janvier 2006


Le 9 octobre dernier, j’abordais le sujet des relations entre l’ULg et les Hautes Ecoles, et plus particulièrement le Pôle Mosan. J’y déclarais notamment que ce vaste pôle de formation, dont j’apprécie énormément les vertus de précurseur dans le dialogue que l’on doit développer au sein de l’Enseignement supérieur francophone, était quelque peu tombé en léthargie et que je souhaitais le réactiver.


http://www.polemosan.be/

En effet, autant les rencontres et l’échange d’idées sont utiles, autant en rester là manque vraiment d’intérêt. Il est plus que temps aujourd’hui de prendre position par rapport à une coopération beaucoup plus concrète. Plusieurs groupes de travail se sont réunis et ont élaboré des propositions dont certaines peuvent aujourd’hui donner lieu à des conventions particulières. Je pense à la mise en commun des ressources documentaires ou informatiques, donc à une utilisation plus rationnelle et mieux partagée des moyens qui y sont consacrés.

Par ailleurs, les choses ont évolué dans notre relation avec les Hautes Ecoles de la Communauté française de Liège et du Luxembourg, respectivement « Charlemagne » et « Robert Schumann ». Ces deux institutions ont déposé, à la fin de l’année académique 2004-5, une demande officielle d’intégration dans l’ULg. Une telle opération n’a pu réellement être envisagée en raison des difficultés évidentes qu’elle présente mais également à cause du moratoire sur les fusions instauré par la Ministre M-D Simonet. Toutefois, nous avons décidé d’examiner la possibilité d’une association très étroite, privilégiée, entre l’Université et ces deux Hautes Ecoles. Une catégorie (Agronomie) de la HE Charlemagne présentant des affinités particulières pour la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux (FUSAGx), cette dernière a été associée à nos discussions.

Il est donc apparu clairement que, pour des raisons d’affinité et de complémentarité, mais également pour des raisons de financement de nos initiatives, il serait préférable d’envisager que cette association privilégiée ne s’établisse pas seulement avec l’ULg et la FUSAGx, mais globalement avec l’Académie Universitaire Wallonie-Europe, qui regroupe ces deux institutions.

La convention, déjà ratifiée par les quatre Conseils d’Administration, sera signée officiellement par le Conseil de l’Académie le 8 février prochain. Dorénavant, c’est le Conseil de l’Académie, élargi aux directeurs-présidents des deux Hautes Ecoles, qui veillera à la destinée de cette association.

Mais au delà de cet accord qui est essentiellement une lettre d’intention, il convient de passer à des réalisations concrètes. Le Groupe stratégique de cette nouvelle association a décidé, ce vendredi 27 janvier, qu’outre les rationalisations évidentes qui peuvent être réalisées (bibliothèques, informatique, gestions diverses), de nombreux domaines d’enseignement sont suffisamment proches pour qu’on examine attentivement les possibilités de collaboration, de même que les éventuelles passerelles à établir. C’est ainsi que des groupes de contact vont être relancés maintenant pour la formation des infirmiers, la logopédie, la kinésithérapie, l’éducation physique, les sciences biomédicales, les sciences appliquées, l’agronomie, avec mission d’examiner les synergies possibles, en termes de cursus communs, de passerelles, de logistique (équipements, salles de TP, etc) à partager. Des pistes seront tracées pour la mise sur pied en commun de programmes de recherche, en particulier — mais pas uniquement — dans le contexte du Plan « Marshall » de la Région Wallonne. Nous ferons ainsi l’expérience d’une collaboration étroite au sein de l’Académie, comme le décret du 31 mars 2004 nous le permet, collaboration qui pourrait servir d’exemple aux Hautes Ecoles qui souhaiteraient franchir une étape plus concrète en rejoignant cette association.

Ceci nous semble être une voie d’avenir vers un paysage plus étendu mais aussi plus lisible de l’Enseignement supérieur en Belgique francophone (et germanophone d’ailleurs, la Haute Ecole de cette Communauté s’étant tout récemment affiliée au Pôle mosan). L’appel est ainsi lancé aux Hautes Ecoles appartenant à d’autres réseaux et membres du Pôle Mosan, pour une éventuelle association avec l’Académie Universitaire Wallonie-Europe.

Le passage à l’an 2006 semble un bon moment pour examiner rapidement ce qui vient d’être accompli mais surtout pour définir les grands chantiers de l’Institution au cours de la nouvelle année.

Qu’avons-nous fait ?

Les accomplissements consistent en :
- une réforme de l’administration ;
- une révision extensive des procédures de fonctionnement de la gouvernance ;
- une action très importante en faveur de la recherche ;
- un soutien significativement accru aux bibliothèques ;
- une réactivation des recrutements de personnel scientifique permanent ;
- un accroissement du nombre d’assistants et d’étudiants-moniteurs ;
- une réactivation de l’engagement dans le PATO en excès des départs et une relance des promotions ;
- une réflexion sur la vie étudiante et sur la vie universitaire en général qui conduit aujourd’hui à la construction d’un nouveau restaurant et à la création d’une Maison des étudiants ;
- la mise en place de l’Institut de Formation et de Recherche en Enseignement Supérieur (IFRES) ;
- le lancement de nombreux projets et réflexions qui porteront leurs fruits en 2006.

Qu’allons-nous faire ?

Les grands projets ont été abondamment annoncés. Ils peuvent se résumer par l’énoncé des pistes suivantes :
- Formation des nouvelles générations par l’enseignement et la recherche ;
- Contribution à l’essor économique régional ;
- Application de méthodes de formation favorisant mieux l’esprit d’entreprise et d’innovation ;
- Harmonisation au sein de l’Académie Wallonie-Europe et réalisation de ses grands objectifs ;
- Constitution d’un grand pôle éducationnel avec les hautes écoles, le Pôle Mosan, et l’associer activement à l’Académie Wallonie-Europe ;
- Négociations pour une entente avec les autres académies ;
- Mise en œuvre d’une formation permanente structurée ;
- Maîtrise des langues étrangères ;
- Mobilité et ouverture vers le monde…

Qui sommes-nous ?

Mais au delà de ces voies toutes tracées, il nous reste un exercice important à faire : celui de définir réellement qui nous sommes, dans toute notre complexité et toute notre diversité. Chacun d’entre nous a son idée là-dessus, mais personne n’a — ni n’a jamais eu, je pense — la réponse définitive. Aussi est-il temps de nous en préoccuper car cette question devient fondamentale quant à déterminer notre place en Wallonie, en Belgique, en Europe et dans le monde…
- Sommes-nous une université de recherche ou d’enseignement ?
- Nos structures organisationnelles et décisionnelles sont-elles en rapport avec ce que nous voulons être ?
- En quoi nos associations (Pôle mosan, Académie, ALMA, etc) renforcent-elles notre image et nos aspirations ?
- Qu’impliquent nos aspirations à l’internationalisation en coûts, en efforts humains, en temps consacré ?
- Enfin et peut-être surtout, nous n’arrêtons pas de nous proclamer Université complète, publique et pluraliste : qu’est-ce que ça veut dire ici et aujourd’hui ? En percevons nous bien le sens, les avantages et les contraintes ?

Ce travail est amorcé par le comité d’autoévaluation présidé par le professeur F. Coignoul, dont j’ai déjà salué le travail dans un message précédent (« EvalUlg », 17.12.05).
Cette interrogation sur nous mêmes est importante et elle doit faire participer toute la communauté universitaire liégeoise, ainsi que des anciens et des personnalités extérieures. Elle se reflètera dans le rapport du comité — dont j’ai souhaité qu’il soit accessible dès la fin du mois de janvier 2006 — ainsi que ses annexes et les documents de support, sur notre intranet, dans un souci de transparence, mais également dans le but de stimuler l’interactivité de la part des membres de l’Institution. De la même manière, le verdict des évaluateurs étrangers de l’EUA sera rendu public pour les membres de l’ULg et nous servira de guide. Je ne prétends pas que nous suivrons nécessairement à la lettre les recommandations, mais nous nous en inspirerons au mieux. C’est bien là l’intérêt d’un guide comme on en utilise en voyage : de bonnes suggestions, à suivre éventuellement !

Toutefois, si le diagnostic est important, sans nul doute, la thérapeutique l’est aussi. Cette analyse doit conduire à une réflexion et à des propositions. C’est la tâche qui a été confiée au Collège rectoral et plus particulièrement au Conseiller à l’Image institutionnelle, le professeur Edouard Delruelle. Son travail va conduire notamment à l’organisation de tables rondes et de forums de discussion impliquant tous les membres de la communauté universitaire qui le souhaitent et à l’envoi d’un questionnaire — un de plus, je sais — qui nous donnera des éléments importants et sur lesquels nous comptons vivement. Il donnera les grandes lignes et la philosophie de son action dans le prochain numéro du 15e Jour.
Je prévois de réunir le Conseil académique dans quelques mois pour consulter mes collègues de manière plus directe, plus personnelle. Je rencontrerai également le personnel scientifique et les représentants du PATO et des étudiants.
Je compte enfin publier un « Projet de l’ULg » à la rentrée prochaine, basé sur ces enquêtes, audits et travaux divers qui indiquera les grandes directions que l’Institution aura elle-même définies, et c’est ce « elle-même » qui me paraît important.
A ce moment, nous disposerons de grandes directives auxquelles chacun pourra se référer pour ses propres actions. Je compte beaucoup sur l’ensemble de ces procédures pour corriger bon nombre de critiques et orienter le destin de notre université dans une direction qui convient au plus grand nombre d’entre nous.