Dans la communauté universitaire internationale, la manière traditionnelle d’honorer des hommes et des femmes qui ont rendu d’éminents services à la Société ainsi qu’au développement de la Science consiste à leur conférer le titre de Docteur honoris causa.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous recevons dix personnalités remarquables et que nous sommes heureux et fiers de leur présence parmi nous.
Tous sont des savants reconnus dans leur domaine et l’un d’entre eux, en particulier, a su mettre son intelligence au service de la mise en place d’un processus de démocratisation dans son pays. De tout temps, les intellectuels, et les universités en particulier, ont contribué à l’évolution positive des systèmes politiques vers un plus grand respect des droits fondamentaux de chacun. Notre institution est fière d’avoir pu contribuer, par l’implication de certains de ses membres et leur collaboration avec l’homme que nous honorons aujourd’hui, à la réflexion et à l’action dans ce processus.

Dans le monde universitaire, en recherche comme en enseignement, chacun d’entre nous se doit de se mesurer à ses pairs, non seulement au sein de sa propre institution, mais également et surtout dans le monde entier.
La caractéristique des universitaires, quel que soit leur rang et le corps auquel ils appartiennent, c’est de contribuer, chacun selon ses moyens, à la recherche, donc à l’avancement du savoir et au progrès de l’humanité. La caractéristique d’une bonne recherche, c’est qu’elle ne peut se restreindre à un seul individu. Elle doit être partagée, parfois lors de son accomplissement même, toujours en vue de sa diffusion et de sa mise à la disposition de tous. C’est pour cette raison que l’Université de Liège s’est jointe au mouvement du libre accès aux résultats de la recherche menée au moyen de financements publics, et qu’elle a pris un rôle de leader mondial dans la constitution par les universités de bibliothèques virtuelles où sont systématiquement déposées les publications des chercheurs qui sont alors mises à disposition de la communauté scientifique.

Une bonne recherche doit aussi se confronter aux idées et aux découvertes des autres, où qu’ils soient sur la planète. Les rencontres entre chercheurs sont importantes, l’échange des points de vue est essentiel, la rencontre d’autres modes de pensée est indispensable. C’est pour cela que, quelle que soit leur qualité, les chercheurs doivent être mobiles et, par dessus tout, outre cette mobilité tout au long de leur carrière, ils doivent avoir travaillé dans des endroits différents et affûté leurs talents ailleurs. C’est une pratique très ancienne dans tous les métiers d’artisanat, c’est une tradition de toujours dans le monde des universités, aussi loin qu’on remonte dans le temps.

Dans notre université, nous tenons depuis longtemps à ce que nos chercheurs fassent l’expérience de cet exil volontaire et formateur et qu’ils en reviennent enrichis dans leur capacité à envisager les questions, dans leur manière d’affronter les difficultés, et particulièrement dans leur aptitude à relativiser l’importance des problèmes qui se posent à eux.
Récemment, notre Conseil d’Administration a décidé de suivre ma proposition et d’imposer un séjour de longue durée comme préalable à toute nomination à un poste permanent en tant que scientifique ou qu’académique à l’Université de Liège. C’est une exigence parfois difficile à remplir, et elle devient objectivement de plus en plus difficile plus on prend de l’âge et plus, pour de nombreuses raisons, on s’enracine.

C’est pourquoi nous encourageons tous les jeunes qui envisagent une carrière de chercheur à partir dans de bonnes universités, dans de bons centres de recherche, ailleurs dans le monde, et pas nécessairement très loin. Le Conseil d’administration a dû prendre et notifier cette décision car, même si une certaine pression était exercée en vertu d’un principe non écrit, les exceptions restaient plus nombreuses que la conformation à la règle. Il est important aujourd’hui de le faire clairement savoir aux jeunes, sans ambiguïté. Il est important que les règles soient claires dès le départ et que nul n’aborde la carrière de recherche en ignorant ou feignant d’ignorer cette exigence.
Il est aussi important que, si nos chercheurs assument ce départ du nid, ils puissent aussi y revenir. Leur formation, de leur enfance à l’âge adulte, s’est faite ici, grâce aux deniers publics. S’il est normal — et favorable à notre rayonnement — que tous ne reviennent pas, beaucoup doivent cependant pouvoir le faire et il faut pour cela que nous soyons suffisamment attractifs pour rester compétitifs sur le marché de l’emploi en recherche. Il faut pour cela que rentrer au bercail ne signifie pas un renoncement mais une opportunité réelle.

Heureusement, aujourd’hui, si le financement de la recherche n’en est pas encore au niveau où il devrait être (on est encore loin des 3 % du PIB exigés par les accords de Lisbonne), les choses s’améliorent néanmoins très sensiblement et il nous est maintenant enfin possible de réserver sur nos budgets des fonds de retour et des fonds d’installation pour les chercheurs venus de l’étranger ou revenus de l’étranger. Ces incitants sont un instrument précieux dans la lutte contre le brain drain et en faveur du brain gain.
Nos invités d’aujourd’hui sont tous ici en raison de ce principe de mobilité et d’internationalisation. Tous ont eu des contacts, des relations, des collaborations actives avec notre université à un moment ou un autre. La cérémonie à laquelle vous allez assister symbolise cette internationale de la recherche, cette universalité des chercheurs.

Honorer ses pairs, ce n’est pas se glorifier soi-même ni s’enorgueillir de ses relations, c’est en réalité se donner des défis à soi-même par l’exemple de ceux qu’on honore, c’est regarder attentivement ce que font les autres et se donner des impératifs de qualité à atteindre dans son propre métier.
C’est aussi savoir reconnaître la valeur des plus grands et la faire connaître à chacun autour de soi, à ceux qu’il est convenu d’appeler « le grand public ». Dans une université complète, chaque chercheur est, pour les autres chercheurs et comme tout un chacun, le grand public. La révélation de ce qu’ont accompli des personnalités d’envergure dans d’autres domaines que le sien est pour chaque universitaire, comme pour le grand public, une découverte nouvelle et passionnante.

Cette découverte, pour brève qu’elle soit, est le plaisir que je vous souhaite à tous, ici dans cette salle, où je vous remercie d’être venus pour partager avec nous ce moment privilégié.

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L’Université de Liège a décerné, le jeudi 20 mars 2008, sa plus haute distinction honorifique, les insignes de docteur honoris causa, à:

Sur proposition de la faculté de Droit
M. l’Abbé Apollinaire Muholongu MALU MALU, ancien président de la Commission électorale indépendante de la RD du Congo, président de la Conférence de Goma

Sur proposition de la faculté des Sciences
M. Jean-Pierre HANSEN, University of Cambridge
Mme Suying LIU, Changchun Institute of Applied Chemistry

Sur proposition de la faculté de Médecine
M. John Douglas PICKARD, University of Cambridge
M. Magdi YACOUB, Imperial College London

Sur proposition de la faculté des Sciences appliqués
M. Dan FRANGOPOL, Lehigh University
M. Noboru KIKUCHI, University of Michigan

Sur proposition de la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
M. Martin CONWAY
Conjointement avec l’Ecole de Criminologie Jean Constant,
M. Marc LE BLANC, Université de Montréal

Sur proposition de HEC-Ecole de Gestion
M. Egon BALAS, Carnegie Mellon University
M. Geert HOFSTEDE, Maastricht University