumés en un seul ? Certainement. Le respect du libre arbitre.

Respecter le libre arbitre de chacun constitue, en réalité, le principe nécessaire et suffisant pour baliser l’ensemble des activités folkloriques estudiantines.
- Personne ne peut être obligé de participer à des épreuves folkloriques.
- Personne ne peut être obligé d’aller jusqu’au bout de telles épreuves s’il souhaite s’y soustraire et quand il en émet le souhait.
- Il ne peut être tenu rigueur à personne de n’avoir pas participé à des épreuves folkloriques ou d’y avoir renoncé, personne ne peut en subir des conséquences répressives de quelque nature que ce soit.
- Personne ne peut perdre ses droits ou certains droits en raison de sa non-participation à des épreuves folkloriques.
- Aucune épreuve ne peut être ajoutée aux épreuves académiques officielles en vue de l’obtention d’un diplôme universitaire.
Tout manquement avéré à ces principes sera sévèrement sanctionné par des peines académiques et, le cas échéant, son auteur pourra être poursuivi en justice.

En se focalisant sur la notion de libre arbitre, on peut élaborer toute la prévention nécessaire pour éviter tant les excès que les discriminations.